L’économiste du sport éclaire le soubassement financier et les enjeux éthiques des « Enhanced Games », compétition d’esprit libertarien autorisant le dopage, prévue le 24 mai à Las Vegas.
Jean-François Bourg, vous avez signé dans la revue Études1 un article intitulé « Des jeux augmentés, le sport diminué » pour dénoncer la première édition des « Enhanced Games », prévue le 24 mai à Las Vegas. En dépit du questionnement éthique posé par l’usage revendiqué du dopage, n’est-ce pas accorder beaucoup d’importance à une compétition limitée à neuf épreuves et trois sports : athlétisme, natation, haltérophilie2 ?
C’est la question que je me suis posée avant d’entamer mes recherches en vue de cet article : est-ce un phénomène de foire sans lendemain ou le symptôme de l’évolution de nos sociétés vers l’amélioration et l’augmentation du corps, dans une perspective transhumaniste et post-humaniste. Je me suis vite convaincu que l’enjeu éthique valait la peine de creuser le sujet. Il ne s’agit pas d’une parenthèse dans l’histoire. Cet évènement – sans aucune crédibilité et éthiquement condamnable – est révélateur des tensions qui traversent l’économie du sport de compétition, laquelle s’est déjà éloignée des valeurs sociales, éducatives, citoyennes et inclusives associées au sport. La dérive est ancienne, mais cela peut être un point de bascule. Tout dépend de la façon dont le public va accueillir cet évènement autour duquel la communication est d’ailleurs plus discrète ces derniers mois.
C’est à se demander s’ils auront lieu…
Ils ont déjà été reportés il y a un an ou deux. Mais plusieurs signes tendant à penser que cette fois ils vont bel et bien se dérouler : la cotation financière à l’indice Nasdaq de l’entreprise de biotechnologie de l’organisateur, prévue au deuxième trimestre 2026 avec une valorisation de 1,2 milliard de dollars, et l’appui apporté par tout l’establishment trumpien et libertarien.
Justement, quel est l’objectif poursuivi par l’organisateur du projet, Aron D’Souza avec son entreprise Enhanced Group Inc, et par ses partenaires financiers, dont Donald Trump Jr et Peter Thiel, cofondateur du système de paiement en ligne PayPal avec Elon Musk ?
C’est un double objectif, idéologique et commercial. D’une part faire avancer les idées libertariennes, et d’autre part faire du business sur le marché de la longévité. Tous les magnats de la tech et de la Silicon Valley investissent aujourd’hui dans des fondations visant à repousser les limites de la maladie et de la mort. On ne peut se contenter de voir en eux des illuminés, tant ils colonisent les esprits et irriguent les pratiques. Ces « Jeux des dopés » sont de la publicité pour leurs idées et pour les produits permettant d’améliorer les performances et de dépasser les limites humaines. Ces gens-là testent les limites et veulent s’affranchir de l’État de droit et de l’ordre sportif international. Les règles, ils entendent les dicter eux-mêmes dans une logique d’entreprise privée, celle de leur business-plan. C’est évidemment profondément choquant !
Vous estimez pourtant que le dopage est déjà « une pratique massive et organisée ». Ces « Jeux des dopés » ne sont-ils pas une façon d’en finir avec une certaine hypocrisie ?
C’est ce que dit en substance Aron D’Sousa : mieux vaut autoriser franchement le dopage, ça sera plus transparent et les sportifs seront mieux informés sur les risques qu’ils courent. Ce qui est faux, car on ignore les effets à moyen ou long terme de ces produits détournés de leur usage médical, sans parler du surdosage… Et au-delà de l’atteinte à l’intégrité physique, toute performance « augmentée » par le dopage lui enlève tout crédit et tout sens. C’est là le paradoxe !
Le sport, en particulier au sein d’une fédération comme l’Ufolep, est perçu comme une façon de se réaliser, de s’émanciper. Mais la devise de Coubertin, « Plus vite, plus haut, plus fort », rappelle que l’augmentation de la performance en est également indissociable. La balance est-elle en train de pencher de ce côté ?
