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Journées fédérales : qui sont les pratiquants ?

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« Les pratiquants sportifs, qui sont-ils, quels sont leurs besoins ? » : c’est la question qu’était invité à traiter Williams Nuytens, directeur du laboratoire Sherpas (Sociologie, histoire, éducation, représentations, pratiques et activités sportives) de l’université d’Artois. Après avoir souligné le paradoxe de voir un représentant du « monde académique » s’adresser du haut de sa chaire à des spécialistes de terrain de la pratique sportive, il a distillé avec humour d’éclairantes références.

Citant une étude sur « l’origine du pratiquant », il a pointé les quatre milieux sociaux – « populaire précaire », « populaire stabilisé », « classes moyennes cultivées » et « milieux cultivés et favorisés » – qui détermineraient le rapport de chacun aux pratiques sportives. Williams Nuytens a également souligné le poids des injonctions liées aux messages de santé et la réduction des écarts de pratique entre classes d’âges, avant de mettre en évidence l’individualisation des modes de pratique, favorisée par les tutoriels sur internet.

Serait-ce alors la fin des clubs ? Pas forcément, car les gens aiment quand même « qu’on les guide un peu ». Mais pour les acteurs d’une fédération sportive issue de l’éducation populaire, la vraie question était : tout est-il joué d’avance ? Eh bien non. Des auteurs plus récents ont amendé les thèses de Pierre Bourdieu et, comme pour toute activité culturelle, en matière de sport le goût peut évoluer au fil d’une vie. Ph.B.



Évaluation et prospective aux Journées fédérales

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Lors des Journées fédérales d’octobre au Pradet (Var), Thibaud Dussud (CDES Limoges) et Dominique Charrier (Paris-Saclay) ont abordé l’évaluation de l’impact des politiques et évènements sportifs, avant que ce dernier ne vienne clore les Journées fédérales avec un exercice de rétrospective-prospective.

 

Les études d’impact et l’évaluation des projets sportifs sont le quotidien de Thibaud Dussud, chargé de mission au Centre d’études et de droit du sport de Limoges. Cette « évaluation », à distinguer de la simple « justification » (comme quand on renseigne un formulaire cerfa pour justifier de l’utilisation de fonds publics), permet de « valoriser une action » et de « la piloter afin d’ajuster le tir », ou de montrer qu’elle s’inscrit dans une politique fédérale.

Attention toutefois aux écueils : ceux d’être « instrumentalisée » en mettant artificiellement en évidence certains aspects valorisants au détriment d’autres qui le sont moins, de « s’inscrire dans une logique de performance capitaliste » ou de n’être qu’une « perte de temps, mobilisant d’importants moyens ». En outre « les données primaires sont parfois fragiles » a complété Dominique Charrier, maitre de conférences émérite à l’université Paris-Saclay. Difficile également d’apprécier l’impact social et sociétal d’une action ou d’une politique sur le temps court qui préside généralement aux études.

Mieux vaut donc « ne pas tout évaluer, mais bien évaluer ». Et oui si c’est pour « améliorer, démontrer, faire avancer et répliquer » ce qui fonctionne, mais non pour simplement « justifier, communiquer, marketer, green-washer ».

 

Horizon 2060. Le lendemain dimanche, Dominique Charrier était de nouveau sur l’estrade aux côtés d’Élisabeth Delamoye, secrétaire générale de l’Ufolep, élue à la ville d’Orsay et dirigeante de l’Association nationale des élus du sport (Andes). Il a déroulé un brillant exposé sur l’évolution des politiques publiques depuis l’impulsion donnée par le général de Gaulle au lendemain des piteux Jeux olympiques 1960 à Rome, avec pour principes un pilotage par l’offre d’équipements sportifs et le rôle central du club, et pour caractéristiques la pyramide compétitive et la durabilité des choix sportifs. Ce modèle sera ensuite fragilisé dès les années 1980 par la « diversification » de l’offre, la « médiatisation » et l‘« instrumentalisation » du sport au nom d’objectifs d’insertion, d’emploi, de santé, environnementaux, etc.

