Fondée il y a dix ans par l’éducateur sportif Karim Aiouaz, l’association Poing d’1Pacte 65 utilise la boxe comme outil éducatif et de médiation, en lien avec la ville de Tarbes (Hautes-Pyrénées) et d’autres acteurs locaux.
Karim Aiouaz, comment est née l’association Poing d’1Pacte 65 ?
Elle est l’aboutissement d’un parcours personnel et professionnel. Je suis éducateur sportif en boxe depuis 1989, après avoir été international algérien puis entraîneur, directeur technique national et formateur à l’échelle du continent africain pour l’Association internationale de boxe amateur (IBA). J’ai aussi été journaliste en radio et presse écrite et professeur en Staps. Très vite, j’ai pris conscience de l’impact que peut avoir la boxe dans la médiation et la transmission de valeurs et d’un savoir-être, lesquels sont ensuite transférables dans le monde du travail et la vie de tous les jours. La boxe est un formidable support pour travailler les qualités comportementales. Tout en conservant une dimension compétition, j’ai donc rapidement opté pour une approche socio-sportive dans toutes les associations dans lesquelles je me suis investi.
Pourquoi à Tarbes ?
Parce que j’y suis arrivé en 2009 pour suivre un master en Staps. L’aventure Poing d’1Pacte 65 a débuté dans une petite salle de quartier, à la demande de jeunes de quartiers prioritaires qui me connaissaient comme éducateur spécialisé. Le projet a ensuite cheminé en lien avec les acteurs locaux, comme le GIP (groupement d’intérêt public) politique de la ville, ou des établissements scolaires qui ont fait appel à moi pour travailler avec les élèves la gestion des émotions et le respect de la règle : autant de facultés que l’on peut développer à travers la boxe en les associant au dépassement de soi et à la valorisation de l’effort physique.
Combien de licenciés l’association comptait-t-elle la saison dernière ?
Près de 430. La grande majorité (352 l’an passé) a une pratique loisir à l’Ufolep et les autres (74) sont licenciés FFB et participent à des championnats et tournois régionaux, nationaux ou internationaux.
On parle d’une féminisation de la boxe : est-ce le cas à Poing d’1Pacte 65 ?
Nous avons près d’un quart de filles et de femmes, ce qui nous situe dans la moyenne nationale. Plus que de féminisation, je parlerai de démocratisation de la boxe, qui il y a peu était encore perçue comme un sport de « bad boys ». Le public a considérablement changé, avec des collégiennes ou des fillettes de 7 ou 8 ans, et des parents qui accèdent à leur souhait, une fois rassurés par le cadre éducatif et le plein respect de l’intégrité physique de leurs enfants. Ils les encouragent même à persévérer lorsqu’ils constatent que cela favorise la confiance en soi de ceux qui en manquent, ou aide à canaliser l’énergie de ceux qui en ont un peu trop. La boxe est un régulateur comportemental, dès lors qu’on pose un cadre pédagogique, à travers le discours tenu aux enfants, les rituels observés et le sens donné à l’activité. Comme pour un art martial.
Les filles ont-elles des attentes différentes, portant par exemple sur l’apparence physique ?
Pas tellement, non. Certaines, d’une nature timide, viennent pour sortir de leur zone de confort. Ce n’est pas facile de mettre les gants et de monter sur un ring, mais elles le font dans l’espoir de se sentir mieux. Il y a aussi du mimétisme : faire comme la copine ou le copain. Et puis notre salle est très accueillante. J’ajouterai que, fille ou garçon, on ne vient pas à la boxe par hasard : certains viennent se « réparer » en se mettant à l’épreuve, même si en boxe éducative on porte des touches, et non des coups. Même si à aucun moment on ne doit repartir avec une sensation de douleur, cela reste un sport intrusif où l’on s’expose et se met à nu. C’est ce qu’ils et elles recherchent : être dans la confrontation, sans animosité. Car nous transformons ce qui est initialement un geste d’agression en un geste sportif dénué de toute émotion négative.
Comment le club s’est-il développé ?
Progressivement, avec au début une salle mise à disposition par la commune limitrophe d’Aureilhan. Notre approche éducative a séduit les jeunes et très vite éveillé l’intérêt des éducateurs de rue, des centres médico-sociaux et des établissements scolaires. Au lieu de rester dans notre coin, nous avons participé à des forums d’associations et des évènements professionnels. De même, nous avons joué la carte de « l’aller vers » en nous rendant dans les quartiers, au pied des tours.
Pourquoi avoir rejoint l’Ufolep en 2022 ?
