Né en 1987 à Cergy-Pontoise, le club compte 99 licenciés et est l’un des principaux animateurs du VTT Ufolep en Val-d’Oise, et notamment de son trophée "jeunes".
« Un club familial » : c’est ainsi que Benoît Barland, 38 ans, responsable matériel dans une agence de location du secteur du BTP, présente les Sangliers du Vexin, le club de Cergy dont il est licencié depuis l’adolescence. « J’ai toujours baigné dans le milieu associatif, mon père était président d’un club de bicross », explique Benoît, vice-président du club, membre de la commission technique départementale et habitué des championnats nationaux Ufolep.
Clubs formateurs
Si les clubs VTT les plus actifs possèdent généralement la double affiliation, les licenciés Ufolep y sont très nettement majoritaires. Comme chez les Sangliers du Vexin, où ils représentent plus de neuf licenciés sur dix. « Je n’ai moi-même jamais couru qu’en Ufolep et nos clubs ont une vocation de formateurs. Ils offrent aux jeunes la possibilité de découvrir le VTT en compétition, mais toujours dans le plaisir et l’amitié, sans pression », résume Benoit Barland. S’ils le souhaitent, les plus motivés par les podiums peuvent ensuite poursuivre leur progression dans un club FFC davantage tourné vers l’élite. « C’est le cas de notre jeune fille de 14 ans, qui roulait très bien et vient de s’envoler vers de plus hautes sphères, avec la bénédiction de son grand-père, qui co-anime notre école de vélo. »
Les Sangliers du Vexin ont toutefois un peu de mal à attirer les jeunes, avec seulement une dizaine « marcassins » âgés de 5 à 12 ans. « Cela peut s’expliquer par l’offre sportive pléthorique à Cergy-Pontoise. Dans un environnement plus rural, nos amis de l’AC Marines n’ont pas ce souci, ni les autres clubs d’ailleurs. Mi-février à Osny, la 2e manche de notre Val-d’Oise Trophy, qui leur est réservé, a ainsi réuni 162 concurrents. »
Chez les Sangliers, « on passe très vite la barre des 35-40 ans, observe Benoît Barland. Nous comptons dans nos rangs beaucoup de retraités qui ont vieilli avec le club. Le moyenne d’âge se situe autour de 55 ans et un quart de nos licenciés soit passé à l’électrique. Pour continuer à rouler avec le groupe et, au-delà, pour conserver le lien social. »
Un calendrier fourni
En dehors des compétitions, différents rendez-vous sont proposés aux licenciés : les randos du dimanche matin, avec des groupes identifiés « balade », randonneurs » ou « musclés » ; la sortie mensuelle du samedi sur des parcours plus long et plus éloignés, avec déplacement en train ou en voiture ; et les parcours de 40-50 km du mercredi après-midi à l’intention des seniors.
Il faut y ajouter l’itinérance sur quatre jours « de Pontoise à la Mer » qui à l’Ascension voit transhumer chaque année une trentaine de licenciés. « Au début la destination était Dieppe, mais désormais nous varions : Fécamp, Le Tréport, ou tout autre point de la côte. » Chaque été, un camp de base est également établi au camping de Guillestre, et en septembre une autre semaine est programmée dans le Jura, après le Lot et l’Ardèche les années précédentes.
Durant l’année, les clubs Ufolep du Val-d’Oise jouent la synergie pour proposer un calendrier fourni. De janvier à juin, le calendrier aura ainsi proposé les 8 manches du Val-d’Oise Trophy jeunes et les 4 étapes du tout nouvel Open VTT 95, dont l’une sur la commune yvelinoise, mais limitrophe, de Triel-sur-Seine. S’y ajoute évidemment le National Ufolep de la mi-mai en Moselle pour les compétiteurs aguerris.
La concurrence du numérique
Ce dynamisme permet au VTT associatif de faire face à l’évolution des modes de pratique observée par Benoît Barland depuis le Covid. « Désormais beaucoup pédalent seuls ou entre copains, et non plus dans une association. La technologie y est pour beaucoup : il y a trente ans, on rejoignait un club parce que les licenciés plus expérimentés connaissaient les parcours. Aujourd’hui, il suffit de télécharger des traces sur internet, de fixer son téléphone portable au guidon, et c’est parti pour trois ou quatre heures de vélo ! »
Benoît Barland et la CTD sont également convaincus que leurs clubs résistent avant tout en raison de l’ambiance familiale qui y règne. « C’est notre ADN et celui de l’Ufolep. Chez les Sangliers, il y a des gens que je fréquente depuis vingt-cinq ans. Moi qui suis aujourd’hui papa, ils m’ont connu quand j’avais l’âge de leur fils ! » Les générations co-existent ainsi harmonieusement.
Mais au fait, lors de leurs sorties les Sangliers du Vexin croisent-ils parfois leur animal totémique ? « Il y en a en effet de plus en plus autour de Cergy. Mais cela reste exceptionnel d’en rencontrer et en général ça se passe bien ! » La laie, les marcassins ou le vieux mâle retournent alors au plus profond des sous-bois, laissant à leurs homonymes cyclistes l’usage de chemins qui n’ont plus de secrets pour eux. Philippe Brenot
Retour sur 15 moments de l’assemblée générale de Brest des 11-12 avril.
Ouverture. Ils se sont exprimés en ouverture :Jean-Pierre Richard, conseiller municipal de la Ville de Brest délégué aux manifestations sportives et au sport dans les quartiers ; Éliane Brunstein, présidente de l’Ufolep Finistère ; Didier Bélier, président de la Ligue de l’enseignement du Finistère et de la Bretagne ; Émilie Kuchel, conseillère régionale ; Olivier Thillais, chef du service départemental de la Jeunesse, de l’Engagement et du Sport ; Hélène Lacassagne, présidente de la Ligue de l’enseignement (accompagnée dans la salle par Franck Présumey, DG, et Martine Besson, élue au conseil d’administration). Excusée, la présidente de l’Usep, Véronique Moreira, avait enregistré un message vidéo.