Et demain ? « L’incertitude est maximale ». Difficile de savoir si, à l’horizon 2060, la pratique des Français va baisser ou augmenter, comment vont évoluer les modes de pratique (individualistes, communautaristes, associatifs), ou quel sera le statut du pratiquant (cotisant, adhérent, usager, bénéficiaire, client).

Après un ultime développement sur « l’agencialisation » des politiques sportives incarnée par une ANS dont rien ne garantit la pérennité, sur la fragilité des moyens accordés au sport et sur l’illusion vite dissipée de l’héritage des Jeux, Dominique Charrier a conclu sur l’enjeu des valeurs : « Assistera-t-on à l’aggravation des "dérives", à l’image de compétitions de "dopés", ou à la revanche de l’éthique et du sport durable ? Et se dirigera-t-on vers un renforcement ou une dilution des politiques sportives locales ? » Une double interrogation qui a ensuite nourri les échanges avec le public. Ph.B.

 



Journées fédérales : « Malgré les vents contraires, l’Ufolep progresse »

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En ouverture des Journées fédérales du Pradet (Var) des 17-18-19 octobre, le président de l’Ufolep, Arnaud Jean, s’est adressé aux 160 participants pour replacer celles-ci dans le contexte actuel de tension financière : baisse de 5,6 % du prochain budget des Sports, « sans parler des réductions plus drastiques encore pour la Jeunesse », 108 millions d’euros en moins pour l’enveloppe sport pour tous de l’ANS « alors que le haut niveau, lui, est préservé », chute du nombre des services civiques de 150 000 à 110 000, disparition de 26 postes de conseillers techniques et sportifs… « Et, rien qu’à l’Ufolep, 32 000 enfants de 6 à 13 ans privés des 50 € d’aide à la prise de licence du Pass’Sport ! C’est un peu rude ! Et voilà que s’annonce la seconde lame, celle de l’impact sur les finances des collectivités locales, principaux soutiens des associations. De quoi décourager le bénévolat ! D’où l’importance d’avoir fait entendre la voix de l’Ufolep lors de la mobilisation nationale du 11 octobre, car c’est la vie associative en général qui est touchée. »

Mais, en dépit de ces vents contraires, l’Ufolep « titille » aujourd’hui les 400 000 licenciés et adhérents, tandis que 97 % des comités déclinent le Projet sportif fédéral. Conclusion : « Ne comptons pas sur les autres. L’héritage des Jeux, c’est nous, c’est vous ! » Ph.B.



Affinités combatives aux Journées fédérales de l’Ufolep

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Lors des Journées fédérales du Pradet des 17-18-19 octobre, la table ronde Ufolep-FSGT-FSCF-Léo Lagrange a réaffirmé la singularité des acteurs affinitaires multisports et leur volonté de se faire entendre au sein du Mouvement sportif.

 

Une volonté commune de peser davantage dans le paysage sportif : c’est ce que l’on retiendra de la table ronde d’ouverture des Journées fédérales du Pradet, qui réunissait aux côtés du président de l’Ufolep les représentants de la Fédération sportive et gymnique du travail (d’inspiration ouvrière), de la Fédération sportive et culturelle de France (issue des patronages catholiques) et de la fédération sportive Léo Lagrange (sport pour tous).

Chacun a tout d’abord rappelé l’origine de son « affinité ». Françoise Bouvier, vice-présidente de la Fédération nationale sportive Léo Lagrange – sous-secrétaire d’État à l’Éducation nationale, chargé des sports, des loisirs et de l’éducation physique, puis commissaire général de l’Ufolep avant de mourir au combat en juin 1940 – a précisé que celle-ci avait été créée en 1950 par Pierre Mauroy, futur maire de Lille et Premier ministre de François Mitterrand.

Co-président de la FSGT, Antonio Fonseca, a rappelé le contexte de lutte antifasciste qui a présidé à la réunion, en 1934, à la fusion de deux fédérations à l’identité ouvrière et communiste pour l’une, socialiste pour l’autre. Aujourd’hui, la FSGT fédère 200 000 licenciés dans 4 000 clubs, principalement dans les grandes agglomérations, sans toutefois avoir retrouvé ses effectifs d’avant la crise sanitaire.

