Avec plus de 600 licenciés enfants et adultes, l’escalade est en passe de devenir une activité phare du comité. Zoom sur les aspirations des pratiquants à travers l’exemple des deux principaux clubs, Escal’Aydat et de La Roche Blanche.
Il n’est pas de club d’escalade sans mur constellé de prises en résine, équipement indispensable à toute pratique régulière et, généralement, propriété municipale. Or, il y a une vingtaine d’années, celui érigé dans l’espace de loisirs d’Aydat, à 25 km au sud-ouest de Clermont-Ferrand, était devenu obsolète. Pour le rénover, la mairie y est allée de sa poche et le club locataire Escal’Aydat a lui-même réuni quelques subsides. Ses dirigeants espéraient aussi un geste de leur fédération, qui s’est finalement rétractée après leur avoir fait « miroiter » une aide financière et laissé monter « un lourd dossier » pour rien. D’où un certain ressentiment envers une fédération de Montagne Escalade qui, à leurs yeux, délaissait sa base associative pour se focaliser sur la compétition et l’entrée de la discipline au programme olympique, à Tokyo puis Paris. « La FFME ne nous apportant pas grand-chose, nous sommes tournés vers l’Ufolep, qui n’a pas l’esprit de compétition et où les rapports humains sont plus simples. Et les licences bien moins chères » résume Michel Grand-Jean, 64 ans, ex-préparateur en pharmacie à l’hôpital de Clermont et président d’Escal’Aydat depuis quinze ans.
Un mur en partage
Le mur sur lequel évolue l’association est niché au cœur d’un complexe municipal construit dans les années 1990, qui comporte par ailleurs une immense salle de musculation, un court de squash, un spa-hammam-jacuzzi, une salle des fêtes et un bar utilisé comme club house. « L’association, qui compte 156 licenciés enfants et 36 adultes, a accès à cet espace escalade, ouvert aux grimpeurs extérieurs en dehors de nos créneaux. Treize en tout, avec 3 heures le lundi et le mardi, 5 heures le mercredi et 4 ou 5 heures le vendredi. Et cela fonctionne très bien ainsi », souligne le président. Il y a même 50 enfants inscrits sur une liste d’attente, tant les initiations encadrées dans les écoles pour le compte de la mairie par les deux moniteurs diplômés d’État employés par l’association suscitent de vocations. Aucun créneau supplémentaire n’est toutefois envisagé, la mairie souhaitant conserver un équilibre entre la pratique associative et une pratique individuelle qui contribue à l’entretient de l’équipement.
De leur côté, les adultes, et plus précisément les nouveaux et les débutants, bénéficient d’un encadrement jusqu’à fin décembre, le temps qu’ils apprennent à s’assurer et deviennent autonomes. Leur profil ? « Entre 18 et 64 ans. Beaucoup d’actifs, professions libérales et employés de Michelin, et presque autant de femmes que d’hommes. Des gens qui aiment l’escalade mais ne se prennent pas la tête et ne sont pas intéressés par la compétition », explique le président d’Escal’Aydat.
Engouement
Michel Grand-Jean explique ainsi à l’engouement pour l’escalade observé depuis une dizaine d’années par l’aspect côté « ludique » de la discipline plus que par l’exposition médiatique dont elle a pu bénéficier. « Et contrairement à l’image du grimpeur solitaire sur son bloc, on fonctionne en binôme, avec un rapport humain et de confiance qui se construit avec le partenaire qui vous assure, ajoute le président, lui-même revenu sur le tard à l’escalade après avoir assidument pratiqué le VTT. Il y a aussi la dimension d’écoute de soi et de dépassement, avec une grande concentration. L’escalade, c’est du yoga vertical, à la fois physique et mental. Et les gamins qui sortent d’un créneau d’une heure sont à la fois vidés et contents. »
Dès 6 ou 7 ans, ceux-ci peuvent aussi participer avec leurs aînés aux rallyes organisés conjointement par les clubs puydomois affiliés à l’Ufolep, à la FFME, et au Club alpin français. Soit une petite dizaine de rendez-vous réunissant de 100 à 150 personnes, généralement sur la journée avec pique-nique et remise des médailles vers 17 h. « Il s’agit de grimper 14 voies différentes, de la plus simple à la plus difficile, avec un système de points. Cela favorise l’émulation, mais avant tout c’est une journée conviviale de grimpe. » À partir d’avril, une dizaine de sorties en milieu naturel permettent aussi de se confronter à de vrais rochers. Les adultes, eux, se fixent rendez-vous via WhatsApp, et en cas de mauvais temps se replient parfois sur une salle spécialisée comme B.Up, à Clermont. « Nous sommes en très bon termes et ne voyons pas les espaces privés comme une concurrence. Nous sommes complémentaires », explique Michel Grand-Jean.