Les remerciements de Mayotte. La présidente de l’Ufolep Mayotte, Naoilou Yahaya, a remercié le réseau pour la solidarité manifestée au lendemain du cyclone Chido de décembre 2024. « Sur les 40 000 euros reçus grâce à votre générosité, nous en avons dépensé jusqu’à présent 25 000, notamment en soutien de nos associations » a-t-elle précisé. Seize mois après le cyclone, le comité a reconstitué son équipe et retrouvé des locaux fonctionnels. Naoilou a établi le parallèle entre son île ravagée et la ville hôte de l’AG, détruite à 80 % lors de la Seconde Guerre mondiale. « Un jour, nous aussi nous allons nous relever ! »
Convention avec l’AFCAM. Arnaud Jean et Anthony Leroy, vice-président de l’Association française du corps arbitral multisport, ont signé une convention visant notamment à déployer des formations aux « gestes qui sauvent » avec le concours de l’Ufolep, laquelle bénéficiera en retour de l’expertise de l’AFCAM pour la formation de ses juges et arbitres.
Village des partenaires. Une partie du samedi après-midi fut consacrée à une déambulation entre des stands où les congressistes ont pu prendre de l’information sur les services des partenaires de l’Ufolep (syndicat d’employeur Hexopée, assureur Marsh, etc.) et les dispositifs fédéraux, à l’instar d’UfoBaby, avec présentation de la « box » de matériel conçue avec l’équipementier Gymnova.
1001 territoires pour la fraternité. Parmi les stands du village des partenaires figurait celui du collectif « 1001 territoires pour la fraternité », où l’Ufolep côtoie 40 acteurs associatifs, dont l’Usep. Son initiateur, Yannick Hervé, membre du bureau du Mouvement associatif et élu de la Ligue de l’enseignement en charge des questions d’extrême droite, était auparavant intervenu en tribune.
Tables rondes. Samedi après-midi, deux tables rondes étaient consacrées en parallèle aux violences sexuelles et sexistes et à l’intelligence artificielle. La première était coanimée par l’élue nationale Myriam Wagner et le DTN adjoint Adil El Ouadehe ; la seconde l’était par l’élu national Jean-Pierre Gallot et la DTNA Noémie Coupeau, avec le concours en visioconférence de Sébastien Trouvé (Ligue de l’enseignement) et l’éclairage terrain de Luc Hernu et Claudie Azeronde, président et directrice de l’Ufolep de l’Oise, où les salariés ont bénéficié d’une formation de 6 à 7 jours.
Réception à l’hôtel de ville. L’AG de Brest a renoué avec la tradition de l’accueil républicain en mairie. Intervenu le matin en ouverture de l’AG, Jean-Pierre Richard a réaffirmé la volonté de la nouvelle équipe municipale conduite par Stéphane Roudaut de poursuivre la collaboration entre l’Ufolep 29 et la Ville de Brest, notamment en matière de santé et d’animation des quartiers, ou en appui de l’UfoStreet organisé dans l’ancien site industriel des Capucins et qui en février a réuni 55 000 participants et visiteurs sur cinq jours. Avec en bonus un freestyle de breakdance de l’association La Fierté des Nôtres, sur une inhabituelle rythmique jazz du groupe brestois Digresswing.
Modifications statutaires. Après une introduction d’Élisabeth Delamoye, secrétaire générale de l’Ufolep, Daniel Pitoux-Masson a animé au nom de la Commission nationale des statuts et règlements (CNSV) l’examen des modifications des statuts des comités départementaux et régionaux. La principale portait sur la présidence, qui désormais peut être unique, (co-présidence), « collégiale » (3 personnes ou plus). D’autres retouches portaient sur le vocabulaire et la sémantique, notamment afin d’introduire l’écriture inclusive. Les nouveaux statuts régionaux permettent par ailleurs la tenue de comités directeurs en distanciel et donnent toute sa place à l’équipe technique régionale des professionnels du territoire.
Rapport médical. Marie-Christine Favérial, médecin élue au comité directeur, et Jean-Jacques Pik, médecin fédéral, ont coprésenté le rapport médical. Outre les 43 demandes de surclassement examinées (principalement en volley-ball et twirling bâton afin de pouvoir constituer équipes ou duos), ils ont évoqué la prise en compte nouvelle du sport santé (7 817 données de santé récoltées dans le cadre du programme À Mon Rythme des Ufo3S) et invité les comités à décliner un thème de santé publique sur leurs manifestations.
300 femmes dirigeantes. Sandrine Manet et Christine Clément, élues nationales également investies en Nouvelle-Aquitaine pour la première, à l’Ufolep Charente et à la tête de son association pour la seconde, ont partagé leur expérience de la formation des 300 femmes dirigeantes commune à l’Ufolep, la FSGT et la FSCF. Elles ont invité d’autres dirigeantes à s’engager à leur tour dans cette formation d’un an où un premier temps en présentiel est complété par des modules en distanciel portant sur le management, la conduite de projet, la structuration associative, les finances, le leadership ou la prise de parole en public. Cette formation est le prolongement « affinitaire » d’une l’initiative du CNOSF.
Vers le centenaire. Philippe Machu et Pierre Chevallier, anciens président et DTN de l’Ufolep, ont détaillé la façon dont la fédération s’organise pour fêter son centenaire en 2028. Elle le fait à travers la constitution d’un réseau de référents départementaux et l’exploitation des archives des comités volontaires et d’associations « historiques », avec le concours d’Amélie Gelon, archiviste-documentaliste stagiaire. Un studio radio mobile, mis à disposition par le CLEMI (Centre pour l'éducation aux médias et à l'information) et animé par son responsable Thomas Rouchié, a également permis de recueillir les témoignages de militants ayant contribué à écrire l’histoire de l’Ufolep. Ce dispositif initié dans le cadre du centenaire sera reconduit lors des Rencontres fédérales du Pradet en octobre.
Réussite finistérienne. La mise en valeur d’une réussite départementale a pris la forme d’une table ronde animée par la vice-présidente de l’Ufolep, Natacha Mouton-Levreay. Autour Éliane Brunstein et d’Olivier Rabin, présidente et directeur de l’Ufolep Finistère, celle-ci a réuni des représentants des services départementaux à la Jeunesse, à l’engagement et aux sports (SDJES), de Brest Métropole, de la Communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) de la presqu’île de Crozon et de l’association Women Safe & Children. Gwennaïg et Chérylène, bénéficiaires du dispositif Toutes Sportives par l’intermédiaire de la Croix-Rouge, ont également exprimé leur également exprimé son enthousiasme et son infinie gratitude envers « Nico », l’éducateur sportif qui anime les séances. Enfin, Erwan Le Chêne, responsable de la CTD badminton, a détaillé les clés du succès de l’activité à la pointe de la Bretagne.