Je le crains, même si « Citius, Altius, Fortius » préfigurait déjà l’approche transhumaniste. Coubertin voyait le sport comme le lieu de « l’excès ». Sous-entendu : les sportifs sont ceux qui veulent dépasser les limites. Le problème est que les biotechnologies et les cyber-technologies ouvrent aujourd’hui un avenir vertigineux au dépassement humain.
Au-delà de la question éthique du dopage, c’est la tentation transhumaniste qui vous inquiète…
Oui : le transhumanisme, c’est considérer que l’être humain est améliorable en tout et en permanence ; c’est œuvrer à « la mort de la mort ». Dans le sport, cela invite à considérer le corps humain comme un champ d’expérimentation, une variable d’ajustement, sans s’interroger sur le sens et les valeurs de cette activité : la quête de la performance prime sur tout. Et aussi le business.
Cela fait songer à cet échange Poutine-Xi Jing Ping sur les avancées permettant de prolonger la vie, capté en marge d’un défilé militaire, en septembre 2025 à Pékin…
C’est exactement ça. Peter Thiel, auteur du tour de table initial de ces « Jeux augmentés », a lui-même pris ses dispositions pour se faire cryogéniser, c’est-à-dire faire conserver son cadavre à très basse température dans l'espoir que de futures avancées technologiques permettent de le ressusciter… Et plus je m’informais sur les promoteurs des Enhanced Games, plus j’étais effrayé par la vision du monde, finalement cohérente, de ces figures d’un capitalisme de prédation, qui ont à la fois une part de génie et une part de folie. Car, répétons-le, leur but est d’organiser le sport de façon à s’en approprier les revenus. Pour eux, le système olympique est à ce titre une hérésie commerciale : les deux tiers des revenus des Jeux olympiques proviennent d’opérateurs américains – télés, entreprises sponsors – mais le retour pour le comité olympique américain n’est que de 20 %. Ils sont dans la négociation, le rapport de force, avec une conception cynique et utilitariste du sport, à l’image de la diplomatie des États-Unis de Donald Trump.
À Las Vegas, le sprinter américain Fred Kerley, médaillé de bronze sur 100 m aux Jeux de Paris, vise le record mythique d’Usain Bolt. Et le nageur grec Kristián Goloméev celui du 50 m nage libre, détenu depuis 2009 par le brésilien César Cielo. Que se passera-t-il si ces records sont battus ?
Ils ne le seront pas au sens strict du terme car ces « Jeux augmentés » ne respectent pas le code mondial antidopage et ne seront donc pas homologués. Mais quelle valeurs les amateurs de sport leur accorderont-ils ?
Ce sera une bataille de communication…
Oui, avec peut-être une part de bluff dans ces annonces. J’attends de voir quels médias diffuseront ces compétitions, et quelle crédibilité le grand public leur accordera. Les organisateurs ne sont d’ailleurs pas dupes de leur manque de légitimité. Mais ils pensent probablement qu’il en restera toujours quelque chose, et qu’ils s’y retrouveront commercialement à travers la publicité faite à leurs produits de la longévité. Car dans le monde des millions de gens fortunés rêvent de reculer les limites de la maladie et de la mort.
Le risque de déstabilisation de l’édifice sportif international est-il réel ?
Oui, dans la mesure où cette transgression peut donner des idées, et même si dans les faits l’assistance médicale à la performance et les autorisations d’usage à des fins thérapeutiques (AUT) sont déjà des formes de dopage. Mais là, le sport pourrait basculer dans le n’importe quoi : un monde où les podiums se joueraient entre laboratoires pharmaceutiques. Mieux vaut la très imparfaite régulation actuelle que l’approche libertarienne qui veut détruire les dernières digues.
Et quelles pourraient être les répercussions sur le sport amateur et loisir ?
Faire tomber le tabou du dopage peut malheureusement inciter des sportifs, en particulier des jeunes manquant de recul par rapport aux conséquences pour leur santé, à céder à la tentation. On sait que, dès qu’il y a rivalité ou compétition, même au niveau amateur, il y a des enjeux par rapport à l’estime et à l’image de soi. Avant tout aspect financier, l’ego est le carburant des sportifs. Le passage à l’acte peut alors être facilité par cette publicité en faveur de la fin de la prohibition du dopage.