Cela faisait sens au regard des valeurs que nous partageons : éducation, intégration, insertion sociale et professionnelle… Cela a coïncidé avec l’entrée dans notre nouvelle salle, mise à disposition par la mairie de Tarbes, qui nous a vraiment donné un coup de « boost ». Les effectifs ont aussitôt doublé et nos actions se sont considérablement développées. Nous sommes ouverts tous les jours de 9 h à 22 h, avec une panoplie d’actions tous publics : personnes âgées, personnes en situation de handicap ou sous main de justice, jeunes en situation de vulnérabilité, détenus… Nous sommes aussi présents sur le sport-santé. Grâce aux financements obtenus et aux ressources internes, l’association s’appuie aujourd’hui sur 7 salariés : un éducateur spécialisé, une médiatrice sportive, une chargée d’insertion, une coordinatrice administrative et financière, deux éducateurs sportifs et moi-même, entraîneur principal et directeur à plein temps.
L’Ufolep refuse toute pratique portant atteinte à l’intégrité de l’individu et reconnait exclusivement la boxe éducative. Or Poing d’1Pacte 65 parle de « boxe éducative assaut » quand deux adversaires se confrontent sur un ring sans appuyer leurs coups. La frontière n’est-elle pas ténue avec la boxe amateur ?
D’abord, nous veillons à ce que les groupes de pratique soient homogènes. Un nouveau licencié de 7-10 ans s’entraînera avec des débutants de son âge, et les plus expérimentés sur un autre créneau. Et quand, passé 14 ans, certains manifestent le souhait de passer en boxe amateur, nous sommes très exigeants sur leurs qualités offensives et, surtout, défensives, afin que la transition se fasse en toute sécurité. C’est une minorité, mais en effet la plupart de nos boxeurs amateurs sont passés par la boxe éducative, avec pour certains un rêve olympique. L’un d’entre eux, double champion national, a été sélectionné plusieurs fois en pôle France.
L’affiliation à l’Ufolep a-t-elle permis des synergies avec le réseau et les partenaires de l’Ufolep ?
Il y en a sans doute à développer à travers certains de nos projets, comme « culture au poing », proposé aux 7-16 ans pendant les vacances scolaires : l’an passé à la Toussaint le thème était « boxe et aventure médiévale » avec, en parallèle d’une pratique de la boxe, la visite de châteaux et une initiation à l’escrime et au tir à l’arc. Une autre fois c’était « boxe et art urbain », avec du skate, du hip hop et du graff. Nous travaillons aussi avec des associations de danse, de cirque, avec pour mot d’ordre l’ouverture culturelle. Et tant mieux si l’un de nos licenciés bifurque ensuite vers la danse ou le basket !
Quel type d’actions menez-vous ?
Parmi notre quinzaine d’actions, on peut citer « Poing d’accroche », qui s’adresse aux décrocheurs scolaires. Nous avons également remporté un appel à projet qui vise à remobiliser des jeunes de 16 à 30 ans considérés « incasables ». Dans le cadre d’un consortium avec le GIP politique de la ville, la mission locale et l’association Atrium, nous en accompagnons chaque année 24 sur un semestre, dans le cadre d’un parcours intitulé « Poing d’appui » : ateliers sportifs, participation à des actions solidaires (banque alimentaire, SPA, etc.), séjours de rupture… Les amener à respecter un emploi du temps est un premier pas sur une possible intégration dans le monde du travail.
Nous menons aussi des actions auprès de personnes en situation de handicap et auprès de femmes victimes de violences ou socialement isolées, hébergées en foyer ou aiguillées vers nous par le Centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CDIFF) ou des cabinets de psychologues. Nous les accueillons gratuitement sur notre atelier « je boxe mes peurs », tourné vers le bien-être physique, la confiance en soi et la résilience.
Vous êtes aussi depuis peu co-président de l’Ufolep Hautes-Pyrénées…
Oui, avec mon collègue et ami Romain Rossi, au sein d’un comité directeur où les compétences sont réparties. Cette responsabilité est une opportunité d’élargir la focale au niveau départemental, mais aussi régional et national, et de me familiariser à l’articulation entre l’Ufolep, l’Usep et la Ligue de l’enseignement. Propos recueillis par Philippe Brenot.
« Aucune atteinte à l’intégrité physique »
C’est toujours bon de le rappeler : l’Ufolep proscrit toute activité susceptible de porter atteinte à l’intégrité physique, mentale et psychologique de ses licenciés. C’est pourquoi elle fédère exclusivement la pratique de la boxe éducative, qui permet de développer maîtrise et confiance en soi, respect des autres et équilibre corporel. Cela vaut aussi pour le taekwondo, pratiqué lui aussi sous sa forme éducative, et l’ensemble des arts martiaux où, quand il y a compétition, c’est également dans un but éducatif, convivial et émancipateur.
Les réunions de rentrée autour des dispositifs « sport société », qui ont réuni 280 participants, sont devenus des temps de réflexion partagés avec les partenaires de l’Ufolep, explique Adil El Ouadehe, DTN adjoint de l’Ufolep.
