X
Accueil  /  Actualités  /  Une association de gymnastique Vigilante depuis 127 ans !

Une association de gymnastique Vigilante depuis 127 ans !

La Vigilante du Coteau à sa création 1899 : on y pratiquait alors la gymnastique et le tir. (DR)

Les 130 gymnastes Ufolep de La Vigilante du Coteau, près de Roanne (Loire), sont les héritiers d’une histoire débutée en 1899.

 

« Découvrez l'univers de la gymnastique artistique féminine avec le club de gymnastique de La Vigilante Le Coteau, affilié à la fédération Ufolep depuis 1899. » C’est ce que l’on peut lire sur la page d’accueil du site internet de cette fidèle association, où l’on pratique dès l’âge de deux ans et qui propose aussi de la gym d'entretien adultes. Merci à La Vigilante d’afficher ainsi ses couleurs ! Même si, dans les faits, l’Ufolep n’a elle-même vu le jour qu’en 1928...

Mais on pardonnera ce raccourci : à la fin du XIXe siècle, l’esprit laïque irradiait déjà les activités physiques qui se développaient alors dans l’environnement des écoles publiques, généralisées par les lois scolaires de Jules Ferry de 1881 et 1882 sur l'enseignement primaire gratuit, laïque et obligatoire. Le lien de La Vigilante avec l’école est alors d’autant plus étroit que les entraînements se déroulent dans l’école publique de garçons.

 

Imprégnation militaire

La plaquette éditée en 1999 pour le centenaire de l’association nous apprend aussi que La Vigilante fut créée à l’instigation de « M. Mouchet, directeur d’école publique », en réponse à la demande d’anciens élèves. En témoigne l’arrêté préfectoral du 9 octobre 1899.

Comme pour toutes les sociétés sportives de l’époque, la cuisante défaite de 1870 et la perte de l’Alsace-Lorraine sont encore dans toutes les têtes, et en particulier dans celles de ces instituteurs sanglés dans leur blouse, immortalisés dans la mémoire collective en « hussards noirs de la République ». Les disciplines alors pratiquées à La Vigilante sont le tir, l’escrime, la gymnastique et la préparation militaire.

L’effectif de départ est de 35 membres actifs et 55 membres honoraires : on devine lesquels sur la photo intergénérationnelle mais exclusivement masculine où l’effectif complet de la nouvelle société sportive pose en képi et vareuse militaire. Au centre de l’image, trois clairons sont rangés en faisceau à l’ombre du premier drapeau de la Vigilante, offert le 1er janvier 1900 par le maire, M. Robert, et derrière lequel la société effectuera son premier défilé en ville. La relique est aujourd’hui précieusement conservée dans les bureaux de l’association.

Le mois suivant, La Vigilante a l’honneur d’organiser le concert du mois, avant de participer au festival de gymnastique de Régny, commune distante de 15 km, puis d’organiser le 27 mai sa première fête de printemps. L’avenir s’annonce radieux, mais à l’été 1914 la guerre vient couper net cet élan.

 

Éducation physique et basket-ball

Le 3 août 1919, une fête permet de renflouer les caisses et une quarantaine de gymnastes reprennent les « répétitions » pour des concours qui les mènent jusqu’à Nice et Marseille, où La Vigilante participe en 1921 à une grande manifestation-concours associant gymnastique et tir. En 1923, ce sera Rouen et Clermont-Ferrand. Cette année-là, des membres de La Vigilante sont même sélectionnés pour participer au concours de Florence, en Italie !

Dans le même temps, les pratiques se diversifient. Coup sur coup, en 1923 et 1924, deux nouvelles sections voient le jour : éducation physique et basket-ball. Les joueurs, âgés de 16 à 25 ans, sont aussi gymnastes. Car le règlement est formel : il est « impératif » de faire partie de l’équipe de gym ! Sous-entendu : ce jeu importé d’Amérique n’est qu’un loisir secondaire, un délassement. Il faut toutefois être très motivé : si la société achète « le » ballon réglementaire, les joueurs paient de leur poche leur équipement et leurs déplacements en train, qui les mènent souvent du côté de Saint-Étienne, tant les clubs de basket sont encore rares à l’époque dans la Loire.

En 1932, ce sont les locaux qui prennent un coup de neuf : les vestiaires sont rénovés et le tout premier chauffage installé dans la salle de gymnastique ! De quoi préparer plus confortablement les concours de Digoin, Toulon, Annecy, Firminy et Romans ou la participation à la grande fête Ufolep de Feurs en 1937. L’équipe de basket, qui entre-temps s’est affiliée à la fédération délégataire, obtient parallèlement quelques accessits et belles victoires dans les championnats ou challenges auxquels elle participe.