Folklore local. La randonnée urbaine proposée samedi en fin d’après-midi pour lutter contre la sédentarité du congressiste s’est joyeusement achevée au son des cornemuses du Printemps des sonneurs.
Médailles d’honneur. Outres 12 médailles de bronze, d’argent et d’or, 2 médailles d’honneur, numérotées 180 et 181, ont été décernées à Bruno Douillard, ancien élu national et délégué Ufolep de Loire-Atlantique, et à Anne-Marie Émaille, dirigeante de la Gymnastique et Trampoline Montagne Thiernoise (Puy-de-Dôme) et pilier de l’activité gymnastique à l’échelle nationale puis régionale.
Rendez-vous en Pas-de-Calais. Merci au Finistère pour la qualité et la chaleur de son accueil et rendez-vous en 2007 en Pas-de-Calais. À Lens, Calais, Arras ou Béthune.
Dans son complément au rapport d’activité, le directeur technique national, Ludovic Trézières, a proposé une photographie détaillée de la fédération. L’Ufolep en 2024-2025, ce sont 333 490 adhérents uniques (+ 7 724 en solde net, soit + 2,5 %) et 6 227 associations, avec un taux de féminisation de 56,8 %. Il faut ajouter 14 597 Ufopass (participations ponctuelles).
L’âge moyen est de 35 ans, le public des randonnées pédestre étant le plus âgé, à 58,5 ans. 54 % des adhérents ont une pratique loisir, sans compétition, et parmi eux 2 341 personnes sont en situation de handicap. Les activités gymniques et de la forme réunissent 41 % des adhérents, avec un taux de féminisation de 91 % en gymnastique artistique et de 97,6 % en GRS.
Ludovic Trézières a ensuite identifié trois défis à relever. Le premier est celui de la fidélisation : 39,4 % des adhérents ne renouvellent pas leur licence d’une année sur l’autre. Si la saison passée l’Ufolep a gagné 130 272 nouveaux adhérents, elle en a aussi perdu 122 548. Deuxième défi, les 12-17 ans, seule tranche d’âge affichant un solde net négatif, avec un taux d’abandon de 45,3 %. Troisième défi, l’érosion d’un réseau associatif où 55 % des clubs possèdent moins de 30 membres, plus de 500 réunissant même moins de 5 adhérents.
Réduire le turn-over, reconquérir le public adolescent et renforcer notre réseau associatif : trois priorités pour la suite de la mandature.
Lors de l’assemblée générale accueillie les 11 et 12 avril à Brest, le rapport moral, le rapport d’activité, le rapport financier et le budget pour l’année en cours ont été votés à 100 % pour la deuxième année consécutive1.
Vu de l’extérieur, le vote à 100 % de tous les rapports soumis à l’approbation de l’assemblée générale peut interroger. Est-ce la traduction d‘une pleine et entière adhésion ou le signe d’une vie démocratique anémiée ? Il faut toutefois méconnaître la tumultueuse histoire de l’Ufolep et la tradition de libre expression des mandatés pour se poser la question. Et les échanges brestois de auront vite dissipé les doutes de l’observateur le plus dubitatif.
Modernité. Dans son complément au rapport moral, Arnaud Jean avait choisi d’éclairer l’action du comité directeur au filtre de la « modernité », inspiré en cela par l’intervention du sociologue du Centre de droit et d’économie du sport de Limoges, Christophe Lepetit, lors d’un « Mardi des présidents » du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). Sans renier l’histoire d’« une fédération longtemps animée et pilotée par des enseignants, militants et militantes de l’éducation populaire », le président de l’Ufolep s’est employé à déconstruire l’image passéiste dont l’affublent encore parfois ceux qui méconnaissent la diversité de ses publics, de ses modes de pratique et de ses dispositifs.
La modernité, c’est d’abord « répondre aux attentes des pratiquantes et des pratiquants d’aujourd’hui », en prenant en compte les tendances à « l’individualisation » et à l’« hybridation » des pratiques et les sources de « motivation » des pratiquants : autant d’éléments développés dans le rapport moral adressé un mois plus tôt aux comités Ufolep.
Problématiques sociétales. Le deuxième élément de modernité réside dans la volonté de l’Ufolep de répondre aux « problématiques sociétales ». Après avoir mentionné les formations sur la santé mentale initiées par l’équipe nationale en charge du secourisme, Arnaud Jean a insisté sur l’outil indispensable que demeure « la vie associative, lieu de débat, de diversité ». Il a aussi rappelé les efforts menés en matière de « formation des dirigeantes et dirigeants » et l’introduction de dispositions statutaires favorisant une meilleure répartition des responsabilités, comme la co-présidence.
Sur le front des inégalités sociales et territoriales, l’Ufolep répond également présente « en prenant en compte la ruralité, les âges, la densité urbaine, le genre, les aménagements péri-urbains, les territoires prioritaires, les mobilités, l’intercommunalité », avec pour fil conducteur « le droit à la pratique sportive. »
Autres éléments de modernité : le caractère multisport de l’Ufolep et son engagement en matière de santé et de bien-être, à travers son réseau de 74 Maisons sports santé société (Ufo3S), ses programmes À Mon Rythme ou Toutes Sportives, et plus récemment le dispositif UfoBaby visant à mettre en mouvement les plus jeunes, tout en impliquant les parents.
Arnaud Jean s’est également félicité que le projet sportif fédéral (PSF) soit décliné par tous les comités départementaux et régionaux, et mis en œuvre par des équipes de professionnels jeunes et étoffées. Modernes aussi la communication et les outils de gestion, à l’instar des plateformes Ufosport et Ufocyclo.
« Si les sentiments humanistes sont modernes, alors nous sommes définitivement modernes, loin des politiques populistes », a également souligné Arnaud Jean en faisant implicitement allusion aux bénéficiaires d’un programme comme Primo-Sport, avec pour boussole les valeurs républicaines de fraternité, d’égalité et de laïcité.
Les couacs de Ligu’Asso. La vie de l’Ufolep n’a toutefois rien d’un long fleuve tranquille. Comme 29 autres fédérations membres du CNOSF, elle a ainsi été victime en novembre d’un piratage informatique, l’un des travers de la modernité… « Mais nous avons su réagir efficacement et en toute transparence en respectant la procédure exigée. Heureusement, nous n’avons pas eu connaissance d’incidents graves liés à cette attaque informatique. »
La transition était toute trouvée pour aborder le « fiasco » de la mise en place de la plateforme d’affiliation Ligu’Asso commune à l’Ufolep, à l’Usep et à la Ligue de l’enseignement. Sans s’étendre, Arnaud Jean a pointé « le manque de compétences et de pilotage politique » à l’origine de celui-ci. « Mi-février, au milieu de l’immense bazar occasionné dans tous les services affiliation, qui a mis en souffrance de nombreuses personnes, ce sont les deux fédérations sportives de notre mouvement qui ont repris la mission ! Nous devons être modernes, certes… mais efficaces ! » Un peu plus tôt, la présidente de la Ligue de l’enseignement, Hélène Lacassagne, avait reconnu des « couacs ».