Propos recueillis par Philippe Brenot
(1) Études, revue mensuelle de culture contemporaine, n°4335, mars 2026 (13,5 €, 9,99 € numérique). www.revue-etudes.com
(2) À savoir : 100 m plat, 100 m et 110 m haies en athlétisme ; 50 m et 100 m nage libre, 50 m et 100 m papillon en natation ; arraché et épaulé-jeté en haltérophilie. « Trois sports mesurables et pourvoyeurs de records », commente J.-F. Bourg. Du sprint et des formats courts et télégéniques, peut-on ajouter.
À l’occasion de sa 79ᵉ assemblée générale, organisée à Brest, l’Ufolep a réaffirmé sa capacité à se mobiliser collectivement pour répondre aux enjeux du sport associatif et aux évolutions des pratiques. L’ensemble des rapports, moral, d’activité, financier et budget 2026, ont été adoptés à l’unanimité, témoignant de la cohésion du réseau et de la confiance accordée aux orientations fédérales.
Portée par l’engagement de ses bénévoles, de ses comités et de ses partenaires, l’Ufolep poursuit sa progression. Le rapport d’activité 2024‑2025 confirme une dynamique solide avec 333 490 adhérents (+2,5 %) et 6 227 associations.
Trois défis prioritaires ont été identifiés : la fidélisation, la reconquête des 12‑17 ans et le renforcement du réseau associatif.
Dans son intervention, le président Arnaud Jean a rappelé la volonté de l’Ufolep de répondre aux attentes contemporaines : pratiques individualisées, hybridation des usages, enjeux de santé publique, lutte contre les inégalités territoriales et sociales. Les dispositifs UfoBaby, À Mon Rythme, Toutes Sportives ou encore les 74 Maisons Sports Santé Société (Ufo3S) illustrent cette orientation tournée vers le bien‑être, l’inclusion et l’accès au sport pour toutes et tous.
L’Ufolep poursuit également la modernisation de ses outils, notamment via les plateformes Ufosport et Ufocyclo, et renforce la formation de ses dirigeantes et dirigeants, notamment grâce à la co‑présidence désormais inscrite dans les statuts.
L’assemblée générale a été marquée par la signature d’une convention avec l’Association Française du Corps Arbitral Multisports (AFCAM). Ce partenariat permettra de déployer des formations aux gestes qui sauvent et de renforcer l’expertise des juges et arbitres Ufolep.
Le Village des partenaires a réuni de nombreux acteurs engagés aux côtés de la fédération, dont Hexopée, Marsh ou Gymnova, favorisant les échanges de pratiques et la mise en valeur des dispositifs fédéraux.
La réception républicaine à l’Hôtel de Ville de Brest a constitué un temps fort, ponctué par une prestation remarquée de l’association La Fierté des Nôtres, illustrant la diversité des pratiques sportives. La web radio du centenaire, organisée avec le CLEMI, a permis de recueillir des témoignages de militantes et militants ayant contribué à l’histoire de l’Ufolep.
Les tables rondes consacrées aux violences sexuelles et sexistes et à l’intelligence artificielle ont suscité un vif intérêt, confirmant la volonté de la fédération d’aborder les enjeux contemporains avec responsabilité et ouverture.
L’assemblée générale s’inscrit dans la préparation du centenaire de l’Ufolep, prévu en 2028. Un réseau de référent.e.s départementaux, un travail d’archives ambitieux et des initiatives innovantes structurent déjà cette démarche.
L’Ufolep 29 a officiellement transmis le témoin à l’Ufolep 62, qui accueillera la prochaine assemblée générale nationale. Une continuité qui illustre la force du collectif fédéral et la volonté partagée de construire un avenir solidaire, inclusif et innovant.
Plus d’infos sur www.ufolep.org
L’UFOLEP vient d’obtenir une excellente nouvelle : le ministère de l’Intérieur a validé le renouvellement de son habilitation nationale comme pour ses 88 comités mobilisés pour les formations de secourisme, et ce jusqu’en 2029. Une reconnaissance forte de la qualité de ses actions, de l’engagement de ses formateur.rice.s et de l’importance du secourisme dans son projet éducatif. Avec près de 25 000 PSC & GQS délivrés chaque année, l’UFOLEP confirme sa place d’acteur majeur de la formation citoyenne en France. Ce renouvellement ouvre une nouvelle phase d’amplification de ses actions auprès de ses bénévoles, ses jeunes, ses associations, ses entreprises et de tous les publics souhaitant apprendre à sauver des vies.