En 1938, la photo officielle de « La Vigilante, société de gymnastique et d’éducation physique », offre encore de grandes similitudes avec la société des origines. Pas de filles et toujours le drapeau au centre. Mais un « marcel » immaculé a remplacé la vareuse et certains s’autorisent un franc sourire. Ils ignorent qu’un an plus tard ce sera de nouveau la guerre. Les jeunes hommes sont appelés sous les drapeaux et les compétitions gymniques annulées. Le basket poursuit toutefois ses activités jusqu’au printemps 1940. Une équipe cadette voit même le jour.

 

Les mutations de l’après-guerre

À la Libération, les activités reprennent avec une ardeur nouvelle. En 1945, La Vigilante fête le retour de plusieurs de ses membres, prisonniers de guerre ou, pour l’un, déporté à Buchenwald. Elle remporte la fête gymnique de Régny, tandis que les équipes de basket brillent à la fois en Ufolep et en FFBB.

Dans ce grand élan de l’après-guerre, la photo de famille de 1946 s’élargit pour accueillir 69 féminines à côté des 67 garçons et des 11 membres du bureau, lequel siège dans un nouveau local. Quant aux basketteurs, ils s’ébrouent sur un nouveau terrain extérieur flanqué, quel luxe, d’une « pièce vestiaire » où se changer !

La vie reprend son cours, avec ses petites anicroches et ses innovations. En 1950-51, la section basket enregistre brutalement 12 départs : une dispute ? À moins que les déserteurs n’aient franchi la Loire pour aller défendre les couleurs de la Chorale de Roanne, qui décrochera en 1959 un titre de champion de France et dans les rangs desquels se révèlera un peu plus tard le grand Alain Gilles ? Heureusement le forfait en championnat est évité, tandis que les féminines continent de briller et que les gymnastes tiennent leur rang.

Côté bonnes nouvelles, en cette même saison 1950-51, La Vigilante achète un piano afin de ne plus devoir en louer un pour les ballets féminins lors des entraînements, fêtes et concert ; Mme Bergeat, amie de la société, y posera bénévolement ses doigts de fée. Et le 10 janvier 1954, après de nombreuses années de sollicitation auprès de la mairie, La Vigilante prend possession de sa nouvelle salle de gymnastique et salle de réunion. Les bénévoles du club ont été mis à contribution pour les travaux de terrassement, d’électricité et de chauffage, mais quelle récompense ! En ces années de baby-boom, le club va pouvoir accueillir toute la belle jeunesse qui frappe à sa porte.

 

D’emblématiques présidents

Un homme aura incarné cet essor : l’emblématique Louis Raquin, président depuis 1939. Mais il fatigue. Présent à la réunion du 8 mai 1964, le président se fait excuser à celle du 18 juin et décède en août. Une cérémonie à sa mémoire est organisée en octobre : en tenue et drapeau en berne, toute la société défile du pont de Rhins au cimetière, où une plaque est déposée sur sa tombe.

Jo Buroc lui succède pour dix années qui voient notamment l’éclosion d’Yves Bocquel, futur membre de l’équipe de France de gymnastique. Championnats, fêtes et challenges continuent de rythmer la vie de La Vigilante et le palmarès des différentes sections s’étoffe un peu plus à chaque saison. Quand en 1973-74 Jo Buroc passe la main à René Jacquet, le club compte 150 gymnastes et 130 basketteurs et basketteuses, respectivement encadrés par 11 moniteurs et monitrices et 9 entraîneurs de basket.

Pour assurer ses finances, La Vigilante redouble de festivités : fêtes, bals, galas, tournois, rassemblements, etc. En 1978, elle organise ainsi le rassemblement-concours de toutes les sociétés gymniques du sud-est, dans un stade Bécot plein à craquer : « un gros résultat financier pour un travail incommensurable », résume le chroniqueur.

 

Un jumelage, un comité directeur, une fusion

Deux ans après les premières élections européennes de 1979, la municipalité propose aux sociétés sportives un projet de jumelage avec échanges de sportifs. Les 3-4-5 avril 1982, La Vigilante organise ainsi son premier jumelage de gymnastique et de basket avec ses homologues belges de Zwevegem, en Flandre-Occidentale.

Devant l’importance des différentes sections, il est aussi décidé la création d’un comité directeur en bonne et due forme, auquel seront rattachées les différentes sections : gymnastique, basket, gym d’entretien et section des anciens. Chacune sera autonome, direction et finances, mais devra toutefois rendre des comptes au comité directeur. En 1987, les effectifs grimpent à 188 licenciés en gymnastique et 223 en basket, et en 1990 on inaugure en grande pompe le gymnase Louis-Raquin, en présence de sa veuve, de sa famille et de La Vigilante au grand complet.