Adil El Ouadehe, cette année les « GT » de rentrée organisés du 2 au 8 octobre ont poursuivi leur mue…
Oui. À l’origine ces « groupes de travail » visaient à expliciter les cahiers des charges de nos dispositifs et à échanger en direct avec le réseau. Aujourd’hui, ces dispositifs sont bien maîtrisés par nos comités et nos associations, d’où l’évolution des GT de rentrée vers une réflexion plus thématique et transversale. L’idée est également de ne pas se contenter de la « popote interne » mais de se projeter vers l’avenir avec des apports extérieurs. La commande faite aux intervenants du matin était de défendre des points de vue tranchés, afin de susciter le débat et de nourrir les travaux plus internes de l’après-midi. Ces GT « new look », chacun avec son intitulé, sont des temps d’information et de co-construction.
Le public a évolué lui aussi…
Oui, avec un tiers d’associations et de structures affiliées, et deux tiers de représentants de comités.
Et côté intervenants ?
Il y en a eu plus d’une trentaine, à commencer par le ministère de la Ville, le ministère des Sports et l’Agence nationale du Sport, le ministère de la Justice et celui de l’Intérieur, la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam)… Et aussi des universitaires et des experts, des associations, et aussi des comités Ufolep témoignant de leur expérience.
La première thématique associait « les temps de l’enfant » et sa « protection » : en écho à quels dispositifs ?
Cette première journée faisait à la fois écho au dispositif UfoBaby, à nos actions auprès de la Protection judiciaire de la jeunesse (d’une pratique multisport régulière à la mise en place de séjours) et à la question des violences sexistes et sexuelles. D’où la présence de l’association Colosse aux pieds d’argile aux côtés de SOS Villages d’enfants, de la Fondation de France, du Mouvement du Nid ou du cercle de réflexion Res Sportiva. Être engagé dans une démarche d’éducation populaire ne nous exonère pas de certains protocoles, comme lorsque l’on travaille avec l’aide sociale à l’enfance (ASE). Notre programme de motricité libre UfoBaby s’inscrit lui-même dans un protocole où interviennent aussi les parents. À titre d’exemple, SOS Villages d’enfants, nouveau partenaire intéressé par notre savoir-faire en matière d’organisation d’évènementiels, peut nous faire grandir d’un point de vue pédagogique.
Vendredi 3 octobre, le thème était « santé et intégrité ». Y était-il question du programme À Mon Rythme et des maisons sport santé Ufolep ?
Oui, et aussi de Toutes Sportives et du plan fédéral contre les violences sexuelles et sexistes (VSS), dans une acception de la santé intégrant les dimensions physique, mentale et sociale. Aujourd’hui à l’Ufolep, les VSS sont essentiellement abordées par le prisme de la vérification de l’honorabilité des animateurs. Cela n’empêche pas les agressions, d’où l’idée d’établir une « cartographie » des situations à risque pour que les associations réfléchissent à leurs modes de fonctionnement, et si besoin les fassent évoluer. Comme pour les autres journées, c’était plénière le matin, dans une logique d’échanges visant à éclairer et inspirer, et l’après-midi des ateliers pour « solutionner » et construire.
Lundi 6 octobre, que recouvrait « l’animation des territoires ?
Le fil rouge était : comment les thématiques nationales de l’Ufolep s’incarnent-elles dans chaque territoire ? Le comité de l’Yonne a par exemple présenté sa stratégie de déclinaison du programme Ufostreet, menée en partenariat avec le concessionnaire Ford local. La communication du représentant de Decathlon Pro a aussi permis de montrer qu’un partenaire commercial n’est pas juste un prestataire : celui-ci a expliqué comment s’appuyer sur un magasin, mais aussi donné son avis sur les synergies locales. Quant à l’Agence de la cohésion nationale des territoires (ANCT), observateur privilégié, elle est repartie avec l’idée de travailler sur le public des seniors dans les quartiers politique de la ville (QPV) et dans les zones de revitalisation rurale (ZRR).
Il y a été aussi question de « transition écologique »…
Oui, avec la Fondation européenne pour le climat, partenaire de l’Ufolep pour le développement d’un réseau de ressourceries sportives et sociales et d’un tout nouveau projet sur le vivre-ensemble en milieu rural, en réponse à la progression de l’extrême droite sur ces territoires.
Mardi 7 octobre, avec « inclusion et citoyenneté » on était dans l’ADN de l’Ufolep…
Nous avons notamment traité de l’intégration des migrants qui composent le public du dispositif Primo-Sport, développé avec le soutien historique de l’Offi, l’Office français de l’immigration et de l’intégration, et du ministère de l’Intérieur. Au-delà des aspects pratiques, le nouveau format de GT a permis de travailler sur le sens de nos actions.
Ces rendez-vous se sont achevés mercredi 8 octobre avec « l’insertion sociale et professionnelle », qui se déclinent notamment par les « parcours coordonnés » destinés aux décrocheurs scolaires intéressés par les métiers du sport et de l’animation…
Oui, avec pour nouveaux partenaires France Travail (ex-ANPE et Pôle emploi) et l’Union nationale pour l’habitat des jeunes (UNHAJ). France Volontaires, les Clubs régionaux d’entreprises partenaires de l’insertion (CREPI), l’Institut de l’engagement et la Fondation pour le sport inclusif ont également présenté leurs actions en faveur des jeunes et des publics éloignés de l’emploi. En bonus, à la pause repas nous avons fait se rencontrer les représentants de terrain de France Travail et les comités Ufolep, ce qui localement a déjà eu un effet d’accélérateur sur les projets.