Marsh, et ça repart. Il est aussi permis de voir un signe de modernité dans le choix précédemment effectué d’un nouveau courtier en assurance, Marsh. Diapositives à l’appui, son représentant, Benjamin Grazina, a dressé le bilan de la première année de contrat, avec un point précis sur les sinistres. Il a également annoncé que l’engagement de départ portant sur deux années sans majoration de prime serait prolongé d’une année supplémentaire. Par ailleurs, si la décision de ne pas renouveler le contrat liant l’Ufolep au prestataire historique des services de la Ligue de l’enseignement, l’Apac, avait été source de très fortes tensions, celles-ci appartiennent au passé.
C’est ainsi de façon concertée que l’Ufolep et de la Ligue se sont efforcées de résoudre le conflit entre leurs instances respectives du département du Nord, l’Ufolep 59 s’étant vu privée d’accès à la plateforme d’affiliation. Son président, Bruno Verbeken, a expliqué en tribune combien cela impactait la vie du comité et de ses associations. Malheureusement, jusqu’à présent les missions de conciliation ont échoué. À ce titre, une « modernisation » des textes régissant les relations Ufolep-Ligue ne serait peut-être pas inutile pour prévenir une telle situation de blocage…
Clôture. De l’AG de Brest, on retiendra aussi l’animation du Village des partenaires et l’intérêt suscité par les tables rondes sur les violences sexuelles et sexistes et l’usage de l’intelligence artificielle (lire pages 18-19). Puis, à l’issue d’une dernière matinée entamée avec l’annonce des résultats des votes, Arnaud Jean a conclu en évoquant la Quinzaine sport et petite enfance, le Playa Tour, les 52 finales nationales…
Mais si ces rendez-vous ont un parfum estival, déjà les nuages s’amoncelaient dans le ciel de l’AG. Comme l’avait annoncé la veille Hélène Lacassagne, la montant de la convention pluriannuelle d’objectif entre le ministère de l’Éducation nationale et la Ligue de l’enseignement sera cette année en baisse de 9,2 %, avec inévitablement un impact pour les comités Ufolep. « Mais vous pouvez compter sur la détermination des membres du comité directeur national pour engager, consolider et amplifier nos efforts, a insisté Arnaud Jean. Je suis de mon côté serein et déterminé quand je vois la puissance que vous représentez. » La force tranquille, ou l’art de motiver les troupes. Philippe Brenot
(1) Le rapport moral, le rapport d’activité, le rapport financier et le budget 2026 (présenté par la trésorière Danièle Roux et d’un montant de 9 430 405 €) ont été votés par émargement à 100 %, ainsi que l’affectation aux fonds propres de la fédération du résultat de l’exercice précédent (36 000 €). Les modifications des différents articles des statuts départementaux et régionaux ont aussi été très largement approuvées (entre 96 et 100 %).
Saviez-vous qu’il existe dans le Tarn un championnat de football à 7 du dimanche matin qui réunit 600 licenciés dans 32 équipes, réparties en trois divisions ? « Notre championnat répond à la réalité d’un département très rural, où neuf équipes sur dix défendent les couleurs de villages ou de bourgs de moins de 3 000 habitants », explique le délégué Ufolep, Florian Magana. Tandis que certaines associations fuient les contraintes financières ou techniques imposées par la FFF, l’Ufolep joue sur la convivialité. Tous les pratiquants sont ainsi invités aux demi-finales puis aux finales de la coupe et du challenge qui complètent le championnat, avec restauration, ambiance festive et coup de pouce financier du comité.
« Cette saison, trois associations nous ont rejoint. Nous avons aussi recruté l’AS Carlus-Rouffiac, qui souhaitait assurer une équipe de foot à 11 pour disputer des matchs amicaux. Anciennement affiliés à la FFF, ils ne connaissaient pas notre championnat à 7 mais souhaitent engager deux équipes la saison prochaine », se réjouit le délégué.
Une anecdote contée par Patrick Jany, vice-président national et du comité, illustre aussi la dimension sociale que peut revêtir le maintien d’une équipe. « Une année, nous nous apprêtions à écarter une équipe pour problèmes disciplinaires. Le maire nous a appelé, implorant notre clémence : c’était le dernier club du village. Nous avons fait preuve de mansuétude, à l’essai, charge à lui de faire le nécessaire. Cela s’est tassé, et le village a gardé son équipe ! »
Le séminaire organisé les 17-18 avril à Reims visait notamment à lancer de nouvelles pistes de développement : foot à 7, foot en marchant…
Si son importance a considérablement décliné, le football fut l’une des activités à l’origine de l’Ufolep avant d’occuper une place centrale dans son développement. Le ballon rond réunit encore près de 10 600 licenciés, dans un peu moins de 600 associations : des hommes à près de 99 %, principalement âgés de 25 à 54 ans, la tranche la plus dense étant celle des 35-44 ans. Une pratique de père de famille… On peut ajouter les adeptes du futsal, au nombre de 1 030, dans 212 associations.
La pratique n’est pas uniforme. Si le foot à 11 reste prédominant dans le Nord et le Pas-de-Calais, et solidement ancré dans l’Aube et la Marne, le football à 7, parfois en auto-arbitrage, est particulièrement vivace en Eure-et-Loir (1 200 licenciés, 54 associations) et dans l’Yonne (800 licenciés, 30 équipes), et à un degré moindre en Indre-et-Loire, dans la Vienne, le Tarn, l’Hérault, la Guadeloupe, l’Ardèche…
Il est dommage que les statistiques ne permettent pas de distinguer les licenciés selon leur mode de pratique préférentiel. Difficile d’estimer aussi la part des associations à double affiliation Ufolep-FFF. « Assez faible, en particulier dans le football à 7 », estime Marie-Claude Moreau, membre de la commission nationale, qui regrette que seuls 23 comités aient répondu à l’enquête lancée en 2021 par la CNS.