Le secourisme à l’UFOLEP : une mission citoyenne au cœur de ses actions
L’UFOLEP, organisme de formation agréé par la Directions régionales de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) et par le ministère de l’Intérieur, déploie depuis de nombreuses années une offre structurée autour de trois dispositifs complémentaires :
1. Éduquer, c’est prévenir
Des outils pédagogiques et ludiques pour sensibiliser les plus jeunes aux comportements citoyens et à la prévention. Objectif : développer une culture du secours dès le plus jeune âge.
2. La formation PSC
Une formation complète de 7 heures pour apprendre à réagir face aux situations du quotidien : malaise, perte de connaissance, arrêt cardiaque, traumatismes, hémorragies… Elle incarne pleinement la dimension citoyenne portée par l’UFOLEP et la Ligue de l’enseignement.
3. Les Gestes Qui Sauvent (GQS)
Une initiation de 2 heures ouverte à partir de 10 ans, permettant d’apprendre à : alerter, masser, défibriller, stopper une hémorragie. Chaque participant.e reçoit une attestation de sensibilisation.
Ces dispositifs sont aujourd’hui déployés dans de nombreux comités départementaux, contribuant à former chaque année des milliers de citoyen.ne.s capables d’agir en situation d’urgence.
Ensemble, continuons à promouvoir le secourisme et la formation citoyenne !
👉 Plus d’infos : https://thema.ufolep.org/secourisme
L’UFOLEP dévoile son calendrier national des sports mécaniques 2026, fruit d’un travail collectif mené avec les clubs, les commissions nationales et l’ensemble des acteur·ice·s engagé·e·s. Cette nouvelle saison illustre la vitalité des disciplines auto, moto et karting au sein de la fédération, portée par une dynamique forte et des engagements affirmés.
La sécurité reste au cœur des priorités, avec un haut niveau d’exigence dans les pratiques et l’encadrement. Les compétitions, organisées partout en France, témoignent d’une qualité reconnue et d’un savoir‑faire fédéral solide. L’UFOLEP poursuit également ses efforts en matière de formation, avec des plans fédéraux ambitieux destinés à accompagner dirigeant·e·s, encadrant·e·s et bénévoles.
La transition écologique et la gestion sonore occupent une place croissante dans les actions menées, avec des démarches concrètes pour réduire l’impact environnemental des activités. L’égalité entre les femmes et les hommes demeure un engagement transversal, encouragé dans toutes les disciplines et à tous les niveaux de responsabilité. L’accueil des plus jeunes, enfin, constitue un axe fort : transmettre la passion dans un cadre sécurisé et pédagogique est une priorité assumée.
Si les activités de sports mécaniques à l’UFOLEP témoignent d’un tel dynamisme, c’est parce qu’elles reposent sur ces engagements forts. Mais ce dynamisme doit surtout beaucoup à l’énergie de celles et ceux qui le font vivre. Les clubs, les propriétaires de circuits, les organisateurs de trophées et de compétitions, et surtout les bénévoles, dirigeantes et dirigeants, consacrent des milliers d’heures à faire briller l’UFOLEP et ses valeurs. Leur mobilisation est le moteur essentiel de cette dynamique nationale.
Le calendrier complet des épreuves auto, moto et karting pour 2026 est désormais disponible. Il rassemble l’ensemble des organisations prévues pour l’année à venir et permet à chaque passionné·e de préparer sa saison.
À l’occasion du Comité directeur national du 9 mars, l’UFOLEP et Prévention MAIF ont officiellement renouvelé leur convention de partenariat, confirmant une ambition commune : renforcer la culture de la prévention positive et diffuser largement les Gestes Qui Sauvent auprès des collégien.ne.s.
Ce renouvellement marque une nouvelle étape dans une collaboration engagée depuis 2024.