Julien Mary, directeur de la FSCF, qui fait office de doyenne puisqu’elle émane de la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France née en 1898 dans le sillage du « christianisme social », a expliqué que celle-ci s’était « sécularisée » en se distinguant des paroisses à la fin des années 1960, au lendemain du concile Vatican II. Arnaud Jean a ensuite brièvement rappelé ce qui fonde l’Ufolep, qui fêtera son centenaire en 2028.

 

L’affinité peut-elle être un atout ?

Mais en en quoi votre affinité est-elle un atout, et comment fédérer autour de celle-ci ? Antonio Fonseca a mis en parallèle la « démocratisation » des pratiques sportives favorisée au siècle dernier par les fédérations affinitaires et leur capacité à répondre aux aspirations d’aujourd’hui sans être contraintes par les normes et règlements internationaux. Preuve en est du succès du foot à 7 auto-arbitré à la FSGT, qui repose sur la « responsabilisation » des pratiquants. Arnaud Jean a prolongé cet éclairage sur la liberté réglementaire en prenant exemple de l’autorisation du port du legging ou du shorty, à côté du traditionnel justaucorps, dans les compétitions Ufolep de gymnastique : une liberté indissociable de « l’identité multisport qui nous distingue ».  « Notre force réside aussi dans le sens que nos bénévoles, nos salariés et nos licenciés donnent à l’appartenance à notre fédération », a-t-il ajouté.

 

Freins

Interrogé sur les freins propres à l’affinité, Antonio Fonseca a pointé « ceux que l’on s’impose à soi-même » : « Il ne faut pas hésiter à annoncer la couleur, dire qui nous sommes », a-t-il insisté en mentionnant l’engagement de la FSGT contre une réforme des retraites « qui réduit le vivier bénévole », ou son appel à « faire barrage à l’extrême droite » lors des élections législatives de 2024. Outre des faiblesses en matière de « communication », Françoise Bouvier a évoqué au nom de la fédération Léo Lagrange « la baisse des subventions », une répartition des créneaux dans les installations qui se fait souvent au détriment du sport loisir, ou encore « la charge administrative pour les dirigeants bénévoles ». Pour résumer, « on n’est pas aidés ! »

Concernant la FSCF, Julien Mary a confirmé ce « déficit de notoriété » mais surtout pointé les effets délétères de « la loi Lamour de 2003, qui oblige les associations à licencier tous leurs adhérents auprès de la fédération délégataire de l’activité », y compris ceux qui souhaitent se contenter d’une pratique loisir, comme c’est le cas « en gymnastique, en natation ou en judo ».

« Notre principal frein ? Notre nom, Ufolep, même si ce sigle fait sens en faisant référence à notre identité "laïque" et à notre engagement pour "l’éducation physique" », a ironisé Arnaud Jean, tout en se félicitant que l’image un peu « caricaturale » d’une fédération « conviviale », au sens de « pas sérieuse », se soit considérablement estompée.

 

Un avenir commun

Alors, « y a-t-il un avenir commun pour les fédérations affinitaires ? » : la troisième et dernière question appelait d’autant plus une réponse positive que 24 fédérations affinitaires, multisports et scolaires (Famus) sont à nouveau organisées en « conseil » au sein du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). Depuis la suppression en 2017 du « collège des affinitaires », elles peinaient à y faire entendre leur voix singulière, à côté des fédérations olympiques et unisports, très largement majoritaires…

Julien Mary a souligné le rôle d’incubateur d’idées du collectif ID-Orizon qui réunit déjà les fédérations affinitaires, ainsi que les synergies à l’œuvre à travers le Club des 300 femmes dirigeantes issues de fédérations affinitaires et caractérisées, en matière de formation, par le nouveau Certificat de formation professionnelle dédié aux activités gymniques (CQP TSARE). Il a aussi avancé l’idée de « rencontres sportives interfédérales ».