En cette année de Coupe du monde, celle-ci organisait fin avril à Reims un séminaire au menu duquel figurait notamment l’évolution des coupes nationales à 11, qui à partir des demi-finales se résument parfois à des derbys des Hauts-de-France. Il devait être également question du foot à 7. Si l’organisation d’un évènement national n’est pas à l’ordre du jour – les vétérans gardent en mémoire les rassemblements des « vieux crampons » (plus de 40 ans) dans les années 2000 –, la pratique à effectif réduit offre le principal potentiel de développement. Tandis que la FSGT1 occupe ce terrain en région parisienne, l’Ufolep a une carte à jouer dans les départementaux ruraux où les associations de village peinent à constituer des équipes à 11.
« Le walking football est une autre piste à explorer, observe Bernard Pouget, président de l’Ufolep Côtes-d’Armor et élu national en charge du suivi de l’activité. Pour les bénéficiaires de notre Maison sport santé de Dinan qui suivent le programme À Mon Rythme, le "foot en marchant" constitue une passerelle vers une activité physique et sportive régulière, où la mixité peut trouver sa place. » « Le walking football est une discipline à part entière2, avec une dimension technique et tactique, et qu’il serait dommage de réserver aux seniors ou aux personnes en reprise d’activité » complète Marie-Claude Moreau.
Si peu de bouleversements sont à attendre du séminaire de Reims, la politique des petits pas est celle qui donne généralement les meilleurs résultats. Ph.B.
(1) La FSGT revendique 34 000 licencié.e.s, 2 300 clubs et 3 460 engagées dans ses compétitions. Quant à la FFF, elle réunit plus de 2,3 millions de licencié.e.s.
(2) Le walking football est né en 2010 en Angleterre et la 5e Coupe du monde est organisée du 28 au 31 mai à Brisbane (Australie).
« Les ravages du libéralisme ont transformé le sport le plus populaire du monde en vulgaire marchandise. Afin de redonner au peuple des tribunes le droit de ne plus désespérer, journalistes, universitaires, éducateurs et écrivains se sont attelé·es à quinze propositions concrètes pour démanteler l'industrie du ballon rond. Il est temps que le foot se détache de son idéologie productiviste, fondée sur des logiques de profitabilité financière. Mais aussi qu'il abandonne la multipropriété, le ré-arbitrage technologique ou un calendrier effréné qui ont mené le ballon rond vers l'overdose et l'exploitation de ses travailleur·euses. La fin de partie doit être sifflée » écrivent Mickaël Correia & Sébastien Thibault pour présenter le Foot Manifesto qu’ils ont coordonné.
Parmi les contributions de cet ouvrage collectif, celle du journaliste économiste et blogueur Jérôme Latta invitant à « rendre les clubs à ceux à qui ils appartiennent » est complétée par un éclairage sur le modèle des socios, forme d’actionnariat populaire importée d’Espagne qui a évité aux clubs historiques de Bastia et Sochaux la liquidation judiciaire ou le dépôt de bilan. D’autres plumes s’en prennent à la VAR et aux exigences démesurées de la Fifa et de l’UEFA en matière d’organisation de compétitions, ou bien militent pour l’abolition du Ballon d’Or, « pastiche de soirée hollywoodienne » qui récompense toujours un attaquant et n’a aucun sens dans un sport d’équipe. Parmi les autres propositions : refonder la Fifa, décarboner le foot et « autoriser la pratique mixte à la FFF ». Chiche d’essayer à l’Ufolep !
Journaliste à Alternatives économiques et chroniqueur foot au Monde, Jérôme Latta1 analyse dans son ouvrage Ce que le football est devenu trois décennies de « révolution libérale ». Des clés de compréhension fort utiles pour saisir le contexte d'une Coupe du monde 2026 qui s'annonce d'ores et déjà comme celle de la démesure.
Jérôme Latta, vous faites de 1992 l’année-charnière des bouleversements intervenus dans l’économie du football : pourquoi ?
On situe souvent ce tournant en 1995, avec l’arrêt Bosman par lequel la cour de justice de l’Union européenne dérégule le marché des transferts. On peut aussi remonter bien avant. Pour ma part, je retiens l’année 1992, qui voit la création de la Ligue des Champions, avec une formule de poules qui s’éloigne du modèle original où les champions de chaque pays s’affrontaient en matchs aller-retour. 1992 voit aussi le baptême de la Premier League, refondation du championnat anglais de première division, avec la création d’une société commerciale affranchie de la fédération. Cette année 1992 marque ainsi une étape décisive dans la « révolution libérale » qui n’a fait que s’accélérer depuis.
Une étape synonyme d’explosion des droits télé…
Ceux-ci sont le carburant de la croissance phénoménale de l’industrie du football. Dès les années 1970 en Angleterre, et dans les décennies suivantes ailleurs en Europe, apparaissent des chaînes à péage qui proposent du sport. Cela a donné de la valeur aux droits de diffusion des compétitions, qui en avaient très peu et ont connu une croissance annuelle à deux chiffres. Depuis la crise du Covid, ils semblent avoir atteint un plateau. Sauf pour les très grands clubs, qui en touchent une part croissante.
Votre ouvrage est paru en 2023 : qu’ajouteriez aujourd’hui ?
La fuite en avant s’est poursuivie et les inégalités n’ont cessé de se creuser entre une oligarchie d’une quinzaine de clubs européens et la base de la pyramide. Deux phénomènes récents incarnent l’ultime stade de la financiarisation du football. Le premier est la multipropriété des clubs, à travers la constitution de consortiums propriétaires de plusieurs équipes. Le second est le rachat de clubs à fort potentiel par des fonds souverains : les Émirats arabes unis avec Manchester City, puis le Qatar avec le PSG, et plus récemment l’Arabie saoudite avec Newcastle. Cela accentue encore la distorsion de la concurrence car ces investisseurs n’ont pas la limite de la rentabilité : c’est pour eux du soft power, ou du sport power si l’on veut. L’autre caractéristique de cette fuite en avant est le gigantisme des compétitions. Depuis deux ans, la Ligue des champions propose 64 matches de plus et, l’an passé, la Coupe du monde des clubs est venue ajouter un tournoi de fin de saison. Cela pose la question de la saturation des calendriers, avec un épuisement physique et mental des joueurs, et peut-être demain une saturation des capacités du public face une offre pléthorique. On est définitivement passé d’une économie de la rareté – celle qu’a connue enfant ma génération, quand très peu de matchs étaient retransmis – à une économie de la profusion.