La Roche Blanche au sommet
Le même état d’esprit règne au club de La Roche Blanche, du nom de la commune abritant le site de Gergovie. Récent transfuge de la FFME, ses dirigeants étaient eux aussi critiques d’une politique fédérale de plus en plus éloignée des préoccupations des 300 licenciés, dont la moitié d’enfants. Des licenciés qui bénéficient dans le gymnase municipal Léo Lagrange d’un superbe mur culminant à 12 mètres où les grimpeurs locaux ont ouvert une quarantaine de voies allant du 4 à 8a – les spécialistes apprécieront. Le mur permet même de stocker le matériel dans son relief et « toutes les voies sont renouvelées après le rallye annuel », apprend-on sur le site internet de l’association que préside depuis l’an passé Robin Bar, 33 ans, aux talents de photographe et vidéaste, accompagnateur du Peloton de gendarmerie de haute- montagne (PGHM) du Mont-Dore et ambassadeur de marques.
« La Roche Blanche est un des plus anciens clubs de la région, explique-t-il. Nous sommes ouverts tous les jours de la semaine, avec au moins un créneau enfant et un créneau adulte par jour. Nous disposons de vingt encadrants bénévoles, diplômés fédéraux, en plus de nos deux prestataires. C’est ce qui nous permet d’accueillir autant de licenciés. »
Objectif formation
Toutefois, « il y a encore un peu de marge » affirme Robin Bar. C’est pourquoi le club s’investit dans la commission départementale escalade qui se met aujourd’hui en place. La relance de la formation d’encadrants était le principal objet de la réunion préparatoire qui, début avril, a aussi réuni autour de Rémi Montesinos, élu référent de l’activité, le président d’Escal’Aydat Michel Grand-Jean et un représentant des Rastafioles, émanation du Foyer laïc de Ménétrol et troisième club d’importance du département1. Une dynamique qui pourrait susciter des vocations parmi le réseau d’amicales affiliées au comité du Puy-de-Dôme, voire inciter de nouveaux clubs à rejoindre son giron. La voie est ouverte… Philippe Brenot
(1) La pratique est plus modeste au sein du Foyer des jeunes et d’éducation populaire du quartier des Landais, à Clermont (19 licenciés, principalement adultes) et de l’Étoile des montagnes, ski-club du Sancy où l’escalade est une activité de complément.
Près de 160 associations à l’Ufolep. Si la grande majorité des 159 associations Ufolep cochant le code activité escalade-monte à l’arbre-slackline se consacrent à la « grimpe », impossible d’affirmer avec exactitude combien elles sont. On sait en revanche que 2 975 licencié.s en font leur activité principale, dont 611 en Puy-de-Dôme et 283 en région Occitanie, notamment dans les Pyrénées-Orientales, en Lozère et surtout en Aveyron, où des sessions du brevet fédéral d’animateur sont encadrées par une doublette de formateurs composée d’un titulaire du Brevet d’État et d’un éducateur Ufolep bénévole titulaire du BF1A).
Saluons aussi la dynamique qui porte l’association Escalade Trois Rivières de Pontchâteau (Loire-Atlantique). Lancée en 2020 en période de crise sanitaire afin d’utiliser le mur d’escalade délaissé d’un gymnase, elle compte aujourd’hui 170 licenciés. Et 120 grimpeurs locaux et des clubs du secteur ont répondu fin mars à son deuxième « défi Mont-Blanc » : résultat, 10 000 m de dénivelé positif, bien au-delà des 4 807 m du sommet des Alpes !