« Nos différentes sensibilités enrichissent nos travaux, comme en matière d’éthique » a renchérit Françoise Bouvier pour la fédération Léo Lagrange, et « l’humain est au centre de nos activités », a complété Antonio Fonseca pour la FSGT. « Au-delà de la concurrence qui peut exister sur le terrain entre nos fédérations, notamment en gymnastique ou en cyclisme (respectivement avec la FSCF et la FSGT, ndlr), notre approche de la pratique sportive est la même », a conclu Arnaud Jean. C’est pourquoi « il faut que nous soyons force de proposition pour le plaidoyer que le CNOSF défendra lors des prochaines élections présidentielles. »

Après l’expression orale des Journées fédérales, des travaux d’écriture sont donc à prévoir. Philippe Brenot

Ateliers. Une fois n’est pas coutume, les ateliers étaient réduits cette année à la portion congrue. Organisés en trois groupes (élus des comités, bénévoles des commissions sportives, professionnels), ces ateliers du samedi matin ont permis de « débriefer » la table ronde d’ouverture et l’intervention de Williams Nuytens.



Films de sport parrainés par l’Ufolep

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L’Ufolep est parfois sollicitée pour parrainer un film et contribuer à lui donner un écho dans l’univers sportif. Elle y répond favorablement lorsque son argument correspond aux valeurs qu’elle porte.

Ce fut le cas en octobre 2024 pour le documentaire Super seniors, qui met en scène quatre pratiquants de tennis déclinant à leur façon le slogan maison « Le sport tout au long de la vie ». Âgés de 82 à 95 ans, les « super seniors » en question se préparent pour les championnats du monde des plus de 65 ans. Et si leur appétit de compétition déroge aux canons de la philosophie loisir de l’Ufolep, le réalisateur anglais Dan Lobb éclaire la question de la pratique physique et sportive de ceux qui entrent dans le grand âge. En partenariat avec Destiny Films, l’Ufolep a ainsi proposé à ses comités et associations de s’appuyer sur la programmation du film pour animer des débats et valoriser leur propre offre de pratique pour les seniors.

À l’automne 2021, l’Ufolep a également accompagné la sortie de Mica, fiction franco-marocaine d’Ismaël Ferroukhi. Le synopsis : enfant d’une famille pauvre, Mica est envoyé comme aide pour l’entretien d’un club de tennis de Casablanca, où une jeune entraîneuse – Sabrina Ouazani – remarque son intérêt pour le jeu et le prend sous son aile… Une déclinaison du sport pour tous à laquelle l’Ufolep n’a pas été insensible. Ph.B.



Films de sport : « Dans ses yeux », Oscar de la meilleure scène de stade

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Rien que pour cette scène, Dans ses yeux (El secreto de sus ojos), du réalisateur argentin Juan José Campanella, méritait l’Oscar du meilleur film étranger 2010. Tout débute par une vue aérienne d’un stade, oasis de lumière dans la nuit d’hiver de Buenos Aires. En fond sonore, les commentaires d’un journaliste de radio, de plus en plus survoltés à mesure que la caméra plonge vers la pelouse où se déroule une action de jeu conclue par un tir manqué de peu. La caméra remonte alors vers les tribunes, où des supporters en transe s’agitent furieusement sous l’œil inquiet de l’enquêteur Benjamin Esposito, incarné par Ricardo Darín. Nous sommes en 1974 : chargé d’élucider le viol et le meurtre d’une jeune femme, il a identifié un suspect mais, hormis son visage, l’une des rares choses qu’on sait de lui est qu’il est hincha de Huraćan, club historique alors auréolé d’un récent titre de champion. Son adjoint, qui parcourt les tribunes avec lui, l’a convaincu d’essayer de le retrouver comme on chercherait une aiguille dans une botte de foin.

Miraculeusement, ils tombent sur leur homme. Mais au moment de lui mettre la main au collet, un mouvement de foule déclenché par un but permet au suspect de s’enfuir. S’ensuit une frénétique course poursuite dans les escaliers et les couloirs qui s’achève sur le terrain, où l’homme est finalement plaqué au sol par les policiers.

Non seulement la scène, intense, est magistralement filmée, mais elle reflète parfaitement la passion débordante des Argentins pour le football, la réalité d’un match et l’ambiance des tribunes. On reconnaît là la patte d’Eduardo Sacheri, co-scénariste et auteur du roman1 dont est tiré le film. Ph.B.

 

(1) Paru en 2010 chez Denoël. Le football est aussi très présent dans « Petits papiers sauvés du vent » (Héloïse d’Ormesson, 2014).



