Fin janvier, un garçon a participé au championnat du Puy-de-Dôme avec une équipe féminine. Une expérience que la CNS gym prolongera en marge des finales nationales, début juin à Bordeaux.
Florence Dufraise-Levadoux, vous êtes élue nationale et membre de la commission nationale gymnastique. Dans quel contexte Ethan Romo, 21 ans, a-t-il participé les 25 et 26 janvier à un championnat du Puy-de-Dôme de gymnastique avec une équipe de votre club de Cournon ?
Le rêve de concourir avec une équipe féminine, qu’Ethan avait exprimé dans une vidéo postée sur TikTok, rejoignait notre souhait d’expérimenter la mixité des agrès dans notre secteur géographique : le « groupe 4 », qui va de la Bretagne à l’Auvergne en passant par les Pays-de-la-Loire et la région Centre. Nous avons donc contacté Ethan. Étudiant en géographie et aménagement du territoire à Montpelier, il s’entraîne depuis des années dans un club FFG. Mais bien qu’ayant pratiqué en masculin, il préfère l’ambiance de la gymnastique féminine. Nous lui avons proposé de le licencier au club et de tourner avec notre équipe niveau 2 lors du championnat du Puy-de-Dôme, coorganisé avec l’Ufolep de la Loire à Boën-sur-Lignon. Ethan a pratiqué comme les autres les quatre agrès féminins : sol avec accompagnement musical, poutre, saut de cheval et barres asymétriques. Comme c’était une expérimentation, ses notes n’ont pas compté pour l’équipe. En revanche, il a été classé en individuel.
Comment cela s’est-il passé ?
Très bien ! Les filles avaient déjà vu ses vidéos et tout le monde était très à l’aise. C’était tout à fait naturel.
Était-ce une première ?
Oui. Mais trois semaines plus tard, un autre garçon, Nathan, a pu participer à Mozac à un championnat départemental de moindre niveau avec l’équipe féminine de niveau 7 de son club de la Gymnastique Montagne Thiernoise : le seul qui soit à proximité de son village de Viscomtat, où il s’entraîne chaque semaine sur les agrès féminins. Son équipe a terminé 10e et lui 36e en individuel. Mais l’important pour Nathan était de pouvoir se mesurer à d’autres gymnastes, de montrer ses progrès et de vivre les émotions d’une compétition officielle avec ses coéquipières. Plus généralement, on rencontre deux types de cas : celui de garçons qui rejoignent un club uniquement féminin car il n’existe pas d’équipe masculine de gymnastique près de chez eux ; et celui de garçons qui souhaitent s’essayer sur les agrès féminins.
Et l’inverse ?
C’est plus rare, même si des filles s’essaient aussi aux agrès garçons lors des entraînements. Mais c’est plus compliqué pour elles, surtout au cheval d’arçon et aux anneaux qui sont des agrès de force1. La gym féminine est plus dansée et valorise la souplesse, la grâce. C’est justement ce que peuvent apprécier certains garçons.
Sur quoi cette expérience débouchera-t-elle ?
Pas forcément sur une généralisation de la possibilité pour un garçon de tourner sur tous les agrès féminins. Mais imaginons aussi un club mixte qui peine à compléter une équipe masculine : une fille ne pourrait-elle pas renforcer celle-ci au saut de cheval ou au sol ? Plus généralement, l’idée est de permettre de mélanger les équipes dans une discipline très codifiée. Cela intéressera peut-être une minorité de gymnastes, mais tant mieux si ils ou elles s’épanouissent ainsi. Pourquoi ne pourrions-nous pas laisser à chaque gymnaste le choix libre de son ou de ses agrès, indépendamment de son genre ? Cela relève du principe d’inclusion que défend l’Ufolep. Au-delà des préjugés, l’important est d’accepter les choix de chacun et de chacune.
Propos recueillis par Ph.B.
(1) Les autres agrès masculins sont la barre fixe (qui comportent des similitudes avec les barres asymétriques), les barres parallèles et le sol (mais sans musique).
Expérimenté début juin aux Nationaux. L’expérimentation menée en janvier se poursuivra lors des finales nationales des 8-9 juin à Bordeaux : 5 places seront réservées à des filles souhaitant matcher sur des agrès masculins et 5 places pour des garçons désireux d’évoluer sur des agrès féminins. Il n’y aura pas classement et les gymnastes filles et garçons déjà qualifiés en GAF et GAM1 ne seront pas admis. Les 5 premiers ou premières gymnastes à s’inscrire seront automatiquement sélectionné.e.s. Dans un second temps, une vidéo des mouvements leur sera demandée pour identifier leur niveau technique.
(1) Gymnastique artistique « fille » et « garçon ». Contact : cns.gym@ufolep.org