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Pastoureau-Vigarello, le sport comme un livre d’images

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L’un est historien du corps, l’autre spécialiste de la couleur, et c’est en duo que ces deux amateurs de sport content son histoire à travers une sélection d’images, de 1860 à nos jours. Dans son docte article d’ouverture, Georges Vigarello parle d’« art du mouvement », tendu vers l’amélioration perpétuelle de la gestuelle du sportif, au service de la performance dans des disciplines de plus en plus spécialisées. Michel Pastoureau poursuit en soulignant que « sans couleurs, il n’y a pas de sport, du moins de sport de compétition ». Celui-ci est-il en effet autre chose que la mise en scène du mouvement, dans des pratiques dûment codifiées ?

Les deux universitaires déroulent ensuite leur propos selon le principe de la double page, texte d’un côté, image de l’autre. Tantôt c’est l’un qui tient la plume, tantôt l’autre, et parfois leurs regards se complètent, sur un ton volontiers plus enjoué chez Michel Pastoureau. À ses débuts l’image de sport est affaire de gravures, dessins et affiches, mais très vite la photo prend le dessus. Les adeptes contemporains du cross-fit saliveront ainsi devant le musculeux vainqueur de l’édition 1914 du Concours de l’athlète complet ou jalouseront les pectoraux des moniteurs de l’École normale militaire de Joinville : « Les mains placées derrière le dos sont censées accentuer le galbe de la poitrine, souligner la forme des muscles deltoïdes, signes décisifs de la puissance physique », relève Georges Vigarello.

La couleur, elle, apporte déjà sa symbolique sur les tenues bariolées des jockeys, qu’il faut différencier de loin, sur les anneaux olympiques inventés en 1913 ou sur les maillots parfois rayés des footballeurs. Le blanc immaculé des gymnastes et des adeptes du tennis restera toutefois longtemps de rigueur. Le jaune, lui, s’invite en 1919 sur le maillot du leader du Tour de France afin de bien le distinguer. Il y aura ensuite aux Jeux de Mexico 68, le « bleu de la France » de Colette Besson et le poing ganté de noir des sprinters américains et, au mitan des années 1970, l’inaltérable vert de l’épopée des footballeurs de Saint-Étienne, hérité de l’épicier Casino.

Pastoureau titille aussi notre curiosité en questionnant l’origine du drapeau à damier des sports mécanique et le passage des tables de ping-pong du vert au bleu. Et pourquoi, lors des grandes compétitions, l’ocre rouge du tartan des pistes d’athlétisme est-il désormais souvent remplacé par des couleurs fantaisistes, sinon sacrilèges ? Vigarello préfère se concentrer sur la fente de l’escrimeur, la feinte du basketteur géant Victor Wembanyama, les acrobaties du BMX freestyle, le retourné aérien d’une footballeuse et l’intronisation médiatique du handisport.

Au fil des pages, l’amateur de sport apprend ainsi mille choses le renvoyant à sa pratique, au sport qu’il regarde et aux évolutions de notre société. Car ce n’est pas faire injure à ce beau-livre de dire qu’il se feuillette avec la facilité qu’un hors-série du magazine Ça m’intéresse, caution universitaire en plus. Philippe Brenot


Sports, une histoire en images de 1860 à nos jours, Michel Pastoureau et Georges Vigarello, Seuil, 238 pages, 35 €.
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