Et s’il fallait tirer un bilan ?
On s’interroge toujours quand on change une formule. Dans celle-ci, la parole est donnée aux partenaires, davantage qu’à la fédération. Or nos comités s’y sont pleinement retrouvés, avec des éclairages et des réponses à des questions qu’ils se posent sur le terrain. Nous n’avons même pas abordé les cahiers des charges des dispositifs : la projection d’une diapositive sur les aides fédérales a suffi.
Et côté partenaires ?
Ils voient la façon dont nous fédérons nos relais de terrain : 280 participants sur cinq journées, c’est conséquent ! Nos partenaires prennent ainsi conscience de la densité et de l’engagement du réseau Ufolep : qui nous sommes, comment nous travaillons, quelle est notre pédagogie et notre dynamique de projet.
Paroles de partenaires
OFFI : « Grâce à des partenaires comme l’Ufolep, qui facilite l’accès [des primo-arrivants] aux structures sportives, lieux de partage et de vivre ensemble, la pratique concrète et régulière de la langue française et l’acquisition des valeurs de la République et de nos codes sociaux s’en trouvent renforcés. » Jean-Dominique Fabry, pôle partenariat de l’Office français de l’immigration et de l’insertion
CNAM : « Merci à Cécile Pereira Couthinho d’avoir représenté la Caisse nationale de l’Assurance Maladie lors de cette table ronde sur la santé des femmes et plus particulièrement les plus éloignées du système de santé. » Frédéric Napias, sous-directeur.
DECATLHON PRO. « Des échanges riches en apprentissage pour continuer à développer des solutions clé en mains pour faire vivre les évènements sportifs et des solutions innovantes comme le design actif pour aménager durablement nos territoires et encourager la pratique du sport au quotidien. » Sylvain Lemaire, responsable partenariats collectivités et enseignement.
UNHAJ. « L’Union nationale pour l’habitat des jeunes travaille depuis près de deux ans avec l’Ufolep et plusieurs adhérents ont déjà construit des projets communs autour de l’inclusion par le sport. Un partenariat à mettre en œuvre partout sur le territoire ! L’Ufolep sera présente au Village des initiatives lors de notre congrès à Lille [mi-novembre, ndlr], une occasion de les rencontrer. » Facebook Unhaj.
« Les pratiquants sportifs, qui sont-ils, quels sont leurs besoins ? » : c’est la question qu’était invité à traiter Williams Nuytens, directeur du laboratoire Sherpas (Sociologie, histoire, éducation, représentations, pratiques et activités sportives) de l’université d’Artois. Après avoir souligné le paradoxe de voir un représentant du « monde académique » s’adresser du haut de sa chaire à des spécialistes de terrain de la pratique sportive, il a distillé avec humour d’éclairantes références.
Citant une étude sur « l’origine du pratiquant », il a pointé les quatre milieux sociaux – « populaire précaire », « populaire stabilisé », « classes moyennes cultivées » et « milieux cultivés et favorisés » – qui détermineraient le rapport de chacun aux pratiques sportives. Williams Nuytens a également souligné le poids des injonctions liées aux messages de santé et la réduction des écarts de pratique entre classes d’âges, avant de mettre en évidence l’individualisation des modes de pratique, favorisée par les tutoriels sur internet.
Serait-ce alors la fin des clubs ? Pas forcément, car les gens aiment quand même « qu’on les guide un peu ». Mais pour les acteurs d’une fédération sportive issue de l’éducation populaire, la vraie question était : tout est-il joué d’avance ? Eh bien non. Des auteurs plus récents ont amendé les thèses de Pierre Bourdieu et, comme pour toute activité culturelle, en matière de sport le goût peut évoluer au fil d’une vie. Ph.B.
Lors des Journées fédérales d’octobre au Pradet (Var), Thibaud Dussud (CDES Limoges) et Dominique Charrier (Paris-Saclay) ont abordé l’évaluation de l’impact des politiques et évènements sportifs, avant que ce dernier ne vienne clore les Journées fédérales avec un exercice de rétrospective-prospective.
Les études d’impact et l’évaluation des projets sportifs sont le quotidien de Thibaud Dussud, chargé de mission au Centre d’études et de droit du sport de Limoges. Cette « évaluation », à distinguer de la simple « justification » (comme quand on renseigne un formulaire cerfa pour justifier de l’utilisation de fonds publics), permet de « valoriser une action » et de « la piloter afin d’ajuster le tir », ou de montrer qu’elle s’inscrit dans une politique fédérale.
