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Le bike polo, pédale et maillet

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Cette discipline inventée par des coursiers américains réunit en France 250 adeptes et est pratiquée dans deux associations Ufolep. Présentation avec Léa Ruffat, présidente du Toulouse Bike Polo.

 

Dans les années 2000, un étudiant toulousain ramène d’un séjour universitaire en Angleterre la pratique du hardcourt bike polo, née à l’aube du XXIe siècle sur les parkings de Seattle dans la communauté des coursiers à vélo : une façon ludique pour ceux-ci de prouver leur dextérité au guidon de leurs fixies à pignon fixe. Et attention à ne pas confondre ce sport très nerveux avec le polo-vélo, introduit en France dans les années 1920 et qui se pratiquait sur herbe1, à l’instar de son modèle aristocratique à cheval.

La version urbaine moderne se dispute sur un terrain de 20 x 40 m délimité par des bordures – comme au hockey – et oppose deux équipes de trois joueurs lors de parties de 12 mn, sans remplaçant. « C’est ainsi que nous le pratiquons au Toulouse Bike Polo, association créée en 2010 et affiliée à l’Ufolep depuis deux saisons. Nous sommes 24 licenciés, dont 4 femmes, âgés de 16 à 57 ans », précise sa présidente, Léa Ruffat, 40 ans, venue à la discipline un peu par hasard.

 

Des vélos adaptés

« Un jour, un ami m’a demandé de compléter une équipe où il manquait une féminine sur un tournoi mixte. Je circulais alors à vélo de façon utilitaire, mais c’est tout » explique celle qui, peu après, a quitté son poste administratif dans le médico-social pour intégrer une ressourcerie proposant du matériel vélo. « J’ai ensuite suivi une formation de mécanique puis travaillé cinq ans dans un atelier de réparation des deux-roues. »

C’est donc en experte que Léa conseille les nouvelles recrues. « On commence généralement avec ce qu’on a sous la main. L’idée, c’est un vélo simple, compact et rigide, sans fourche suspendue. Il n’y a qu’un seul frein, car l’autre main tient le maillet. Plus pratique, la roue libre a supplanté le pignon fixe, mais il n’y a toujours qu’une seule vitesse, avec un petit ratio : on mouline pour être réactif. »

Côté maillet, fini les temps héroïques des bâtons de ski bricolés en ajoutant des bouts de tuyau en PVC : désormais, quelques fabricants européens, fondés par des joueurs de bike-polo, se partagent ce petit marché et développent le matériel.

 

Une pratique structurée

S’il n’est pas rattaché à une fédération sportive agréée, le bike polo est néanmoins une pratique structurée en ligues régionales, avec des rendez-vous réguliers sous forme de tournois. « Nous appartenons à la Ligue du Soleil avec les clubs de Perpignan et Montpellier, qui ont déjà organisé des championnats d’Europe et du monde, avec celui de Bordeaux et celui de Salies-du-Salat, avec qui nous sommes très liés car il n’est qu’à trois quart d’heure de voiture, sur la route de Pyrénées », explique Léa.

La couverture hexagonale est complétée par une Ligue du « Crachin » (Nantes, Caen, Tours, Paris), une Ligue Alpine (Grenoble, Lyon, Genève, Annecy) et une Ligue du Nord à laquelle appartient le club de Lille, également affilié à l’Ufolep. Les clubs communiquent entre eux via Telegram et, chaque mois, l’un d’eux organise à tour de rôle un tournoi sur un week-end. Le TBP organise par exemple régulièrement des tournois de la Ligue du Soleil, plus le Tolosa Open en octobre, qui réunit des joueurs et joueuses de toute la France et d’Europe.

 

Un jeu plus fluide

Après des débuts en « mode pirate et débrouille » – un passage obligé pour quasiment toutes les associations proposant cette discipline mal identifiée –, le Toulouse Polo Bike a obtenu en 2012 de la ville de Toulouse la mise à disposition d’un terrain dédié dans un quartier prioritaire. Cerise sur le gâteau, celui-ci dispose de bordures fixes – pas besoin de tout réinstaller à chaque fois –, d’un éclairage et de locaux d’accueil. Un confort qui a aidé le club à repartir après la coupure du Covid.

Parallèlement, la qualité du jeu a progressé. « Au début, indique Léa, les règles étaient encore floues et c’était assez musclé, avec beaucoup de contacts entre joueurs. Ces règles ont évolué afin de rendre le jeu plus fluide, plus "propre", en un mot plus agréable. Côté score, cela peut donner du 3-0, du 5-2. Sinon, les postes – attaquant, défenseur et gardien – sont tournants selon les phases de jeu. Nous testons aussi de nouveaux formats, en ajoutant un remplaçant et en allongeant la durée de jeu à 20 mn. »

« En France, poursuit Léa Ruffat, les adeptes du bike polo forment une communauté assez soudée où règne l’entraide. Nous sommes 250 pratiquants et pratiquants, et dans ce sport mixte on se connaît presque toutes et tous. Les nouveaux sont également accueillis avec bienveillance. Nous les faisons débuter sur les tournois de la Ligue du Soleil, sans enjeu, en essayant de composer des équipes réunissant un joueur débutant, un autre de niveau intermédiaire et un troisième plus expérimenté. L’idée, c’est de les accompagner. Parce que s’ils progressent et prennent du plaisir à disputer ces compétitions, ils auront envie de s’impliquer et de rester au club ! »

Avec une telle mentalité, pourquoi le bike polo ne trouverait-il pas sa place à l’Ufolep ? Et s’il est probable qu’il demeure un sport de niche, le peloton des cyclistes du quotidien représente toutefois un vrai potentiel de développement. Philippe Brenot

 

(1) La Fédération sportive du travail (FST), proche du Parti communiste, organise en 1928 un premier championnat de Paris qui rassemble des clubs ouvriers de banlieue. Dans les années 1930, l’Union vélocipédique de France, « fédération bourgeoise », développe aussi le polo-vélo, dont la popularité décline à la fin des années 1950. (Wikipédia)

 

Les avantages de l’affiliation. « Le Toulouse Bike Polo s’est affilié à l’Ufolep à la demande de la Ville de Toulouse, qui depuis 2022 conditionne l’accès aux infrastructures à l’adhésion à une fédération agréée. En l’absence de fédération de bike polo, il nous était plus naturel de se tourner vers une fédération multisport comme l’Ufolep », explique Léa Ruffat.

« À la base, nous percevions cette affiliation comme une contrainte, mais à l’expérience je me suis rendu compte que c’était un atout au regard des services que cela offre. Nous avons accès à des outils numériques pour gérer nos adhérents et à des ressources pour "manager" le club. Nous avons aussi un interlocuteur en la personne du délégué départemental, François Duché. Notre adhésion nous a aussi apporté davantage de visibilité. Elle nous a notamment permis de participer en juin dernier au Forum des associations sur la place du Capitole, où nous avons fait deux recrues. Nous espérons pouvoir y faire cette année une petite démo, comme nous le faisons par ailleurs de façon ponctuelle en différents lieux afin d’attirer de nouveaux licenciés. »


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