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Je me souviens du sport : Fabrice Abgrall

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Journaliste au service des sports de Radio France depuis 1992, Fabrice Abgrall, 60 ans, est la voix du tennis sur France Inter et France Info. Auteur d’ouvrages sur Berlin 1936, les Mousquetaires du tennis et Roger Federer, il a récemment cosigné avec François Thomazeau une biographie de Rafael Nadal (En Exergue).

 

Je me souviens de l’émotion ressentie en commentant le match le plus long de l’histoire, qui opposa Nicolas Mahut à l’Américain John Isner au premier tour Wimbledon en 2010. Il a duré trois jours et s’est achevé sur le score de 70 jeux à 68 au cinquième set.

Tout avait débuté normalement – deux sets partout à l’interruption de la nuit – avant de basculer progressivement dans la folie le lendemain. Le match s’est mis à durer, durer. Le public devenait dingue, tous les journalistes rappliquaient sur ce cours n°18 et j’intervenais à l’antenne toutes les vingt minutes ! Imaginez : les autres joueurs venaient disputer leur match, et au sortir de la douche le match Mahut-Isner n’était toujours pas fini ! Nous étions entrés dans un monde parallèle.

La balle de match perdue par Nicolas Mahut fut un traumatisme, pour lui et pour nous autres journalistes qui le connaissions. Nous avons partagé son désarroi et, après la tension accumulée pendant ces trois jours, Nicolas est « tombé dans les pommes » dans les vestiaires. Il a ensuite eu du mal à se remettre de cette défaite d’autant plus historique que, depuis, la règle du tie-break a été instituée. On lui en parle encore de ce match, on lui en parlera toujours.

Me concernant, je me souviens qu’à 12-13 ans mon père m’emmenait en voiture jouer des tournois pour le club de Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne. Vers l’âge de 18 ans, j’ai eu un petit classement, 15/4. Mais ça régresse vite quand on vit pleinement sa jeunesse.

J’ai aussi joué au football à Saint-Mard, où j’habitais. J’ai même évolué en équipe réserve avec mon père : je conserve précieusement la photo d’avant-match où nous posons ensemble.

Je me souviens du bonheur de me retrouver en survêtement pour l’EPS à l’école et au collège, et de notre équipe de hand de copains à l’UNSS.

Je me souviens avoir découvert le tennis avec les nouvelles stars Borg, McEnroe, Noah... J’avais la raquette de l’un et le bandeau dans les cheveux de l’autre.

Je me souviens que j’aime tous les sports. Entré à Radio France en 1992, j’ai fait sept tours de France, commenté la Formule 1, le basket, suivi les Jeux olympiques… Mais je lorgnais quand même le tennis, récupéré en 1998 au départ en retraite de celui qui occupait la rubrique. Depuis vingt-cinq ans, celle-ci m’occupe à temps plein, en plus de mes responsabilités de chef de service.

Je me souviens évidemment de Nadal, découvert en 2003 à Monte-Carlo. Patrice Dominguez, qui dirigeait le tournoi, nous avait conseillé d’aller jeter un œil sur le phénomène. Quand il a battu Albert Costa, vainqueur de Roland-Garros l’année précédente, nous avons compris qu’il se passait quelque chose… Ce gamin avait une volonté, une intensité, une hargne, une détermination hors norme. Mais il n’était pas si apprécié au départ : les gens lui en voulaient de toujours battre l’aérien Federer à Roland-Garros. Cela s’est inversé quand, éliminé en 2009 en 8e de finale, il a laissé la voie libre à « Roger ». C’était mérité car autant Nadal était une brute sur le court, autant c’est un vrai gentil, très humain et courtois en dehors.


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