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Le sport au cinéma : films de genre et morceaux choisis

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À côté des films de sport proprement dits, le cinéma s’écarte de la performance et propose aussi des « moments de sport » intégrés à la narration.

 

Les chefs-d’œuvre étant rares parmi les films de sport, les mêmes exemples reviennent sans cesse : Raging Bull (1980), biopic du boxeur italo-américain Jake Lamotta, réalisé par Martin Scorsese et interprété tout en nervosité par Robert De Niro ; L’Enfer du dimanche (1999), dans lequel Al Pacino joue un entraîneur de football américain sur le déclin qui fait tout pour redresser la situation de sa franchise, les Sharks de Miami ; Les Chariots de feu (1981), adaptation assez libre de la rivalité des athlètes britanniques Harold Abrahams, juif, et Eric Liddell, protestant, durant les Jeux olympiques 1924 ; et plus récemment Le Mans 66 (2019), où Matt Damon et Christian Bale incarnent la rivalité Ford-Ferrari dans les années 1960, ou encore Million Dollar Baby (2004), rare film de boxe où le personnage principal est une héroïne, interprétée par Hilary Swank, entraînée par Clint Eastwood, également réalisateur.

 

Le football sous un autre angle
Si le sport de haut niveau regorge d’histoires à raconter, de corps à filmer et de drames à mettre en scène, il est toutefois difficile de lutter contre la télévision, qui propose des émotions en direct 24 heures sur 24. Passionné de football, Emir Kusturica a ainsi préféré s’aventurer sur les terrains par l’intermédiaire d’un documentaire retraçant la carrière de Maradona (2008), entre interviews et images d’archives. Et dans Looking for Eric (2009), Ken Loach met en scène le footballeur-philosophe et icône de Manchester United Éric Cantona dans son propre rôle. Comédie réussie, 3 zéros (2002) de Fabien Onteniente, avait aussi pour originalité de mettre en scène, aux côtés de Lorànt Deusch, des stars du PSG comme Ronaldinho et des journalistes vedettes comme le duo Thierry Roland-Jean-Michel Larqué. Plus récemment, Mercato (2025), de Tristan Séguéla, dévoilait les sombres coulisses du foot pro avec Jamel Debbouze en agent de joueurs aux abois.

De façon plus décalée, l’Italien Nanni Moretti place également de très beaux moments sportifs dans ses films : les parties de volley-ball des prélats réunis en conclave d’Habemus papam (2011), ou les tout aussi savoureuses scènes de water-polo de Palombella Rossa (1989), où cette discipline peu représentée au cinéma prend une dimension politique. Hirokazu Kore-Eda, metteur en scène japonais fameux pour la sensibilité de ses drames familiaux, insère également des séquences de foot dans Notre petite sœur (2015), et de cyclisme sur piste et de baseball dans Après la tempête (2016). Même s’il échoue à les sublimer, celles-ci ont au moins le mérite de représenter la pratique féminine, chose assez rare parmi ses pairs. Nul besoin donc de faire du sport l’argument principal d’un film pour le représenter à l’écran, à l’image du poétique match de football sans ballon, façon silencieuse de résister à l’islamisme pour le village malien de Timbuktu (2014), d’Abderrahmane Sissako, qui par ailleurs place souvent des maillots de club dans ses films.

Chorégraphie 
C’est d’ailleurs pour prouver que l’on peut conjuguer Sport et cinéma que Julien et Gérard Camy ont écrit leur encyclopédie éponyme. « La boxe reste le sport le plus et le mieux filmé, analyse Julien, car les protagonistes sont réunis sur une scène. Ils sont bien éclairés, leurs gestes faciles à chorégraphier, et il y a du suspense, des retournements de situation. » Les exemples sont légion, du premier Rocky (1976) et du Ali de Michael Mann (2001) à La Beauté du geste (2022) de Sho Miyake, bref moment de vie d’une boxeuse japonaise sourde, qui brille par son utilisation du son, notamment sur le jeu de jambes de celle-ci.

Sorti fin octobre en France, Smashing Machine, de Benny Safdie, Lion d’argent à la Mostra de Venise, s’appuie pour sa part sur une bande son rock pour relater les tout débuts du MMA aux États-Unis à travers la trajectoire du champion de lutte Mark Kerr. Le film s’inspire d’un documentaire d’époque de HBO dont il « reprend la trame narrative et jusqu’à certaines scènes reproduites quasi à l’identique », commente Le Monde.

Parallèlement à la filière Fast and Furious, les bolides de course font aussi toujours recette. L’un des films les plus attendus de 2025 était F1, où Brad Pitt fait croire qu’il est encore possible d’être un pilote d’élite passé soixante ans. « Le scénario est prévisible, mais je me suis éclaté. J’étais scotché à mon siège. Le cinéma permet de vivre les émotions des sportifs par procuration, alors que derrière sa télévision on reste spectateur », estime Julien Camy.

Pour son court-métrage Bad Gones (2011), Stéphane Demoustier avait pour sa part placé sa caméra devant le stade Gerland, à Lyon. L’argument : un père et son enfant ne peuvent entrer, faute de billets, et assistent au ballet des supporters passant devant eux. « Ce film raconte l'expérience du stade à travers les yeux d'un enfant. Petit, cela m'avait moi-même complètement transporté, explique le réalisateur, qui explique s’être « amusé à mélanger la fiction avec des prises de vue quasi documentaires » en immergeant ses acteurs dans la vraie foule des tribunes.

 

Frustration de cinéaste

Filmer l’action d’un sport reste en revanche un art difficile, comme en témoigne Philippe Guillard. Dans son dernier film, Pour l’honneur (2023), l’ex-champion de France de rugby met en scène des demandeurs d’asile venant renforcer le XV d’un village et l’aider à remporter le derby face au club voisin. « Quatre heures pour deux séquences de mêlée de vingt secondes », et deux autres pour filmer une « chandelle » avec l’aide d’un drone ! « Sur une rencontre, Canal + installe 14 caméras : impossible de rivaliser ! Pour le match (point culminant du film, ndlr), j’ai eu deux jours et demi de tournage, c’est trop peu ! Mais je suis sûr que même Martin Scorsese et Quentin Tarantino ne sont jamais satisfaits à 100 % ce qu’ils tournent. Cinéaste, c’est un métier de frustration ! »

Cinéaste de sport l’est toutefois plus encore, car il faut aussi faire croire au spectateur que les acteurs sont de grands joueurs. « Seul Oliver Stone y a réussi dans L’Enfer du dimanche, parce que de vrais joueurs de football américain se dissimulaient sous les casques, ce qu’on ne peut pas faire dans le rugby ou d’autres disciplines. » Preuve en est des très faibles scènes de match d’Invictus (2009), où Clint Eastwood magnifie la façon dont Nelson Mandela transforme la victoire des Springboks lors de la Coupe du Monde 1995 en symbole de la réconciliation post-apartheid en Afrique du Sud.

« Moi, ça me sort complètement du rapport au réel que convoque le cinéma, je n'y crois jamais », regrette Stéphane Demoustier, qui a contourné le problème dans Terre Battue (2014). « Pour éviter de filmer comme à la télévision, je voulais essayer de restituer au mieux l’effort du sport. Je suis souvent en longue focale, mais très proche de l’enfant qui joue le petit champion, remet le réalisateur. Pour cela j’avais pris les meilleurs jeunes de leur génération, parce qu’ils ont dans leur corps et leur regard quelque chose qui ne se fabrique pas. » Enzo Léanni


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