Attention toutefois aux écueils : ceux d’être « instrumentalisée » en mettant artificiellement en évidence certains aspects valorisants au détriment d’autres qui le sont moins, de « s’inscrire dans une logique de performance capitaliste » ou de n’être qu’une « perte de temps, mobilisant d’importants moyens ». En outre « les données primaires sont parfois fragiles » a complété Dominique Charrier, maitre de conférences émérite à l’université Paris-Saclay. Difficile également d’apprécier l’impact social et sociétal d’une action ou d’une politique sur le temps court qui préside généralement aux études.
Mieux vaut donc « ne pas tout évaluer, mais bien évaluer ». Et oui si c’est pour « améliorer, démontrer, faire avancer et répliquer » ce qui fonctionne, mais non pour simplement « justifier, communiquer, marketer, green-washer ».
Horizon 2060. Le lendemain dimanche, Dominique Charrier était de nouveau sur l’estrade aux côtés d’Élisabeth Delamoye, secrétaire générale de l’Ufolep, élue à la ville d’Orsay et dirigeante de l’Association nationale des élus du sport (Andes). Il a déroulé un brillant exposé sur l’évolution des politiques publiques depuis l’impulsion donnée par le général de Gaulle au lendemain des piteux Jeux olympiques 1960 à Rome, avec pour principes un pilotage par l’offre d’équipements sportifs et le rôle central du club, et pour caractéristiques la pyramide compétitive et la durabilité des choix sportifs. Ce modèle sera ensuite fragilisé dès les années 1980 par la « diversification » de l’offre, la « médiatisation » et l‘« instrumentalisation » du sport au nom d’objectifs d’insertion, d’emploi, de santé, environnementaux, etc.
Et demain ? « L’incertitude est maximale ». Difficile de savoir si, à l’horizon 2060, la pratique des Français va baisser ou augmenter, comment vont évoluer les modes de pratique (individualistes, communautaristes, associatifs), ou quel sera le statut du pratiquant (cotisant, adhérent, usager, bénéficiaire, client).
Après un ultime développement sur « l’agencialisation » des politiques sportives incarnée par une ANS dont rien ne garantit la pérennité, sur la fragilité des moyens accordés au sport et sur l’illusion vite dissipée de l’héritage des Jeux, Dominique Charrier a conclu sur l’enjeu des valeurs : « Assistera-t-on à l’aggravation des "dérives", à l’image de compétitions de "dopés", ou à la revanche de l’éthique et du sport durable ? Et se dirigera-t-on vers un renforcement ou une dilution des politiques sportives locales ? » Une double interrogation qui a ensuite nourri les échanges avec le public. Ph.B.
En ouverture des Journées fédérales du Pradet (Var) des 17-18-19 octobre, le président de l’Ufolep, Arnaud Jean, s’est adressé aux 160 participants pour replacer celles-ci dans le contexte actuel de tension financière : baisse de 5,6 % du prochain budget des Sports, « sans parler des réductions plus drastiques encore pour la Jeunesse », 108 millions d’euros en moins pour l’enveloppe sport pour tous de l’ANS « alors que le haut niveau, lui, est préservé », chute du nombre des services civiques de 150 000 à 110 000, disparition de 26 postes de conseillers techniques et sportifs… « Et, rien qu’à l’Ufolep, 32 000 enfants de 6 à 13 ans privés des 50 € d’aide à la prise de licence du Pass’Sport ! C’est un peu rude ! Et voilà que s’annonce la seconde lame, celle de l’impact sur les finances des collectivités locales, principaux soutiens des associations. De quoi décourager le bénévolat ! D’où l’importance d’avoir fait entendre la voix de l’Ufolep lors de la mobilisation nationale du 11 octobre, car c’est la vie associative en général qui est touchée. »
Mais, en dépit de ces vents contraires, l’Ufolep « titille » aujourd’hui les 400 000 licenciés et adhérents, tandis que 97 % des comités déclinent le Projet sportif fédéral. Conclusion : « Ne comptons pas sur les autres. L’héritage des Jeux, c’est nous, c’est vous ! » Ph.B.
Lors des Journées fédérales du Pradet des 17-18-19 octobre, la table ronde Ufolep-FSGT-FSCF-Léo Lagrange a réaffirmé la singularité des acteurs affinitaires multisports et leur volonté de se faire entendre au sein du Mouvement sportif.
Une volonté commune de peser davantage dans le paysage sportif : c’est ce que l’on retiendra de la table ronde d’ouverture des Journées fédérales du Pradet, qui réunissait aux côtés du président de l’Ufolep les représentants de la Fédération sportive et gymnique du travail (d’inspiration ouvrière), de la Fédération sportive et culturelle de France (issue des patronages catholiques) et de la fédération sportive Léo Lagrange (sport pour tous).
Chacun a tout d’abord rappelé l’origine de son « affinité ». Françoise Bouvier, vice-présidente de la Fédération nationale sportive Léo Lagrange – sous-secrétaire d’État à l’Éducation nationale, chargé des sports, des loisirs et de l’éducation physique, puis commissaire général de l’Ufolep avant de mourir au combat en juin 1940 – a précisé que celle-ci avait été créée en 1950 par Pierre Mauroy, futur maire de Lille et Premier ministre de François Mitterrand.
