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Je me souviens du sport : la montagne de Sophie Cuenot

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Chamoniarde d’origine, Sophie Cuenot, 46 ans, vit près de Grenoble où, après avoir été journaliste à Radio France, elle est assistante de programmation des Rencontres Montagnes & Sciences. Elle a publié plusieurs ouvrages aux éditions Guérin, dont Paris camp de basele Roman de Chamonix et récemment une biographie richement illustrée du fameux illustrateur Samivel.

 

Je me souviens de ma première descente de la Vallée blanche, le jour de mes dix ans avec mon père, qui était guide de haute montagne : un parcours initiatique pour tout jeune Chamoniard qui se respecte, tout au moins à l’époque. Ce n’est pas rien de monter au sommet de l’Aiguille du Midi en téléphérique, de descendre l’arête de neige puis de chausser les skis et d’enchainer 2 800 mètres de dénivelé parmi les crevasses de la Mer de glace. C’était début mai. Dans les années 1980, nous avions beaucoup de neige, très tôt et très tard dans la saison... À un moment j’avais eu un coup de mou et, pour me requinquer, mon père m’avait donné quelques gouttes de Ricqlès sur un sucre.

Je me souviens de mon initiation à l’escalade sur la falaise des Gaillands, toujours avec mon père. C’est un endroit magique qui « sent la montagne », avec ce rocher bien propre, près d’un petit lac et face au massif du Mont-Blanc. Mais j’avais une grande appréhension du vide.

Je me souviens du jour où mon instituteur de CE2, guide lui aussi, nous a emmené pour une sortie à skis un peu exceptionnelle, après avoir farté les siens pendant la classe. Chaque semaine nous allions skier, mais cette fois-ci, dans le secteur des Grands Montets, nous étions descendus parmi les sapins jusqu’à la route où nous attendait le bus scolaire. « Surtout, ne dites pas à vos parents que nous étions hors-piste ! », nous avait-il demandé. C’était notre petit secret avec le maître.

Je me souviens du Tour du Manaslu, au Népal, qui reste l’une des plus belles expériences de ma vie. J’adore la randonnée, prendre le temps en montagne.

Je me souviens de Robert Paragot, avec qui j’ai co-signé Paris, camp de base en 2010. Les éditions Guérin, où ma mère travaillait comme iconographe, cherchaient un co-auteur et j’étais journaliste à Paris... À travers lui, la Chamoniarde que j’étais a découvert cette exceptionnelle génération d’alpinistes parisiens qui, après avoir fait la route et dormi dans leur voiture, s’en allaient grimper le lendemain matin. Ils ont aussi réalisé des premières qui ont fait date, dans les Alpes, les Andes et l’Himalaya.

Je me souviens de Samivel car je suis d’une génération qui a grandi avec ses dessins et aquarelles. Chez nos proches, il y avait souvent l’une d’elles au mur, avec ces montagnes blanches et pures où des alpinistes ou des skieurs, des marmottes, des chamois ou des choucas se détachent sous un ciel bleu. Un oncle et une tante possédaient aussi ses albums pour enfants, sans que je fasse le lien entre les deux. Alors, quand il y a trois ans je me suis aperçu qu’aucune vraie biographie ne lui avait été consacrée, je me suis lancée. Si son trait reste familier pour beaucoup d’entre nous, on sait moins que son œuvre artistique va de pair avec son engagement environnemental, lui qui dès les années 1950 alertait sur la fragilité de la montagne.


Samivel, par Sophie Cuénot, Guérin-Paulsen,240 pages, 56 €.
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