Du marathon à la boxe en passant par le rugby, les derniers bastions masculins du sport sont tombés et les Jeux olympiques 2024 affichaient une parfaite parité femmes-hommes. Pour autant, la division sexuée des disciplines reste souvent très marquée dans les effectifs des fédérations, y compris à l’Ufolep.Revue d’effectifs.
En 2024-2025, les femmes représentaient 56,7 % des personnes licenciées à l’Ufolep, contre 53,6 % la saison précédente. Trois points de plus en un an ! Soit une nette accélération, après des décennies de lente et régulière progression. En 1988, les femmes ne représentaient encore que 36,12 % des licencié.e.s de la fédération. L’inversion s’est opérée vingt-cinq ans plus tard : à l’issue de la saison 2013-2014, on comptait 50,3 % de féminines. L’Ufolep s’était alors félicitée de cette parité quasi parfaite.
Celle-ci masquait toutefois le fait que la grande majorité des activités restaient très genrées : sports de filles d’un côté, de garçons de l’autre. La progression de la proportion de licenciées féminines est en effet due à l’éclatante santé des activités les plus féminisées et à l’essoufflement de celles demeurées des citadelles masculines. Un rapide balayage par familles d’activités suffit à s’en convaincre.
Gym et cyclo. Parmi les vingt activités les plus pratiquées à l’Ufolep, les activités gymniques et d’expression s’apparentent ainsi à des « gynécées » : 98 % pour la GRS et 91,3 % pour la gymnastique artistique, 90,7 % pour la gym douce et 92,5 % pour les activités « cardio », 93 % pour les danses et 87,5 % pour le yoga-qi gong. Plus confidentiels, le cheerleading (94,9) et le twirling-bâton (96,9) se situent dans les mêmes eaux.
À l’inverse, quoi de plus « macho » que le football et ses 98,8 % de mâles ? Au rayon vélo, le cyclosport (92,5 %) et le VTT (89 %) sont aussi très « testéronés ». Tout comme – à un échelon plus modeste côté effectifs – le bicross (91,5 %) et le bike-trial (90,8 %). Les filles et les femmes préfèrent-elles la balade à vélo ou l’itinérance touristique en famille et entre amis ?
Sports collectifs. Côté sports collectifs, futsal, rugby et foot américain se distinguent à peine du football et tournent autour de 4 à 5 % de femmes. En revanche, la proportion grimpe à 26,5 % en handball et 36,1 % en volley-ball, le basket (29,6 %) se situant entre les deux. Parce que ces sports ont une image moins masculine, qu’ils sont davantage pratiqués dans un esprit loisir, et parfois en équipes mixtes ?
Sports mécaniques. Les sports mécaniques ne sont pas pour rien l’incarnation d’une certaine « virilité ». Versant moto, le motocross carbure à l’indice 93,6 d’hommes et le trial à 95,4, mais les écoles de conduite à 87,3 seulement. Faut-il y voir un léger espoir de rééquilibrage ? En auto, le kart-cross (85,6 % d’hommes) est légèrement plus féminisé que son cousin de la piste (92,7 %) ou que la poursuite sur terre (87,8 %). Et si le trial 4x4 se démarque un peu (81 %) est-ce parce qu’il se pratique en duo (pilote et co-pilote « voltigeur ») et qu’on y rencontre parfois de vrais couples ?
Marche et natation. Les femmes sont en revanche majoritaires en randonnée pédestre (64,1 %), marche sportive (70,6 %), marche nordique (71,4 %) et aquatique (76,3 %). Des disciplines très pratiquées la cinquantaine venue, avec des préoccupations de santé que l’on retrouve dans les activités aquatiques d’entretien (85,5 %). On relèvera aussi que, dans un cadre plus compétitif, les femmes sont également majoritaires en natation (54 %). Seraient-elles plus sensibles à la fluidité de l’élément liquide ?
Sports de raquette. Parmi les sports de raquette, pourquoi les femmes sont-elles 31,4 % en tennis mais seulement 13,5 % en tennis de table ? Mystère. Quant au badminton, le fait que le National Ufolep se dispute par équipes mixtes a-t-il à voir avec les 37,6 % de licenciées ? Sans doute un peu.
Sports de précision. En dépit d’une image encore associée à la chasse, le tir réunit 29,5 % de femmes, soit à peine en dessous du tir à l’arc (35,2 %), moins connoté, 35,2 %, la sarbacane s’affichant pour sa part à 42,3 %. Autre sport de précision, la pétanque réunit 21,1 % de femmes, quand le sport-boules, plus traditionnel et plus physique avec sa grosse sphère et ses pas d’élan, en compte seulement 14 %.
Arts martiaux. Dans leur infinie sagesse, les arts martiaux sont assez équilibrés. Si les femmes ne sont que 22,7 % en ju-jitsu, elles sont 31,8 % en judo (désormais avant tout éducatif et concentré sur le 6-11 ans), 34,2 % en aïkido et 40 % en karaté, viet vo dao et « autres arts martiaux ».
Athlétisme et trail. L’athlétisme, la course à pied et les sports de montagne figurent également parmi les activités les plus paritaires. Athlétisme et running se situent autour de 48 % de femmes quand les courses hors stade et le trail en réunissent respectivement 41,5 % et 43,2 %. « Le trail est l’une des disciplines où les femmes arrivent à rivaliser avec les hommes, et au-delà de l’Ufolep, de récentes enquêtes montrent que le pourcentage de femmes y progresse » observe Patrick Mans, délégué de Nouvelle-Aquitaine et fervent adepte de la discipline.
Divers. Parmi les autresdisciplines identifiées par un code activité, le parkour compte 14,4 % de femmes, la boxe éducative 37,7 %, l’haltérophilie 38,4 %, l’escrime 39,4 %, le baskin 41,5 % et la musculation-renforcement musculaire 61,7 %. Difficile d’en tirer des conclusions en l’absence d’une connaissance fine du terrain et au regard des modestes effectifs de certaines d’entre elles. On peut ainsi se demander si les 67,7 % d’adeptes féminines du roller (pour un total 970 licencié.e.s) s’explique par l’affiliation de clubs pratiquant le très girly et 100 % féminin roller-derby.
Multisport. Pas de conclusions hâtives non plus concernant le « multisport », féminin à 61,5 % (avec une inversion hommes-femmes après 24 ans) et l’« éveil corporel-UfoBaby » (70,9 %). Il est en revanche de bon augure que les écoles multisports enfant et leurs 5 900 licencié.e.s s’approchent de la parité avec 47,2 % de filles et 52,8 % de garçons. Ph.B.
Et ailleurs ?En 2022, 59 % des femmes ont pratiqué une activité sportive une fois par semaine, contre 62 % des hommes : un écart qui se resserre puisque les chiffres étaient respectivement de 51 % et 57 % en 2018. Sans surprise, les femmes pratiquent plus souvent les activités de la forme et autres gymnastiques, et les hommes les sports collectifs et les sports de cycles. Et si les femmes pratiquent davantage de manière encadrée ou en club, elles sont moins nombreuses à participer à des tournois et compétitions ou à disposer d’une licence. Parmi les fédérations les plus féminisées figurent le twirling bâton (92 % de femmes, comme à l’Ufolep), les sports de glace (88 %), la danse (85 %) la gymnastique (83 %, un peu moins qu’à l’Ufolep) et la randonnée pédestre (65 %). Et, parmi les plus masculinisées, le football (90 %), le motocyclisme (94 %) ou l’aéromodélisme (95 %). Des chiffres qui ont toutefois pu un peu évoluer depuis.
(1) Source : Chiffres clés du sport 2023 de l’Injep, Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire.