Les associations Ufolep sont de plus en plus nombreuses à pratiquer le trail, désormais identifié par un code activité distinct de celui des courses hors stade et accompagné par un groupe de travail national. Objectif : mieux fédérer la discipline en développant notamment l’approche éducative auprès des enfants.
C’est en 2015, à l’âge de 29 ans, que Loïc, alors pratiquant et coach d’athlétisme, s’est mis au trail. « Pour rompre la monotonie des tours de piste, explique-t-il, j’ai commencé à emmener les enfants courir en milieu naturel. C’étaient les débuts de la popularisation du trail et, l’année suivante, j’ai fondé ma propre association, avec une école de trail en parallèle de la pratique adulte. Je me suis moi-même pris au jeu et, après de premiers essais sur des distances de 8 à 10 km, poussé par l’envie de se dépasser que favorisent les entraînements en groupe, je suis passé à des épreuves plus longues. Aujourd’hui je participe à des 100 km en y prenant un immense plaisir. »
Certes, tous les « traileurs » n’ont pas la condition physique ni la fibre associative aussi développée que Loïc Blanchet, délégué Ufolep de la Gironde, dont l’association Fronsadais sport nature compte 105 licenciés, dont la moitié d’enfants. Son itinéraire personnel n’en illustre pas moins le vif engouement pour la course nature à fort dénivelé, dans le sillage des épreuves emblématiques que sont Les Templiers à Millau (Aveyron), l’UTMB à Chamonix (Haute-Savoie) ou la Diagonale des fous à La Réunion.
Groupe de travail
Depuis deux ans, en plus de la case « course hors stade », les associations Ufolep peuvent ainsi cocher « trail » dans leur formulaire d’affiliation : 133 l’ont fait cette saison, pour 1 516 licenciés, tandis qu’on estime à 25 000 les adeptes engagés dans les multiples épreuves organisées sous la bannière de la fédération1.
Un groupe de travail national vient également d’être constitué pour développer l’activité, avec pour mission de construire des formations, proposer des outils de communication et faire profiter les associations de services et de partenariats. Dans l’immédiat, il planche sur un Guide des organisateurs. Ce GT trail offre par ailleurs la particularité est de réunir principalement des délégués départementaux qui, à l’instar de Loïc Blanchet*, sont souvent eux-mêmes pratiquants et membres d’une association. D’où une connaissance fine de l’activité et de la façon dont elle s’est développée sur leur territoire.
« En Dordogne, explique Patrick Mans*, aujourd’hui délégué de Nouvelle-Aquitaine, dès les années 2000 nous organisions dans le Sarladais le Trail des Picadis2 avec un foyer rural qui souhaitait faire connaître son territoire. Et lorsque j’ai créé en 2019 l’association Sport Nature des Côteaux avec des amis, je courais depuis déjà dix ans avec la section trail-marche nordique de l’amicale laïque de Saint-Astier. »
Pour étoffer la participation sans balisage supplémentaire, les clubs organisateurs de randos VTT ont aussi pris l’habitude d’y greffer un trail loisir n’exigeant pas d’appliquer les règlements techniques de la Fédération française d’athlétisme. Enfin, ces dernières années, « la pratique et l’offre d’épreuves ont explosé ».
En Dordogne comme ailleurs, nombre d’associations sont en effet organisatrices. « Cela les identifie à un territoire, avec un nom et une formule qui les distinguent », explique Patrick Mans. Le Relais des Potos organisé par son club en son fief de Saint-Jean-d’Estissac s’affiche ainsi festif et convivial, avec final nocturne ponctué d’un banquet façon irréductibles gaulois.
Montagne et tourisme
La pratique du trail exige toutefois un minimum de relief. Aussi recense-t-on moins d’adeptes dans les « plats pays » comme la Beauce, les Landes ou le Médoc. Pour changer de la montée-descente des côteaux de la Dordogne ou de la Garonne, les traileurs du Fronsadais sport nature de Loïc Blanchet s’offrent aussi quelques week-ends au Pays basque. S’ils le souhaitent, qu’ils sachent qu’à l’occasion de l’une de leurs virées ils pourront participer en juillet à la première édition du trail Ufolep d’Iholdy, entre Saint-Palais et Cambo-les-Bains.
Toujours dans les Pyrénées-Atlantiques, mais côté Béarn cette fois, deux autres épreuves Ufolep proposent de découvrir les vallées de l’Ouzoum et d’Ossau. « Nous proposons aux associations la prise en charge du dépôt des dossiers sur la plateforme préfectorale et du prêt du matériel : arches, barnum, chasubles, bidons et dossard "pucés" pour le chronométrage. Plus l’offre assurance », détaille le délégué départemental, Stéphane Lalanne.
Après quinze éditions, le comité a en revanche passé le relais du Tour de l’Ossau, « lancé à l’époque pour accompagner l’essor de l’activité et travailler les questions d’environnement avec le Parc national des Pyrénées ». En lieu et place, il propose depuis cette année à Gelos, près de Pau, un trail nocturne hivernal où – c’est la touche Ufolep – les participants ne paient aucun engagement mais font un don aux Restos du cœur.
Plus à l’est, l’Ufolep Ariège fédère pour sa part trois associations, dont l’organisatrice de l’UltrAriège, qui draine 1500 concurrents sur les 6 courses – dont l’une de 170 km – proposées au départ de Guzet avec arrivée à Ax-les-Thermes en passant par les Monts d’Olmes, trois stations habituellement fréquentées par les skieurs ou les curistes.
« Derrière les licenciés, il y a aussi 600 bénévoles et un enjeu touristique qui justifie le soutien de la communauté de communes de Haute-Ariège », souligne le délégué Ufolep, Camille Brunel*. À 38 ans, ce footeux est lui-même devenu adepte du trail et prévoit de bientôt s’engager sur des épreuves où, « au-delà de la poignée de coureurs qui jouent la gagne, tous les autres sont à la fois dans le dépassement de soi, le partage et l’entraide : si je mets dix minutes pour avoir aidé celui qui tombe devant moi ou a un "coup de moins bien", quelle importance ? »
Des Alpes au Massif central
Les enjeux touristiques sont également présents dans les Hautes-Alpes. « Les épreuves fleurissent sitôt terminée la saison de ski. De mai à octobre, il y en a au moins une par week-end, souvent en lien avec des communautés de communes ou des offices de tourisme souhaitant animer leur territoire », constate la déléguée départementale Ufolep, Florine Renard*.
La pratique associative est en revanche encore à la traîne. À ce jour, seuls deux clubs Ufolep – Tallard D+ et l’Association sportive et culturelle de La Saulce – proposent l’activité. À l’initiative d’un groupe de marcheurs nordiques d’Ancelle, près de Gap, un troisième s’apprête toutefois à les rejoindre pour organiser un rendez-vous de marche nordique au printemps et un trail en fin de saison : une première édition pour laquelle ces néophytes tablent sur 300 participants.
« Côté pratiquants, le potentiel est là. Mais pour fédérer des associations ou convaincre ceux qui courent de façon autonome d’en créer une, il faudrait pouvoir proposer des formations d’animateur et d’autres services que la seule couverture assurance », estime la déléguée, qui a elle-même fondé il y a quelques années Run in Gréoux dans les Alpes-du-Sud, où elle était précédemment en poste.
Autre configuration dans le Cantal, où la marque Ufolep est mise en valeur par l’Ultra trail du Puy Mary, initié il y a onze ans par l’association Trail Odyssée Montagne, dite TOM 15. « Mi-juin, l’UTPMA attire 3 000 participants sur trois jours. Outre l’épreuve phare, on y trouve des courses aux distances plus accessibles, des randonnées et une "course des super héros" pour les enfants, Pour nous, c’est une vitrine, la reconnaissance d’un savoir-faire et l’occasion d’associer nos associations de randonnée », résume le délégué Ufolep, Philippe Couderc.
Fédérer
Bien souvent, à l’Ufolep le trail coexiste avec d’autres sport nature comme le VTT. D’autres associations proposent d’alterner entre course hors stade et trail. « C’est le cas dans la Loire où, en dehors du massif du Pilat [alt. 1 432 m], les reliefs ne sont pas très affirmés, mais où tout est vallonné. Au Running Club Lerptien, près de Saint-Étienne, nous faisons ainsi de la route et du chemin en profitant de la proximité des gorges de la Loire », confie le délégué Ufolep, Mathieu Serre*.
Idem à l’amicale de Renaison, où la section running-course nature-trail-randonnée-marche nordique organise l’automnale « Treille en côte roannaise » avec les producteurs de ce vin AOC : « La formule se veut loisir, solidaire et festive : 42 km en équipe de trois, le dernier relayeur effectuant une quatrième et dernière boucle avec ses coéquipiers. Tu te balades dans les vignes et à l’arrivée tu peux déguster vins et fromages locaux au son d’un orchestre ! »
Mathieu Serre se demande également : « Où commence le trail ? Dès que l’on court dans les chemins ? Quand on ajoute du dénivelé, de la durée ? Quand on met un dossard ? Certains le pratiquent peut-être sans cocher le code activité ! »
Il suffit en effet de chausser une paire de baskets – ou plutôt de chaussures adaptées, légères mais au talon et à la pointe renforcée et à la semelle offrant une bonne accroche – pour pratiquer le trail. Après s’être émancipé des tartans et du macadam, ses adeptes peuvent vivre leur passion en toute liberté et juste s’inscrire à quelques courses pour se fixer un objectif ou par envie de se mesurer aux autres.
Question : ces pratiquants sont-ils plus rétifs que d’autres sportifs à la vie associative ou au fait de s’affilier ensuite à une fédération ? « Peut-être ne leur propose-t-on pas d’offre adaptée ! Et si je m’interroge sur l’intérêt de championnats départementaux ou régionaux, l’Ufolep gagnerait en revanche à mettre en avant son savoir-faire éducatif auprès des enfants », estime Loïc Blanchet, avec en tête sa propre école de trail où, au détour des chemins, les enfants découvrent la faune et la flore et s’initient à l’orientation ou à la sarbacane. « À voir leurs parents courir, poursuit-il, les enfants ont naturellement envie de les imiter. À nous de proposer des programmes et des livrets d’activité, avec une progression des compétences, et d’organiser à leur intention de petits rassemblements. » « Pour cela, il faut des éducateurs formés, complète Patrick Mans. Or la plupart des clubs n’en ont pas : c’est pourquoi la formation est l’une des priorités de notre groupe de travail. »
Le délégué de Nouvelle-Aquitaine invite aussi à tenir compte de l’évolution des profils. Non seulement la pratique s’est féminisée (38 % de licenciées à l’Ufolep), mais les vingtenaires et les sexagénaires encadrent désormais la tranche des 30-40-50 ans : « Les seniors ont du temps pour s’entraîner et souvent une excellente hygiène de vie. Du coup, ils sont très performants sur les parcours accidentés où l’on marche vite plus que l’on ne court ! »
« Ce que l’Ufolep peut apporter aux associations, affirme Camille Brunel, c’est l’appui d’une fédération à l’écoute et qui, tout en laissant une grande liberté de pratique, les fait profiter de sa proximité avec les collectivités locales et peut leur ouvrir la porte à des financements. » En Ariège, plusieurs dirigeants d’associations de trail ont ainsi rejoint le nouveau comité directeur et une commission technique départementale a été créée, qui pourra réfléchir à l’intérêt d’un challenge départemental ou d’investir dans du matériel mutualisé pour le balisage ou le chronométrage numérique. Le genre de choses auxquelles les délégués Ufolep amateurs de trail ne peuvent parfois s’empêcher de penser lorsqu’ils partent se vider la tête hors des sentiers battus. Philippe Brenot
*Membres du GT trail.
(1) Sur la base d’une enquête qui a enregistré les réponses de 50 comités. Par ailleurs, on compte parmi les 1 516 licenciés Ufolep 573 femmes, et 108 personnes âgées de moins de 18 ans. De son côté, la FFA revendique 35 000 licenciés déclarant pratiquer le trail.
(2) Les « champs », en patois.