En effet, le 2 octobre 2024, Thierry Monminoux, Président de Prévention MAIF, et Arnaud Jean, Président national de l’UFOLEP, avaient posé les bases d’un programme national visant à former les jeunes aux comportements qui permettent de sauver des vies. Cette dynamique se poursuit aujourd’hui avec une volonté réaffirmée d’agir au cœur des établissements scolaires.
Un engagement partagé pour la sécurité des jeunes
La convention prévoit la mise en place de séances éducatives de deux heures, animées par les formateur·rice·s PSC des comités UFOLEP, en collaboration avec les initiateur·rice·s de Prévention MAIF. Ces interventions s’appuient sur les recommandations de la Direction générale de la sécurité civile, garantissant un contenu conforme aux exigences nationales.
L’objectif est clair : offrir à chaque élève les connaissances et les réflexes nécessaires pour réagir efficacement face à une situation d’urgence. Cette démarche s’inscrit dans une vision citoyenne de l’éducation, où la maîtrise des gestes de premiers secours devient un apprentissage fondamental.
Des actions concrètes au service des établissements
Le partenariat se traduit par des dispositifs pédagogiques adaptés aux réalités du terrain :
Au-delà de l’intervention auprès des jeunes, Prévention MAIF s’engage également dans la formation de ses propres membres pour devenir initiateur·rice·s GQS contribuant ainsi à élargir le réseau de compétences mobilisables dans les établissements.
Construire une culture durable de la prévention
En renouvelant cette convention, l’UFOLEP et Prévention MAIF réaffirment leur volonté d’agir ensemble pour un avenir plus sûr. Former les jeunes aux Gestes Qui Sauvent, c’est leur donner les moyens de protéger les autres, mais aussi de se construire en citoyens responsables, capables d’agir avec sang-froid et solidarité.
Ce partenariat s’inscrit dans une démarche durable, où la prévention devient un pilier de l’éducation et un levier d’émancipation. Une ambition partagée, portée avec conviction
Plus d’infos : https://www.ufolep.org/?mode=formation-secourisme
10, Faubourg-Montmartre : ce qui fut jusqu’à l’été 1987 le centre de gravité du sport français et mondial, ou du moins de sa mise en récit, est devenu un monument de nostalgie concocté par Les Anciens de L’Équipe et réédité pour les 80 ans du quotidien. Ceux-ci ont pioché dans les archives photos et battu le rappel des vieilles gloires, à la plume toujours aussi aiguisée. La prose de grandes figures défuntes trouve aussi sa place dans ses 480 pages.
Cette arrière-cour du populeux 9e arrondissement de Paris possédait déjà une histoire, celle de L’Auto, quand L’Équipe en prit la suite à la Libération. Elle avait aussi une âme. C’est là que, telles des récompenses avant l’heure, étaient autrefois distribués les dossards du Tour de France. C’est surtout là qu’étaient reçus les champions : Marcel Cerdan au faîte de sa gloire, ou le jeune Pelé, venu offrir du café du Brésil sans que le cerbère de l’entrée le reconnaisse.
À travers mille portraits, anecdotes et rappels historiques, ce 10, Faubourg-Montmartre raconte un lieu, une coterie et une époque où le sport restait un compagnonnage, une affaire d’initiés, et n’était pas encore le produit multimédia qu’il est devenu. Ce « 10, Faubourg-Montmartre » qui suscitait un clin d’œil complice des chauffeurs de taxi était alors le lieu quasi-unique de sa légende en train de s’écrire. Philippe Brenot
Il y a 80 ans, le 28 février 1946, paraissait le premier numéro de L’Équipe sur les cendres de son ancêtre L’Auto, interdit à la Libération pour cause de collaboration. Vincent Duluc, grande plume du quotidien sportif, raconte aujourd’hui cette histoire faite de victoires et de défaites, d’innovations, de fidélités et de trahisons, et riche de figures fortes et attachantes, à commencer par son fondateur Jacques Goddet. Il le fait avec pour trame les évolutions d’un journal dont l’âme s’étiole irrémédiablement à l’heure du numérique triomphant.
Le roman de l’Équipe est aussi et d’abord l’histoire d’une vocation : celle d’un gosse de Bourg-en-Bresse dont le père ramenait à la maison L’Équipe et l’édition de l’Ain du Progrès, où ce professeur de lettres pigeait aux sports, rubrique basket et boules lyonnaises. Après avoir patienté une dizaine d’années en salle d’attente, son fils deviendra pour sa part le « leader » des pages football du journal de ses rêves.
