La France n’est pas un pays de sport ? Avec ce titre, Guillaume Dietsch et Jean-Baptiste Guégan ont voulu prendre au mot Teddy Riner et Florent Manaudou. À la veille des Jeux olympiques et paralympiques de Paris, les deux champions olympiques de judo et de natation avaient en effet usé de la même expression. Mais ici le point d’interrogation suggère que ce constat tient beaucoup du cliché.
La réussite de cet essai paru à l’automne 2025 tient au double regard d’un enseignant en Staps et d’un spécialiste de géopolitique du sport qui se placent à la fois sur le terrain des résultats sportifs – la France, 5e puissance olympique de l’histoire et particulièrement performante en sports collectifs –, de l’organisation d’évènements, de l’économie, du sport-santé, des valeurs accolées au sport et de la place qu’il occupe à l’école à travers l’enseignement de l’EPS. Les auteurs interrogent aussi un modèle où, depuis les années 1960 et l’impulsion donnée par le secrétaire d’État Maurice Herzog, l’État est très impliqué.
À l’issue de ce vaste tour d’horizon, ils observent que « les tensions entre puissance sportive, nation sportive, pays de sportifs et culture sportive ne sont pas résolues » et soulignent la confusion persistante entre « le sport qui se pratique, le sport qui se regarde et le sport qui s’enseigne ».
Les auteurs pointent aussi trois défis à relever. Tout d’abord, « réinventer la gouvernance du sport et son financement, en sortant d’une logique de dépendance aux subventions et en valorisant l’engagement associatif ». Ensuite, faire du sport un levier d’inclusion, d’émancipation et de cohésion « en luttant contre les inégalités d’accès, la sédentarité croissante, les querelles identitaires et les discriminations tout en affirmant la place de l’EPS et du sport scolaire comme piliers de la promesse républicaine ». Enfin, Guillaume Dietsch et Jean-Baptiste Guégan invitent à « répondre à l’urgence égologique » en repensant l’organisation des grands évènements, la gestion des infrastructures sportives et l’offre de pratique, égratignant au passage le modèle daté qu’incarnent à leurs yeux les Jeux des Alpes 2030. Ph.B.