Mais l’année suivante c’est un crèvecœur pour les anciens : la fusion dont il était question entre les sections basket de La Vigilante et de sa rivale La Jeanne-d’Arc, affiliée à la Fédération sportive et culturelle de France (FSCF), devient effectif le 21 mars 1991. Le nouveau club prend le nom, volontairement neutre, du Coteau basket. Ainsi disparait, après 67 ans d’existence, l’une des plus anciennes sociétés de basket de la Loire… René Jacquet, lui, décède le 1er juillet 1994, après vingt ans de présidence, et c’est à titre posthume que la médaille d’or de la Jeunesse et des Sports lui est attribuée en octobre.

En juillet 1995, La Vigilante participe ensuite aux manifestations du 150e anniversaire de la création de la commune du Coteau, née en 1845 d’une scission avec celle de Parigny. Précédé par un french cancan endiablé, son char fut, dit-on, particulièrement remarqué lors du corso fleuri qui traversa la ville.

 

127 ans après

Cent-vingt-sept ans après sa création, La Vigilante compte 160 adhérents, dont 30 membres du bureau, coach et simples bénévoles. Les 130 pratiquants actifs sont essentiellement des pratiquantes, la mixité se limitant désormais aux plus jeunes jusqu’à 6 ans. « Vers 2010, quand j’ai moi-même arrêté la compétition pour n’être plus que coach, nous avons connu une baisse brutale des licenciés masculins, explique Thomas Pioyteyry, 33 ans, et co-président depuis décembre 2025 avec son aînée Charlotte Dupin. Depuis, nous aiguillons les garçons vers un autre club Ufolep, Gym Roanne 42. »

Avec ses entraînements du lundi au samedi, le club n’en compte pas moins 10 sections engagées en compétition. Plus les moins de six ans, les sept ou huit ex-compétitrices de la section loisir et les adeptes de la gymnastique douce, à peu près le même nombre. « Tous les coachs sont bénévoles, précise Thomas Pioteyry, qui lui-même cumule cette fonction avec celles de juge, responsable technique et donc co-président. La seule exception est notre service civique, qui me donne aussi un coup de main sur les réseaux sociaux, Facebook, Instagram et Tiktok. »

À court terme, les gymnastes de La Vigilante espèrent bien se qualifier pour la finale nationale Ufolep, début juin à Clermont-Ferrand. Viendra ensuite le moment de tous se réunir, des plus jeunes aux plus âgées, pour le grand gala du 13 juin qui entretient une tradition festive plus que séculaire. Philippe Brenot

 

Patriotisme et régénérescence physique. Avec ses 127 ans d’existence, La Vigilante n’est pas la plus ancienne association membre de l’Ufolep. Elle doit le respect à ses aînées : La Vaillante d’Autun, fondée en 1883 et devenue la plus grosse association (multisport) de l’Ufolep de Saône-et-Loire, ou son homonyme La Vaillante de Tullins, née en 1885 en Isère et toujours dédiée à la gymnastique. Autre vénérable club de gym, l’Espérance Drouaise (Eure) a vu le jour en 1888 et conservé sa spécificité de club exclusivement masculin.

Combien d’associations sont-elles ainsi plus anciennes que la fédération ? Et combien ont vu le jour dans le sillage de sa création, en janvier 1928 ? Si vous êtes dirigeant de l’une d’entre elles, contactez-nous afin de la mettre en valeur à l’occasion du centenaire de l’Ufolep : 1928.2028@ufolep.org

 

Acrobates et équilibristes. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, La Vigilante se fait aussi connaître pour les exhibitions de ses gymnastes dans les fêtes locales du Roannais, de la Loire et de la région. À une époque où le cirque est un spectacle très populaire, ceux-ci se produisent sous différents noms de scène : le trio Francioni, les Rangers, les Artellys, les Alcerias, les Reals ou les Lorianos. Et chacun possède sa spécialité : numéros de main à main, acrobaties et jeux d’équilibre en tout genre, en haut d’une perche ou sur chaises.

 

Identité préservée. Il existe au Coteau une autre association de gymnastique, créée en 1913 et affiliée l’année suivante à la fédération des patronages catholiques, future Fédération sportive et culturelle de France. Si la Vigilante et la Jeanne-d’Arc partagent le gymnase du stade Bécot, l’idée d’une fusion lancée il y a quelques années par la municipalité a été refusée par les deux associations. Chacune conserve ainsi son identité !


enveloppe Partager sur : partager sur Twitter partager sur Viadeo partager sur Facebook partager sur LinkedIn partager sur Scoopeo partager sur Digg partager sur Google partager sur Yahoo!

Afficher toute la rubrique