Films de sport : grands classiques et curiosités

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Dans cinq disciplines, une sélection de films à revoir ou à découvrir.

 

Football
Coups de tête (1979) de Jean-Jacques Annaud : Patrick Dewaere dans l’un de ses rôles phares alors qu’il ne sait pas taper dans un ballon. Cela ne nuit pas à l’épopée de l’US Trincamp en Coupe de France, avec des scènes de match filmées à la mi-temps d’un choc de D2 Auxerre-Troyes. La même année, l’AJA parvient en finale, pour de vrai !
Le Ballon d’or (1993) de Cheik Doukouré : en Guinée, un enfant rêvant d’une carrière pro ne peut pour l’heure jouer qu’avec un ballon de fortune. Salif Keïta, international malien et gloire de l’AS Saint-Étienne, joue l’éducateur.
Hors-jeu (2006) de Jafar Panahi : le cinéaste iranien, Palme d’Or 2025 à Cannes pour Un Simple accident, illustre la condition brimée de ses concitoyennes à travers le ballon rond. Interdites de stade, ces dernières doivent vivre les matchs par procuration.

 

Basket
Les Blancs ne savent pas sauter (1992) de Ron Shelton : le meilleur cru du cinéaste américain ayant réalisé et scénarisé le plus grand nombre de films sur le sport. Le duo comique Woody Harrelson-Wesley Snipes fonctionne à merveille dans cette œuvre culte.
Space Jam (1996) de Joe Pytka : Michael Jordan face aux Looney Tunes, tel est le pitch fou de ce film mêlant prises de vue réelles et animation. Un sequel a vu le jour en 2021, LeBron James reprenant le flambeau de son aîné.
He Got Game (1998) de Spike Lee : grand fan de la balle orange, le réalisateur de Do The Right Thing réussit son film de genre. Entre le joueur professionnel Ray Allen et l’acteur iconique Denzel Washington, la relation, entre respect, amour et tension, est parfaite.

Tennis
The Christian Licorice Store (1971) de James Frawley : cet anti-biopic très éloigné du rêve américain critique plutôt Hollywood et le monde du sport professionnel. La balle jaune s’y fait voler la vedette par la poésie.
The Battle of Sexes (2017) de Jonathan Dayton et Valerie Faris : récit de l’improbable match entre la championne Billie Jean King et le tennisman déclinant Bobby Riggs. Un jalon sur le chemin des revendications féministes.
Challengers (2024) de Lucas Guadagnino : Avec son casting XXL (Zendaya, Josh O'Connor et Mike Faist), ce triangle amoureux sur et en dehors des courts est aussi étonnant que savoureux. Les scènes de match sont remarquablement filmées par une caméra virevoltante.

Borg/McEnroe (2017) de Janus Merz Pedersen : un film centré sur la mythique finale de Wimbledon 1980. « La mise en scène des matchs de tennis est, hélas, le point faible de ce biopic solidement interprété », se désole Télérama.

Athlétisme
Comme un homme libre (1979) de Michael Mann : à l’aube de sa carrière, le réalisateur de Heat (1995, avec Robert De Niro et Al Pacino), débute sa carrière en filmant avec talent les pistes d’athlétisme d’une prison.
Les Chariots de feu (1981) de Hugh Hudson : quatre Oscars et une réputation non usurpée, avec au-delà de l’histoire d’une rivalité sportive un éclairage sur l’antisémitisme ambiant dans les années 1920 en Europe.
La Ligne droite (2010) de Régis Wargnier : un athlète non-voyant est aidé par une guide qui sort de prison (Rachida Brakni). Mais les bons sentiments font-ils les bons films ?

