Rien que pour cette scène, Dans ses yeux (El secreto de sus ojos), du réalisateur argentin Juan José Campanella, méritait l’Oscar du meilleur film étranger 2010. Tout débute par une vue aérienne d’un stade, oasis de lumière dans la nuit d’hiver de Buenos Aires. En fond sonore, les commentaires d’un journaliste de radio, de plus en plus survoltés à mesure que la caméra plonge vers la pelouse où se déroule une action de jeu conclue par un tir manqué de peu. La caméra remonte alors vers les tribunes, où des supporters en transe s’agitent furieusement sous l’œil inquiet de l’enquêteur Benjamin Esposito, incarné par Ricardo Darín. Nous sommes en 1974 : chargé d’élucider le viol et le meurtre d’une jeune femme, il a identifié un suspect mais, hormis son visage, l’une des rares choses qu’on sait de lui est qu’il est hincha de Huraćan, club historique alors auréolé d’un récent titre de champion. Son adjoint, qui parcourt les tribunes avec lui, l’a convaincu d’essayer de le retrouver comme on chercherait une aiguille dans une botte de foin.
Miraculeusement, ils tombent sur leur homme. Mais au moment de lui mettre la main au collet, un mouvement de foule déclenché par un but permet au suspect de s’enfuir. S’ensuit une frénétique course poursuite dans les escaliers et les couloirs qui s’achève sur le terrain, où l’homme est finalement plaqué au sol par les policiers.
Non seulement la scène, intense, est magistralement filmée, mais elle reflète parfaitement la passion débordante des Argentins pour le football, la réalité d’un match et l’ambiance des tribunes. On reconnaît là la patte d’Eduardo Sacheri, co-scénariste et auteur du roman1 dont est tiré le film. Ph.B.
(1) Paru en 2010 chez Denoël. Le football est aussi très présent dans « Petits papiers sauvés du vent » (Héloïse d’Ormesson, 2014).