La multipropriété a suscité la fronde des supporters du RC Strasbourg, tandis que l’Olympique lyonnais a été victime des arrangements financiers de son propriétaire américain avec le club brésilien de Botafogo, qu’il possédait aussi…
On peut ajouter à ces deux exemples celui de Troyes, actuellement en Ligue 2 mais en passe d’accéder à la Ligue 1 et qui est propriété du City Football Group, dont le navire amiral est Manchester City et qui possède davantage de clubs que BlueCo, propriétaire de Strasbourg et Chelsea. La liste est longue des clubs français de D1 et D2 rachetés par des fonds d’investissement ou des milliardaires étrangers2 : le FC Lorient ou encore l’OGC Nice, dont le propriétaire, Jim Ratcliffe, se désintéresse depuis qu’il est actionnaire à 40 % de Manchester United.
La logique est-elle la pure rentabilité, à rebours des présidents-mécènes d’autrefois ?
Pour la multipropriété, oui. L’idée est de mutualiser coûts et compétences et d’effectuer d’avantageux transferts de joueurs. Car les clubs professionnels sont structurellement peu rentables : ils engloutissent leurs revenus dans le talent sportif - transferts et salaires de joueurs. Et pour les consortiums comme le City Football Group, il s'agit principalement d'entretenir et d'exploiter, au service de l'équipe phare, le vivier de joueurs des clubs « filiales ».
Les supporters « ultras » incarnent la fidélité à leur club et à son histoire mais apparaissaient aussi comme des acteurs violents : à l’encontre des supporters rivaux, voire des dirigeants du club ou de joueurs considérés comme des mercenaires. Cette violence a-t-elle à voir avec la marchandisation du football ?
Pas directement. Sans généraliser, et en me référant aux sociologues qui ont travaillé sur ce phénomène, certains groupes ultras ont un rapport ambigu avec la violence, voire des liens avec des formes de hooliganisme. Cela est antérieur aux dernières évolutions du foot-business. En revanche, la multipropriété, et plus généralement la financiarisation du football, ont fait des clubs des objets spéculatifs pour des acteurs qui ne sont pas ancrés localement, qu’il s’agisse de fonds d’investissements, de milliardaires américains ou asiatiques ou de fonds souverains. D’où une rupture des liens affectifs historiques entre les propriétaires des clubs et les supporters. Ceux-ci éprouvent un vif sentiment de dépossession. Leur club ne leur appartient plus et ne s’appartient plus à lui-même, mais à des intérêts extérieurs et lointains.
Tous les supporters réagissent-ils ainsi ?
Non. Ils sont souvent divisés, comme à Strasbourg où les ultras expriment ce sentiment de perte d’identité, de déracinement, quand d’autres voient les moyens plus importants alloués au développement du club et au recrutement de joueurs de qualité. Cette saison, Strasbourg propose ainsi un jeu attractif et lutte pour les places européennes. D’un côté, on a donc une montée en gamme économique et sportive, et de l’autre des couleuvres difficiles à avaler. Comme quand l’attaquant vedette en début de saison pose avec le maillot de Chelsea, club prestigieux qu’il rejoindra l’année suivante pose la question de « l’amour du maillot ». Ou, ou que l’entraîneur , alors que tout vaest brusquement transféré au mercato d’hiver. alors que tout va bien sportivement. Lparfe club filiale est misinféodé au service du navire amiral : ce ne sont plus ses propres intérêts qui priment dans sa gouvernance.
L’argent investi améliore-t-il toutefois la qualité du jeu ?
Il est clair que les derniers tours de la Ligue des Champions offrent du très grand spectacle entre des top clubs qui regroupent des supers joueurs, avec une grande qualité technique et une incertitude qui manque dans les premiers tours. Après, c’est un débat esthétique : certains jugent le football actuel plus stéréotypé. Ce qui est frappant avec la Ligue des Champions, tant avec l’ancienne phase de poule que le nouveau système de tournoi qualificatif, c’est que tout est conçu pour limiter l’aléa sportif. Ce n’est qu’à partir des quarts de finale qu’on recrée l’incertitude car les plus grands clubs sont très proches les uns des autres.
Le développement de l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR) a-t-elle aussi à voir avec les enjeux financiers croissants ?
En partie. Implicitement, les enjeux économiques rendent plus insupportables les « erreurs » d’arbitrage. Cela rejoint la volonté de limiter l’aléa sportif : l’élimination prématurée en confrontation directe, le faux rebond (d’où des terrains devenus de vrais billards), et donc la décision arbitrale, vite interprétée comme injuste si elle vous est défavorable. D’où, après la goal line technology, la mise une place de la VAR. Mais c’est méconnaître la nature de l’arbitrage en football, qui implique de l’interprétation. La promesse de la fin des polémiques grâce à l’arbitrage vidéo n’était qu’une illusion.
La VAR nuit aussi au jeu, avec des interruptions intempestives et des buts fantômes…
L’arbitrage assisté par vidéo a été introduit de manière précipitée à la Coupe du monde 2018 et si son utilisation est devenue plus fluide, ce jugement administratif des hors-jeu jugés au centimètre aboutit à des décisions absurdes, qui bafouent le jeu et l’esprit des règles. La VAR détruit l’émotion instantanée du but, qui devient conditionnel : un hors-jeu ou une faute dans la construction de l’action ne vont-ils pas conduire à son annulation ? Cette conditionnalité des buts est un dommage important fait au football. Mais je ne crois pas à un retour en arrière. Cela vaut toutefois seulement pour le très haut niveau. Supporters des Verts de Saint-Etienne, je les suis en Ligue 2, où la VAR n’existe pas, sans que personne ne s’en porte plus mal3. J’apprécie qu’un but soit définitif. Et s’il est entaché d’un hors-jeu de 20 centimètres, on s’en remet ! Le dopage financier qui profite aux plus grands clubs bafoue bien davantage l’équité sportive.
Dans ce contexte, le football des équipes nationales n’apparait-il pas comme une forme de résistance à l’évolution capitalistique du football de club ?
On le peut voir comme un refuge dans la mesure où il n’y a pas d’intérêt économique direct. Même s’ils touchent des primes, les joueurs ne sont pas salariés de leurs sélections. Il y a aussi un peu plus de surprises, lesquelles traduisent paradoxalement l’affaiblissement du football des nations. Les meilleures équipes alignent en effet des joueurs souvent épuisés par des saisons à rallonge, quand ils ne sont pas blessés. Le football des sélections n’en a pas moins subi des évolutions problématiques, avec ce passage de la Coupe du monde à 48 équipes, reflet l’intensification des calendriers et l’hypertrophie des compétitions. Ceci pour générer davantage de droits télévisuels et marketing.