 

Cyclisme
Le vélo de Ghislain Lambert (2000) de Philippe Harel : oscillant entre drame et comédie à l’image du héros joué par Benoît Poelvoorde, ce film est aussi sincère que réjouissant. La difficulté du cyclisme est très bien représentée.
La Petite reine (2014) d’Alexis Durand-Brault : une dénonciation convaincante du dopage et des mafias qui ont pu gangréner le cyclisme. La manière de filmer le corps de la sportive, rongée par des années de mensonge et de triche, est saisissante.
Tour de Pharmacy (2017) de Jake Szymanski : les grands champions seraient-ils tous dopés ? Autant le prendre à la rigolade. Ce faux documentaire complètement absurde suit quatre coureurs aux performances étranges sur le Tour de France. Enzo Leanni



Sport et cinéma au féminin

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La plus grande visibilité accordée aujourd’hui au sport féminin se retrouve sur grand écran, souvent à l’initiative de réalisatrices et avec une dimension d’émancipation, dans le sillage du pionnier Girlfight de Karyn Kusama (2000), où une jeune fille marginalisée échappe à ses problèmes familiaux par la boxe. On se souvient aussi de la comédie Joue-la comme Beckham (2002) de Gurinder Chadha, où une jeune Londonienne d’origine indienne s’épanouit sur les terrains de foot en cachette de sa famille très traditionnelle. Dans Sarah préfère la course (2013), l’héroïne de Choé Robichaud vit pour sa part une véritable introspection à travers sa pratique quasi-addictive du demi-fond. Plus politique, Tatami (2023), co-réalisé par Zar Amir Ebrahimi, met en scène une judokate iranienne contrainte par son gouvernement de déclarer forfait pour ne pas devoir affronter une adversaire israélienne, renonçant ainsi à ses chances de médaille d’or mondiale.

La même année, Virginie Verrier signe un excellent biopic sportif : Marinette, alias Marinette Pichon, longtemps meilleure buteuse de l’équipe de France de football, mais restée dans l’ombre jusqu’à cette belle mise en lumière. Deux autrices françaises singulières ont également prouvé qu’elles savaient utiliser le sport pour aborder des sujets de société : Céline Sciamma avec Naissance des pieuvres (2007), où trois adolescentes vivent leurs premières amours et découvrent leurs pulsions homosexuelles autour des bassins de natation synchronisée, et Patricia Mazuy, dont le Sport de filles (2011) traite de la lutte des classes à travers l’équitation, avec Marina Hands en fière cavalière. Enzo Léanni



Sport et cinéma : des films en résonance avec la société

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Aujourd’hui les cinéastes abordent volontiers des thèmes de société à travers le sport, ou utilisent celui-ci comme toile de fond ou élément narratif.

 

En 1982, Robert Towne fut un pionnier en osant évoquer dans Personal Best l’homosexualité féminine à travers la rivalité amoureuse de deux championnes d’athlétisme du siècle dernier, avec la jeune Mariel Hemingway dans le rôle principal. Aujourd’hui le sujet n’est plus tabou. Il est volontiers traité sur le registre de la comédie, comme dans Les crevettes pailletées (2019), où un nageur ayant tenu des propos homophobes se voit obligé d’entraîner une équipe de water-polo qualifiée pour les Gay Games, ou sur celui du drame, comme dans La Pampa (2025) où une famille est brisée par la découverte de la liaison entre un espoir du moto-cross et son entraîneur.

On observera également que le catch, discipline virile par excellence, sert de cadre à un film récent qui sort du lot : The Iron Claw (2023), biopic de la famille Von Erich, starring Zac Efron. L’histoire est saisissante : cinq des six fils du catcheur vedette Fritz Von Erich sont décédés avant lui, dont trois par suicide. Le film souligne que la malédiction qui s’abat sur cette dynastie d’hommes forts est causée par l’éducation toxique du patriarche, qui poussait ses fils à la compétition afin qu’ils deviennent professionnels à leur tour.

 

Arrière-plan

Si enclins à représenter leurs personnages sur leur lieu de travail, désormais les cinéastes français n’hésitent pas non plus à glisser un élément sportif dans leur récit, sans pour autant en faire la pierre angulaire du scénario. Vingt dieux (2024), drame rural made in Jura, trouve ainsi son épilogue lors d’une course de stock-car. Autres exemples : dans La Nuit du 12 (2022), enquête policière de Dominik Moll sur un féminicide, et Je verrai toujours vos visages (2023), film de Jeanne Herry sur la justice réparatrice, Bastien Bouillon, qui interprète le policier englué dans l’affaire sordide, et Adèle Exarchopoulos, sœur d’un condamné sortant de prison, enchaînent les tours de piste pour évacuer leurs angoisses et leurs frustrations. L’un à vélo, l’autre en courant, mais tous deux de manière obsessionnelle.