Co-président de la FSGT, Antonio Fonseca, a rappelé le contexte de lutte antifasciste qui a présidé à la réunion, en 1934, à la fusion de deux fédérations à l’identité ouvrière et communiste pour l’une, socialiste pour l’autre. Aujourd’hui, la FSGT fédère 200 000 licenciés dans 4 000 clubs, principalement dans les grandes agglomérations, sans toutefois avoir retrouvé ses effectifs d’avant la crise sanitaire.
Julien Mary, directeur de la FSCF, qui fait office de doyenne puisqu’elle émane de la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France née en 1898 dans le sillage du « christianisme social », a expliqué que celle-ci s’était « sécularisée » en se distinguant des paroisses à la fin des années 1960, au lendemain du concile Vatican II. Arnaud Jean a ensuite brièvement rappelé ce qui fonde l’Ufolep, qui fêtera son centenaire en 2028.
L’affinité peut-elle être un atout ?
Mais en en quoi votre affinité est-elle un atout, et comment fédérer autour de celle-ci ? Antonio Fonseca a mis en parallèle la « démocratisation » des pratiques sportives favorisée au siècle dernier par les fédérations affinitaires et leur capacité à répondre aux aspirations d’aujourd’hui sans être contraintes par les normes et règlements internationaux. Preuve en est du succès du foot à 7 auto-arbitré à la FSGT, qui repose sur la « responsabilisation » des pratiquants. Arnaud Jean a prolongé cet éclairage sur la liberté réglementaire en prenant exemple de l’autorisation du port du legging ou du shorty, à côté du traditionnel justaucorps, dans les compétitions Ufolep de gymnastique : une liberté indissociable de « l’identité multisport qui nous distingue ». « Notre force réside aussi dans le sens que nos bénévoles, nos salariés et nos licenciés donnent à l’appartenance à notre fédération », a-t-il ajouté.
Freins
Interrogé sur les freins propres à l’affinité, Antonio Fonseca a pointé « ceux que l’on s’impose à soi-même » : « Il ne faut pas hésiter à annoncer la couleur, dire qui nous sommes », a-t-il insisté en mentionnant l’engagement de la FSGT contre une réforme des retraites « qui réduit le vivier bénévole », ou son appel à « faire barrage à l’extrême droite » lors des élections législatives de 2024. Outre des faiblesses en matière de « communication », Françoise Bouvier a évoqué au nom de la fédération Léo Lagrange « la baisse des subventions », une répartition des créneaux dans les installations qui se fait souvent au détriment du sport loisir, ou encore « la charge administrative pour les dirigeants bénévoles ». Pour résumer, « on n’est pas aidés ! »
Concernant la FSCF, Julien Mary a confirmé ce « déficit de notoriété » mais surtout pointé les effets délétères de « la loi Lamour de 2003, qui oblige les associations à licencier tous leurs adhérents auprès de la fédération délégataire de l’activité », y compris ceux qui souhaitent se contenter d’une pratique loisir, comme c’est le cas « en gymnastique, en natation ou en judo ».
« Notre principal frein ? Notre nom, Ufolep, même si ce sigle fait sens en faisant référence à notre identité "laïque" et à notre engagement pour "l’éducation physique" », a ironisé Arnaud Jean, tout en se félicitant que l’image un peu « caricaturale » d’une fédération « conviviale », au sens de « pas sérieuse », se soit considérablement estompée.
Un avenir commun
Alors, « y a-t-il un avenir commun pour les fédérations affinitaires ? » : la troisième et dernière question appelait d’autant plus une réponse positive que 24 fédérations affinitaires, multisports et scolaires (Famus) sont à nouveau organisées en « conseil » au sein du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). Depuis la suppression en 2017 du « collège des affinitaires », elles peinaient à y faire entendre leur voix singulière, à côté des fédérations olympiques et unisports, très largement majoritaires…
Julien Mary a souligné le rôle d’incubateur d’idées du collectif ID-Orizon qui réunit déjà les fédérations affinitaires, ainsi que les synergies à l’œuvre à travers le Club des 300 femmes dirigeantes issues de fédérations affinitaires et caractérisées, en matière de formation, par le nouveau Certificat de formation professionnelle dédié aux activités gymniques (CQP TSARE). Il a aussi avancé l’idée de « rencontres sportives interfédérales ».