Comment porter un regard lucide sur l’évolution du football tout en restant passionné du jeu lui-même ?
Cela créé des contradictions de plus en plus intenses. Je fais partie de ceux qui n’ont pas pu boycotter la Coupe du monde au Qatar mais qui l’ont vécue avec une forme d’amertume et une passion altérée par ce qui se passait autour du terrain. C’est le dilemme : même marchandisé et instrumentalisé à l’extrême, le football conserve toute sa puissance de séduction. Ceux qui sont écœurés au point de ne plus regarder sont très minoritaires. C’est aussi une question de génération : les plus jeunes n’ont pas connu le football d’avant. En outre, l’internationalisation du football s’est accentuée avec la conquête de nouveaux publics, notamment en Asie et aux États-Unis. Ces nouvelles cohortes d’amateurs adhèrent sans états d’âme à ce football-là. C’est pourquoi, en dépit du prix prohibitif des places et du contexte politique aux États-Unis, il semble que les stades de la Coupe du monde seront pleins.
Vous-même, regarderez-vous cette Coupe du monde en amoureux déçu, en blogueur ou en économiste ?
Un peu tout ça. Je suis depuis toujours supporter de l’équipe de France : j’aurai ce rapport-là, avec le cœur qui bat pendant les matches. Comme citoyen, j’aurai un goût amer dans la bouche. Et pour un journaliste concerné par les aspects économiques, géopolitiques et sociaux du football, ce sera très intéressant à observer. Même si c’est pour déplorer ce qu’on y verra. Propos recueillis par Philippe Brenot
(1) Jérôme Latta anime également depuis 1997 le site collaboratif Les Cahiers du football.
(2) Tout dernièrement, le fonds brésilien Outfield, propriétaire du club de Coritiba, est aussi devenu actionnaire majoritaire du Mans Football Club, qui joue lui aussi la montée en Ligue 1.
(3) Au nom de la « parité hommes-femmes », il est question d’installer dès la saison prochaine la VAR dans le championnat de France féminin de Première Ligue (L’Équipe du 18 mars).
Marchandisation à outrance, gigantisme d’une compétition portée à 48 équipes et organisée à l’échelle d’un continent, instrumentalisation politique avec la bénédiction de la Fifa : la Coupe du monde accueillie du 11 juin au 19 juillet aux Amériques invite à s’interroger sur ce qu’est devenu le football.
Après la Russie de Poutine en 2018 et les stades climatisés bâtis par des travailleurs-esclaves au Qatar en 2022, on aurait pu imaginer que la Coupe du monde coorganisée par les États-Unis avec ses voisins mexicain et canadien offrirait un visage plus avenant. Eh bien c’est loupé : celle-ci a d’ores et déjà celui de Donald Trump, incendiaire populiste et narcissique que le président de la Fifa a cru bon de flatter en lui décernant un « Prix de la paix » sur mesure, lot de consolation pour n’avoir pas décroché un Nobel définitivement compromis depuis sa guerre contre l’Iran.
Mi-janvier, des députés allemands avaient timidement suggéré un boycott de l’évènement si l’hyperprésident américain persistait dans sa volonté d’annexer le Groenland, territoire sous souveraineté danoise, donc européenne. Menaces symboliques. Comment faire l’impasse sur le plus grand rendez-vous planétaire après les Jeux olympiques, d’autant plus qu’il réunit désormais 48 équipes1 et non plus 32 ?
Inflation des droits et restrictions d’entrée
Ce Mondial surdimensionné est symptomatique de la course au gigantisme impulsée par la Fédération internationale de football association (Fifa) et Gianni Infantino, qui préside l’institution depuis 2016. Une façon pour cet ami des puissants, partisan du retour de la Russie et de la Biélorussie dans les compétitions internationales, d’asseoir son pouvoir personnel en s’assurant l’appui des nouveaux pays susceptibles d’être invités au grand banquet quadriennal, et surtout en redistribuant la manne financière tirée de droits télé et marketing toujours croissants.
Dans la même logique, Gianni Infantino est à l’origine de la première édition de la nouvelle Coupe du monde des clubs à 32 équipes. Organisée aux États-Unis à l’été 2025, celle-ci est venue s’ajouter à un calendrier international déjà surchargé.
Alors tant pis pour l’aberration écologique consistant à faire se déplacer en avion, pendant un mois et demi et d’un côté du continent nord-américain à l’autre, les équipes nationales, leur staff, et surtout les centaines de milliers de spectateurs attendus. Tant pis aussi si les matchs se disputent sous des températures caniculaires. Tant mieux même, puisque cela justifiera que chaque mi-temps soit interrompue par une pause fraicheur offrant une coupure publicitaire supplémentaire de trois minutes aux diffuseurs – et ce, même s’il pleut.
On saurait presque gré à Donald Trump de contribuer à réduire l’empreinte environnementale de l’évènement en ayant interdit l’entrée aux États-Unis des ressortissants d’une quarantaine de pays, y compris quatre des nations qualifiées : le Sénégal, la Côte-d’Ivoire, Haïti et l’Iran – dont on envisage de toute façon assez mal comment l’équipe nationale pourrait participer désormais2. En outre, tout touriste supporter devra dévoiler l’historique de ses réseaux sociaux, sachant que la moindre expression considérée comme « hostile » sera rédhibitoire. Autres éléments dissuasifs : le climat de tension entretenu par la lutte anti-immigration et les violences policières qui l’accompagnent, ou le prix prohibitif des places. Tant pis donc pour la vulgate Fifa d’un football qui rassemble les peuples.
Un autre football
Cela étant, sitôt donné le coup d’envoi de l’évènement, le 11 juin au mythique stade Azteca de Mexico – qui vit en 1970 le triomphe en finale du Brésil de Pelé, puis en 1986 celui de l’Argentine de Maradona –, des milliards d’amateurs seront rivés à leurs écrans. Et ceux-ci seront d’autant plus nombreux que ces dernières années le spectacle du football a conquis de nouveaux contingents d’adeptes en Asie et en Amérique du Nord.