Enfin, l’un des grands succès de ces dernières années est Le Grand Bain (2018) de Gilles Lellouche, où une improbable bande d’hommes au bord de la dépression, ou en plein dedans, interprétés par Benoît Poelvoorde, Philippe Katerine, Mathieu Amalric ou Guillaume Canet, reprennent goût à la vie dans leur équipe de natation synchronisée. « Au quotidien, les gens font de plus en plus de sport. Il est donc normal que les personnages de cinéma en fassent eux aussi, observe Julien Camy. C’est simplement du réalisme, tout comme Ken Loach ne pouvait pas évoquer les classes populaires anglaises sans parler de football. » Enzo Léanni



Le sport au cinéma : films de genre et morceaux choisis

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À côté des films de sport proprement dits, le cinéma s’écarte de la performance et propose aussi des « moments de sport » intégrés à la narration.

 

Les chefs-d’œuvre étant rares parmi les films de sport, les mêmes exemples reviennent sans cesse : Raging Bull (1980), biopic du boxeur italo-américain Jake Lamotta, réalisé par Martin Scorsese et interprété tout en nervosité par Robert De Niro ; L’Enfer du dimanche (1999), dans lequel Al Pacino joue un entraîneur de football américain sur le déclin qui fait tout pour redresser la situation de sa franchise, les Sharks de Miami ; Les Chariots de feu (1981), adaptation assez libre de la rivalité des athlètes britanniques Harold Abrahams, juif, et Eric Liddell, protestant, durant les Jeux olympiques 1924 ; et plus récemment Le Mans 66 (2019), où Matt Damon et Christian Bale incarnent la rivalité Ford-Ferrari dans les années 1960, ou encore Million Dollar Baby (2004), rare film de boxe où le personnage principal est une héroïne, interprétée par Hilary Swank, entraînée par Clint Eastwood, également réalisateur.

 

Le football sous un autre angle
Si le sport de haut niveau regorge d’histoires à raconter, de corps à filmer et de drames à mettre en scène, il est toutefois difficile de lutter contre la télévision, qui propose des émotions en direct 24 heures sur 24. Passionné de football, Emir Kusturica a ainsi préféré s’aventurer sur les terrains par l’intermédiaire d’un documentaire retraçant la carrière de Maradona (2008), entre interviews et images d’archives. Et dans Looking for Eric (2009), Ken Loach met en scène le footballeur-philosophe et icône de Manchester United Éric Cantona dans son propre rôle. Comédie réussie, 3 zéros (2002) de Fabien Onteniente, avait aussi pour originalité de mettre en scène, aux côtés de Lorànt Deusch, des stars du PSG comme Ronaldinho et des journalistes vedettes comme le duo Thierry Roland-Jean-Michel Larqué. Plus récemment, Mercato (2025), de Tristan Séguéla, dévoilait les sombres coulisses du foot pro avec Jamel Debbouze en agent de joueurs aux abois.

De façon plus décalée, l’Italien Nanni Moretti place également de très beaux moments sportifs dans ses films : les parties de volley-ball des prélats réunis en conclave d’Habemus papam (2011), ou les tout aussi savoureuses scènes de water-polo de Palombella Rossa (1989), où cette discipline peu représentée au cinéma prend une dimension politique. Hirokazu Kore-Eda, metteur en scène japonais fameux pour la sensibilité de ses drames familiaux, insère également des séquences de foot dans Notre petite sœur (2015), et de cyclisme sur piste et de baseball dans Après la tempête (2016). Même s’il échoue à les sublimer, celles-ci ont au moins le mérite de représenter la pratique féminine, chose assez rare parmi ses pairs. Nul besoin donc de faire du sport l’argument principal d’un film pour le représenter à l’écran, à l’image du poétique match de football sans ballon, façon silencieuse de résister à l’islamisme pour le village malien de Timbuktu (2014), d’Abderrahmane Sissako, qui par ailleurs place souvent des maillots de club dans ses films.