Vincent Duluc n’aura pas connu, si ce n’est le temps de deux premiers entretiens d’embauche non concluants, le siège historique de la populeuse rue du Faubourg-Montmartre, mais l’immeuble de proche banlieue – côté Parc des Princes et Roland-Garros – investi à l’été 1987. Il n’en rend pas moins aussi vivantes les années qu’on lui a racontées, et sur lesquelles il s’est beaucoup documenté, que celles qu’il a connues, de 1995 à aujourd’hui.
Auteur de récits imprégnés de leur époque – Le Cinquième Beatles sur le footballeur George Best, Un printemps 76 sur l’épopée des Verts de Saint-Étienne, Kornelia sur l’étoile de la natation est-allemande des Jeux olympiques de Montréal –, Vincent Duluc déroule huit décennies dans les coulisses de l’exploit avec empathie, mais sans rien taire non plus des luttes d’influences, des tensions et des crises qui les ont émaillées. Il raconte sans fard les enjeux liés au Tour de France, la prise de pouvoir par la famille Amaury, la mise sous l’éteignoir du talentueux mais éphémère concurrent Le Sport, ou bien encore la cicatrice jamais refermée de « l’affaire Jacquet » au lendemain de la victoire des Bleus en finale de la Coupe du Monde 1998.
Les derniers chapitres sonnent aussi comme un requiem. « Aujourd’hui, on est un journal qui possède une télé, mais un jour, ce sera le contraire », prophétisait François Morinière, directeur de 2008 à 2014. La diffusion papier a également plongé tandis que l’information sportive entrait dans l’ère de l’instantanéité et que les champions devenaient des étoiles trop lointaines pour conserver la complicité qui existait autrefois avec ceux qui tissaient leur légende. Vincent Duluc le constate à regret : « La vie à L’Équipe a changé avec l’époque, les manières héritées du Covid, un autre rapport au travail, la façon qu’ont les reporters, nous, d’écrire autrement et ailleurs mais de le faire rarement au journal. » L’enfant de Bourg-en-Bresse rêverait-il aussi fort aujourd’hui d’intégrer cette rédaction clairsemée ? Il réussit en tout cas à sublimer 80 ans de passion sportive, réveillant au passage le souvenir de signatures prestigieuses, balises nostalgiques pour les vieux lecteurs du quotidien désormais établi à Boulogne-Billancourt, quai du Point-du-Jour. Ph.B
Plus que quelques jours pour redécouvrir la rétrospective consacrée à la photographe Denis Bellon (1902-1999) au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, et notamment cette photo d’inspiration hébertiste, prise en 1939 sur l’esplanade du Trocadéro. Intitulée « Corpo sano », elle illustre une méthode de médecine naturelle associant exercices physiques et nutrition équilibrée.
Denise Bellon est alors jeune reporter de l’agence Alliance photo, qui s’emploie à illustrer la vie moderne, y compris sous l’angle des loisirs et des préoccupations de santé. Mais ce n’est là qu’une facette d’une œuvre où l’humanisme cohabite avec le goût de l’expérimentation formelle, le plus souvent dans le format 6x6 propre au Rolleiflex. Proche des surréalistes et du milieu du cinéma, la mère de Yannick et Loleh Bellon, respectivement réalisatrice et actrice, avait été un peu oubliée. Le Musée d’art et d’histoire du judaïsme lui rend aujourd’hui sa place avec une exposition qui raconte aussi le XXe siècle. Ph.B.
Denise Bellon, un regard vagabond, jusqu’au 8 mars. Musée d’art et d’histoire du judaïsme, 71 rue du Temple, Paris 3e.
À l’approche des élections municipales de mars 2026, une question mérite d’être posée franchement : quelle place le sport occupera-t-il dans les prochains mandats ?
Longtemps perçu comme un secteur “à part”, le sport est en réalité un levier structurant pour les territoires. Santé publique, cohésion sociale, engagement des jeunes, lutte contre les inégalités, dynamisation des quartiers… Les enjeux qu’il porte dépassent largement la simple organisation d’activités. Penser le sport comme un investissement, et non comme une dépense budgétaire, change radicalement la perspective.