En dépit des questionnements éthiques posés par son instrumentalisation, sa marchandisation débridée et son industrialisation sur un mode capitalistique, le jeu lui-même, et pas seulement sa mise en spectacle, n’a rien perdu de son pouvoir d’attraction. Bien au contraire. Il poursuit notamment sa lente mais réelle féminisation.
Le jeu conserve également la formidable plasticité qui en fait « le sport roi » à l’échelle de la planète. On le pratique en club par équipes de 11 ou 7 joueurs, voire désormais à 6 sous forme de « walking football », et entre amis en version « five ». Ou tout simplement dans une cour, sur un terrain vague ou une plage. Cela reste le même jeu et un ballon suffit pour qu’un enfant s’imagine disputer une finale de Coupe du monde.
C’est de ce football-là que se réclame la petite galaxie alternative qui fait entendre sa voix à l’approche de chaque Mondial. En 2014, les éditions Fakir du futur député François Ruffin expliquaient Comment ils nous ont volé le football. En 2018, l’Histoire populaire du football de Mickaël Correia rappelait que le football fut et demeure vecteur de luttes politiques et sociales et d’émancipation. Le même Mickaël Correia co-dirige aujourd’hui un Foot Manifesto proposant des pistes pour un « autre football ».
« Il ne faut pas croire que nous autres passionnés de football sommes plus dupes de notre dérisoire passion que d’autres de passions socialement plus acceptables, plus savantes, plus nobles, insistait le journaliste Jérôme Latta en préface de son ouvrage Ce que le football est devenu. On doit justement prendre le football pour ce qu’il est : une culture populaire à la fois enracinée et internationalisée, un bien commun qui définit un vaste patrimoine, qui produit des mythologies, une histoire propre, du lien social, des récits personnels ou partagés, des émotions, des discussions. Un sport dévoyé à son sommet, certes, mais une culture entière, digne de considération. »
Une fois la compétition débutée, amateurs et amatrices de ballon rond conserveront toujours leur libre arbitre. Philippe Brenot
(1) Les 48 équipes qualifiées sont réparties dans 12 poules, les deux premiers et les huit meilleurs troisièmes disputant les 16es de finale : une façon de multiplier le nombre de matchs. Parmi les 16 villes hôtes, 11 sont situées aux États-Unis, 3 au Mexique, 2 au Canada, avec match d’ouverture le 11 juin à Mexico et finale le 19 juillet à New York. L’équipe de France jouera ses trois matchs de poule sur la côte est : le 16 juin à New York contre le Sénégal, le 22 à Philadelphie contre l’Irak, et enfin le 26 à Boston contre la Norvège.
(2) L’Iran a entamé en mars des négociations avec la Fifa pour disputer ses matchs de poule au Mexique et non plus aux États-Unis.
« Du mouvement plutôt que des écrans » : le thème de la 3e Quinzaine sport et petite enfance, organisée du 23 mai au 7 juin dans les associations déployant le programme Ufobaby de « motricité libre » où les parents suivent les évolutions de leurs jeunes enfants, a aussi fait l’objet d’une formation d’animateurs.
Savez-vous ce qu’est la technoférence ? C’est ce qui désigne les interruptions de la relation parent-enfant causées par l’usage d’un écran par l’adulte. Parallèlement, dès le plus jeune âge les enfants passent eux-mêmes un temps croissant devant les écrans, une exposition qui commence souvent avant qu’ils ne sachent parler. Ceci avec pour conséquences un moindre développement de l’attention et des compétences émotionnelles et sociales.
Enjeux éducatifs
Cette exposition précoce ne peut que nuire à l’activité physique des tout-petits. Or on recommande trente minutes de temps au sol par jour avant un an puis, jusqu’à trois ans, trois heures d’intensité modérée à soutenue, réparties dans la journée. Alors remplaçons plutôt ce temps d’écran par des temps de mouvement en favorisant le jeu libre, le jeu en extérieur et les interactions humaines !
Ces repères, constats et recommandations étaient au cœur de la formation qui a réuni samedi 7 mars à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) 25 professionnels et bénévoles de l’Ufolep, impliqués dans le programme UfoBaby et venus d’un peu partout en France. Outre la compréhension des enjeux liés à la surexposition aux écrans et à la technoférence, l’objectif était de les former à l’échange avec les parents afin de profiter des séances qu’ils animent pour établir le dialogue avec les parents et favoriser leur prise de conscience, afin que les écrans ne leur apparaissent pas comme la seule solution pour occuper leur enfant.
Cette formation accueillie par l’association Gennevilliers GR a d’ailleurs débuté par une séance en présence d’une dizaine de parents. L’équipe pédagogique nationale UfoBaby avait ensuite sollicité le concours de la « guide parentale » Genoveva Desplas. Après avoir éclairés les enjeux éducatifs liés à la place des écrans dans les premières années de vie, celle-ci est intervenue l’après-midi sur la technique d’animation de groupes de parole1. Des temps d’échange qui pourront être induits par l’expo photos spécialement conçue à cet effet, et qui décline des situations de la vie quotidienne où les écrans s’invitent trop souvent.
Mallette pédagogique
L’ambition est de proposer aux parents des solutions concrètes et de les amener, sans les culpabiliser, à redonner toute sa place au mouvement, au jeu et aux interactions avec leur enfant. C’est l’objet du jeu de cartes qui propose à la fois de petits « défis » adaptés à diverses situations et à l’avancement moteur de l’enfant (non rampant, rampant, marchant). Par exemple, si votre enfant réclame votre attention pendant que vous êtes occupé, marchez en exagérant vos pas : cela développe l’imitation, et le lien avec celui-ci… Outre 25 autres défis de ce genre, une trentaine de situations alternatives aux écrans sont aussi proposées. D’autres cartes proposent de créer des « kits sensoriels » (comme une boîte aux trésors) ou des « kits motricité » (comme un mini-parcours composé de coussins) très simples à réaliser.
L’expo photos et ce jeu de cartes composent une mallette pédagogique complétée par un guide « Les jeunes enfants et les écrans », réalisé par l’Union nationale des familles et auquel l’Ufolep a ajouté un volet portant sur l’activité physique. Autant d’outils pour rappeler qu’avant trois ans, la meilleure alternative à un écran, c’est un enfant qui bouge et un parent qui l’accompagne dans son exploration de la vie, la vraie. Arnaud Rizzo et Agathe Pasquier
(1) En s’appuyant sur le guide du CLEMI (Centre de liaison de l’enseignement des médias et de l’information) auquel Genoveva Desplas a elle-même contribué.
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