« Nos différentes sensibilités enrichissent nos travaux, comme en matière d’éthique » a renchérit Françoise Bouvier pour la fédération Léo Lagrange, et « l’humain est au centre de nos activités », a complété Antonio Fonseca pour la FSGT. « Au-delà de la concurrence qui peut exister sur le terrain entre nos fédérations, notamment en gymnastique ou en cyclisme (respectivement avec la FSCF et la FSGT, ndlr), notre approche de la pratique sportive est la même », a conclu Arnaud Jean. C’est pourquoi « il faut que nous soyons force de proposition pour le plaidoyer que le CNOSF défendra lors des prochaines élections présidentielles. »
Après l’expression orale des Journées fédérales, des travaux d’écriture sont donc à prévoir. Philippe Brenot
Ateliers. Une fois n’est pas coutume, les ateliers étaient réduits cette année à la portion congrue. Organisés en trois groupes (élus des comités, bénévoles des commissions sportives, professionnels), ces ateliers du samedi matin ont permis de « débriefer » la table ronde d’ouverture et l’intervention de Williams Nuytens.
L’Ufolep est parfois sollicitée pour parrainer un film et contribuer à lui donner un écho dans l’univers sportif. Elle y répond favorablement lorsque son argument correspond aux valeurs qu’elle porte.
Ce fut le cas en octobre 2024 pour le documentaire Super seniors, qui met en scène quatre pratiquants de tennis déclinant à leur façon le slogan maison « Le sport tout au long de la vie ». Âgés de 82 à 95 ans, les « super seniors » en question se préparent pour les championnats du monde des plus de 65 ans. Et si leur appétit de compétition déroge aux canons de la philosophie loisir de l’Ufolep, le réalisateur anglais Dan Lobb éclaire la question de la pratique physique et sportive de ceux qui entrent dans le grand âge. En partenariat avec Destiny Films, l’Ufolep a ainsi proposé à ses comités et associations de s’appuyer sur la programmation du film pour animer des débats et valoriser leur propre offre de pratique pour les seniors.
À l’automne 2021, l’Ufolep a également accompagné la sortie de Mica, fiction franco-marocaine d’Ismaël Ferroukhi. Le synopsis : enfant d’une famille pauvre, Mica est envoyé comme aide pour l’entretien d’un club de tennis de Casablanca, où une jeune entraîneuse – Sabrina Ouazani – remarque son intérêt pour le jeu et le prend sous son aile… Une déclinaison du sport pour tous à laquelle l’Ufolep n’a pas été insensible. Ph.B.
Rien que pour cette scène, Dans ses yeux (El secreto de sus ojos), du réalisateur argentin Juan José Campanella, méritait l’Oscar du meilleur film étranger 2010. Tout débute par une vue aérienne d’un stade, oasis de lumière dans la nuit d’hiver de Buenos Aires. En fond sonore, les commentaires d’un journaliste de radio, de plus en plus survoltés à mesure que la caméra plonge vers la pelouse où se déroule une action de jeu conclue par un tir manqué de peu. La caméra remonte alors vers les tribunes, où des supporters en transe s’agitent furieusement sous l’œil inquiet de l’enquêteur Benjamin Esposito, incarné par Ricardo Darín. Nous sommes en 1974 : chargé d’élucider le viol et le meurtre d’une jeune femme, il a identifié un suspect mais, hormis son visage, l’une des rares choses qu’on sait de lui est qu’il est hincha de Huraćan, club historique alors auréolé d’un récent titre de champion. Son adjoint, qui parcourt les tribunes avec lui, l’a convaincu d’essayer de le retrouver comme on chercherait une aiguille dans une botte de foin.
Miraculeusement, ils tombent sur leur homme. Mais au moment de lui mettre la main au collet, un mouvement de foule déclenché par un but permet au suspect de s’enfuir. S’ensuit une frénétique course poursuite dans les escaliers et les couloirs qui s’achève sur le terrain, où l’homme est finalement plaqué au sol par les policiers.
Non seulement la scène, intense, est magistralement filmée, mais elle reflète parfaitement la passion débordante des Argentins pour le football, la réalité d’un match et l’ambiance des tribunes. On reconnaît là la patte d’Eduardo Sacheri, co-scénariste et auteur du roman1 dont est tiré le film. Ph.B.
(1) Paru en 2010 chez Denoël. Le football est aussi très présent dans « Petits papiers sauvés du vent » (Héloïse d’Ormesson, 2014).
Dans cinq disciplines, une sélection de films à revoir ou à découvrir.
Football
Coups de tête (1979) de Jean-Jacques Annaud : Patrick Dewaere dans l’un de ses rôles phares alors qu’il ne sait pas taper dans un ballon. Cela ne nuit pas à l’épopée de l’US Trincamp en Coupe de France, avec des scènes de match filmées à la mi-temps d’un choc de D2 Auxerre-Troyes. La même année, l’AJA parvient en finale, pour de vrai !
Le Ballon d’or (1993) de Cheik Doukouré : en Guinée, un enfant rêvant d’une carrière pro ne peut pour l’heure jouer qu’avec un ballon de fortune. Salif Keïta, international malien et gloire de l’AS Saint-Étienne, joue l’éducateur.
Hors-jeu (2006) de Jafar Panahi : le cinéaste iranien, Palme d’Or 2025 à Cannes pour Un Simple accident, illustre la condition brimée de ses concitoyennes à travers le ballon rond. Interdites de stade, ces dernières doivent vivre les matchs par procuration.