Les collectivités font face à des défis majeurs : sédentarité croissante, fractures sociales et territoriales, isolement, fragilisation du tissu associatif. Le sport constitue une réponse concrète et transversale à ces problématiques. À condition d’être intégré dès le début du mandat comme un axe stratégique.
C’est dans cette logique que l’UFOLEP, première fédération sportive affinitaire de France, agit depuis 1928 au sein de la Ligue de l’enseignement. Avec 114 comités, 7 500 associations et 350 000 adhérent.e.s, son ancrage territorial permet un accompagnement de proximité des collectivités. Éducation par le sport, sport-santé, insertion, formation, développement de la vie associative : son action couvre l’ensemble du spectre de l’utilité sociale du sport.
Car l’accès à la pratique reste profondément inégal selon les territoires et les contextes sociaux. Réduire ces écarts suppose des partenariats durables entre élu.e.s locaux et réseau associatif, des dispositifs adaptés aux publics fragilisés, et une vision politique claire dès le début du mandat.
Le sport n’est pas un luxe. C’est un levier concret pour construire une société plus active, plus solidaire et plus inclusive.
En 2026, le choix sera simple : considérer le sport comme un coût ou comme un levier stratégique ? pour construire des territoires plus forts.
La chanson de geste signée en 2008 par Philippe Bordas est devenue un seul en scène cycliste. Une réussite.
Le premier cycliste seul en scène dont on se souvienne, c’est Samy Frey égrenant les bribes mémorielles de Georges Perec au rythme de sa pédalée, débit tantôt lent, tantôt précipité. Il y eut ensuite l’échappé anonyme de 54X13, d’après Jean-Bernard Pouy. Mais Jacques Bonnaffé ne pédalait pas, à la différence de Matila Malliarakis dans Anquetil tout seul, d’après Paul Fournel.
C’est encore Anquetil qui ouvre Forcenés, d’après l’ode aux champions du passé signée en 2008 par Philippe Bordas. Pas tous : ceux dont les exploits étaient marqués du sceau d’une démesure qui aujourd’hui n’a plus cours.
A-N-Q-U-E-T-I-L : chaque lettre de son nom est épelée, martelée par la voix off avec laquelle va dialoguer pendant une heure vingt Léo Gardy, sanglé dans son cuissard-combinaison, courbé sur un vélo d’appartement de compétition. Des lèvres de l’homme-machine sourd une prose épique qui magnifie l’enchaînement surhumain du critérium du Dauphiné-Libéré et de Bordeaux-Paris, exploit qui permit au flamboyant Maître Jacques de reconquérir un peu cette France des modestes qui n’en avait que pour Pou-Pou, trop raisonnable pour être ici célébré. Suit la pénétrante évocation des grands grimpeurs du Tour de France, Vietto, Robic, Bartali, Coppi, Ocaña et Charly Gaul, archange cabochard vainqueur du Tour 1958. Et c’est Roger De Vlaeminck, « le gitan », qui incarne la mythologie de Paris-Roubaix.
La réussite de la mise en scène tient notamment au choix des images d’archives qui se chevauchent et se superposent sur l’écran dressé dans le dos de l’acteur, et où des citations en forme de manifeste s’incrustent parfois. Il y a aussi cette captation d’une descente du Mont Ventoux qui place le spectateur dans la roue de Lucien Aimar, équilibriste et homme-fusée qui dépassait les motards en tutoyant les 140 km/h. Le voyage s’achève avec Bernard Hinault, dit le Blaireau, encore un pied dans la légende mais déjà l’autre dans le cyclisme standardisé, avant que le cyclisme ne bascule dans la chimie.
Le coureur descend alors de vélo, reprend son souffle et salue le public, qui lui émerge du rêve éveillé qui l’aura presque autant épuisé. Ph.B.
Forcenés, d’après Philippe Bordas, avec Léo Gardy, adaptation et mise en scène Jacques Vincey. Jusqu’au 28 février. Paru en 2008 chez Fayard, Forcenés est disponible en poche Folio.
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