Chorégraphie 
C’est d’ailleurs pour prouver que l’on peut conjuguer Sport et cinéma que Julien et Gérard Camy ont écrit leur encyclopédie éponyme. « La boxe reste le sport le plus et le mieux filmé, analyse Julien, car les protagonistes sont réunis sur une scène. Ils sont bien éclairés, leurs gestes faciles à chorégraphier, et il y a du suspense, des retournements de situation. » Les exemples sont légion, du premier Rocky (1976) et du Ali de Michael Mann (2001) à La Beauté du geste (2022) de Sho Miyake, bref moment de vie d’une boxeuse japonaise sourde, qui brille par son utilisation du son, notamment sur le jeu de jambes de celle-ci.

Sorti fin octobre en France, Smashing Machine, de Benny Safdie, Lion d’argent à la Mostra de Venise, s’appuie pour sa part sur une bande son rock pour relater les tout débuts du MMA aux États-Unis à travers la trajectoire du champion de lutte Mark Kerr. Le film s’inspire d’un documentaire d’époque de HBO dont il « reprend la trame narrative et jusqu’à certaines scènes reproduites quasi à l’identique », commente Le Monde.

Parallèlement à la filière Fast and Furious, les bolides de course font aussi toujours recette. L’un des films les plus attendus de 2025 était F1, où Brad Pitt fait croire qu’il est encore possible d’être un pilote d’élite passé soixante ans. « Le scénario est prévisible, mais je me suis éclaté. J’étais scotché à mon siège. Le cinéma permet de vivre les émotions des sportifs par procuration, alors que derrière sa télévision on reste spectateur », estime Julien Camy.

Pour son court-métrage Bad Gones (2011), Stéphane Demoustier avait pour sa part placé sa caméra devant le stade Gerland, à Lyon. L’argument : un père et son enfant ne peuvent entrer, faute de billets, et assistent au ballet des supporters passant devant eux. « Ce film raconte l'expérience du stade à travers les yeux d'un enfant. Petit, cela m'avait moi-même complètement transporté, explique le réalisateur, qui explique s’être « amusé à mélanger la fiction avec des prises de vue quasi documentaires » en immergeant ses acteurs dans la vraie foule des tribunes.

 

Frustration de cinéaste

Filmer l’action d’un sport reste en revanche un art difficile, comme en témoigne Philippe Guillard. Dans son dernier film, Pour l’honneur (2023), l’ex-champion de France de rugby met en scène des demandeurs d’asile venant renforcer le XV d’un village et l’aider à remporter le derby face au club voisin. « Quatre heures pour deux séquences de mêlée de vingt secondes », et deux autres pour filmer une « chandelle » avec l’aide d’un drone ! « Sur une rencontre, Canal + installe 14 caméras : impossible de rivaliser ! Pour le match (point culminant du film, ndlr), j’ai eu deux jours et demi de tournage, c’est trop peu ! Mais je suis sûr que même Martin Scorsese et Quentin Tarantino ne sont jamais satisfaits à 100 % ce qu’ils tournent. Cinéaste, c’est un métier de frustration ! »

Cinéaste de sport l’est toutefois plus encore, car il faut aussi faire croire au spectateur que les acteurs sont de grands joueurs. « Seul Oliver Stone y a réussi dans L’Enfer du dimanche, parce que de vrais joueurs de football américain se dissimulaient sous les casques, ce qu’on ne peut pas faire dans le rugby ou d’autres disciplines. » Preuve en est des très faibles scènes de match d’Invictus (2009), où Clint Eastwood magnifie la façon dont Nelson Mandela transforme la victoire des Springboks lors de la Coupe du Monde 1995 en symbole de la réconciliation post-apartheid en Afrique du Sud.

« Moi, ça me sort complètement du rapport au réel que convoque le cinéma, je n'y crois jamais », regrette Stéphane Demoustier, qui a contourné le problème dans Terre Battue (2014). « Pour éviter de filmer comme à la télévision, je voulais essayer de restituer au mieux l’effort du sport. Je suis souvent en longue focale, mais très proche de l’enfant qui joue le petit champion, remet le réalisateur. Pour cela j’avais pris les meilleurs jeunes de leur génération, parce qu’ils ont dans leur corps et leur regard quelque chose qui ne se fabrique pas. » Enzo Léanni



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