Basket
Les Blancs ne savent pas sauter (1992) de Ron Shelton : le meilleur cru du cinéaste américain ayant réalisé et scénarisé le plus grand nombre de films sur le sport. Le duo comique Woody Harrelson-Wesley Snipes fonctionne à merveille dans cette œuvre culte.
Space Jam (1996) de Joe Pytka : Michael Jordan face aux Looney Tunes, tel est le pitch fou de ce film mêlant prises de vue réelles et animation. Un sequel a vu le jour en 2021, LeBron James reprenant le flambeau de son aîné.
He Got Game (1998) de Spike Lee : grand fan de la balle orange, le réalisateur de Do The Right Thing réussit son film de genre. Entre le joueur professionnel Ray Allen et l’acteur iconique Denzel Washington, la relation, entre respect, amour et tension, est parfaite.
Tennis
The Christian Licorice Store (1971) de James Frawley : cet anti-biopic très éloigné du rêve américain critique plutôt Hollywood et le monde du sport professionnel. La balle jaune s’y fait voler la vedette par la poésie.
The Battle of Sexes (2017) de Jonathan Dayton et Valerie Faris : récit de l’improbable match entre la championne Billie Jean King et le tennisman déclinant Bobby Riggs. Un jalon sur le chemin des revendications féministes.
Challengers (2024) de Lucas Guadagnino : Avec son casting XXL (Zendaya, Josh O'Connor et Mike Faist), ce triangle amoureux sur et en dehors des courts est aussi étonnant que savoureux. Les scènes de match sont remarquablement filmées par une caméra virevoltante.
Borg/McEnroe (2017) de Janus Merz Pedersen : un film centré sur la mythique finale de Wimbledon 1980. « La mise en scène des matchs de tennis est, hélas, le point faible de ce biopic solidement interprété », se désole Télérama.
Athlétisme
Comme un homme libre (1979) de Michael Mann : à l’aube de sa carrière, le réalisateur de Heat (1995, avec Robert De Niro et Al Pacino), débute sa carrière en filmant avec talent les pistes d’athlétisme d’une prison.
Les Chariots de feu (1981) de Hugh Hudson : quatre Oscars et une réputation non usurpée, avec au-delà de l’histoire d’une rivalité sportive un éclairage sur l’antisémitisme ambiant dans les années 1920 en Europe.
La Ligne droite (2010) de Régis Wargnier : un athlète non-voyant est aidé par une guide qui sort de prison (Rachida Brakni). Mais les bons sentiments font-ils les bons films ?
Cyclisme
Le vélo de Ghislain Lambert (2000) de Philippe Harel : oscillant entre drame et comédie à l’image du héros joué par Benoît Poelvoorde, ce film est aussi sincère que réjouissant. La difficulté du cyclisme est très bien représentée.
La Petite reine (2014) d’Alexis Durand-Brault : une dénonciation convaincante du dopage et des mafias qui ont pu gangréner le cyclisme. La manière de filmer le corps de la sportive, rongée par des années de mensonge et de triche, est saisissante.
Tour de Pharmacy (2017) de Jake Szymanski : les grands champions seraient-ils tous dopés ? Autant le prendre à la rigolade. Ce faux documentaire complètement absurde suit quatre coureurs aux performances étranges sur le Tour de France. Enzo Leanni
La plus grande visibilité accordée aujourd’hui au sport féminin se retrouve sur grand écran, souvent à l’initiative de réalisatrices et avec une dimension d’émancipation, dans le sillage du pionnier Girlfight de Karyn Kusama (2000), où une jeune fille marginalisée échappe à ses problèmes familiaux par la boxe. On se souvient aussi de la comédie Joue-la comme Beckham (2002) de Gurinder Chadha, où une jeune Londonienne d’origine indienne s’épanouit sur les terrains de foot en cachette de sa famille très traditionnelle. Dans Sarah préfère la course (2013), l’héroïne de Choé Robichaud vit pour sa part une véritable introspection à travers sa pratique quasi-addictive du demi-fond. Plus politique, Tatami (2023), co-réalisé par Zar Amir Ebrahimi, met en scène une judokate iranienne contrainte par son gouvernement de déclarer forfait pour ne pas devoir affronter une adversaire israélienne, renonçant ainsi à ses chances de médaille d’or mondiale.
La même année, Virginie Verrier signe un excellent biopic sportif : Marinette, alias Marinette Pichon, longtemps meilleure buteuse de l’équipe de France de football, mais restée dans l’ombre jusqu’à cette belle mise en lumière. Deux autrices françaises singulières ont également prouvé qu’elles savaient utiliser le sport pour aborder des sujets de société : Céline Sciamma avec Naissance des pieuvres (2007), où trois adolescentes vivent leurs premières amours et découvrent leurs pulsions homosexuelles autour des bassins de natation synchronisée, et Patricia Mazuy, dont le Sport de filles (2011) traite de la lutte des classes à travers l’équitation, avec Marina Hands en fière cavalière. Enzo Léanni
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