Créée en 2021, l’association Marseille Jump Rope développe la variante sportive du saut à la corde avec l’Ufolep des Bouches-du-Rhône.
Un jeu de cour d’école : ainsi considère-t-on encore le double dutch en France, quand aux États-Unis cette version codifiée du saut à la corde est un sport à part entière. Mais dans les Bouches-du-Rhône cela pourrait changer sous l’impulsion de Yann Espigulé, 46 ans, fondateur en 2021 de Marseille Jump Rope. Il veut « en développer et en structurer la pratique » avec l’appui du comité Ufolep, dont il est désormais élu. Et il y croit d’autant plus que « le double dutch vient d’être reconnu sport de haut niveau par le ministère des Sports ».
C’est après avoir croisé l’américaine Bree Maraux, animatrice d’un club près de Toulouse, que Yann Espigulé, qui lui-même travaille dans le domaine du sport, a eu la révélation. Et c’est dans les cours d’écoles marseillaises que tout a débuté, en lien avec l’amicale laïque du quartier de La Blancarde, qui depuis a créé sa propre section. Aujourd’hui, 60 jeunes marseillais sautent à la corde chaque semaine dès l’âge de 4 ans1. Dont la quinzaine de membres de l’équipe compétition, licenciés à la fois à l’Ufolep et à la fédération de double dutch2.
Démonstrations tous publics
« Nous animons l’activité dans une dizaine d’écoles : dans les cours, sous les préaux et en gymnase quand c’est possible. Plus ponctuellement, nous faisons aussi découvrir le double dutch dans les écoles et centres aérés de communes voisines comme Meyreuil, Gardanne, Saint-Victoret, Istres ou Miramas » précise Yann Espigulé, par ailleurs peu avare de démonstrations auprès du grand public. Marseille Jump Rope a ainsi sauté pour un concert de Soprano au stade-vélodrome et le programme Provence terre de sport associé à Paris 2024, et participé dernièrement à la braderie puis au carnaval de Marseille en mars et en avril, en attendant Ufostreet en mai, les Talents marseillais en juin (7 000 personnes attendus au Dôme) et l’émission télé « La France a un incroyable talent », en juillet sur M6.
« Les atouts du double dutch sont sa facilité d’accès, son caractère mixte et son côté très ludique, résume Yann Espigulé. Les plus jeunes participent à une séance hebdomadaire de 50 minutes tandis que les adolescents qui sont motivés par la compétition ont la possibilité de s’entraîner chaque jour, notamment pour perfectionner l’aspect technique du tournage et du lancer de corde. » Le double dutch est en effet un sport collectif où la cohésion entre partenaires est aussi importante que la technique individuelle. Les passages se font en musique et l’activité, particulièrement populaire parmi les afro-américains – Michelle Obama s’est elle-même prêtée à des démonstrations – est proche de la culture hip hop.
Objectif formation
Marseille Jump Rope est aujourd’hui dépassé par son succès et Yann Espigulé ne pourra pas continuer à se démultiplier pour animer tous ces créneaux ! « Il y a notamment une demande adulte à laquelle nous ne sommes pas en mesure de répondre. Localement nous aurions besoin d’au moins 40 éducateurs et formateurs ! » Aussi a-t-il mis en place avec le comité Ufolep des stages de formation qui s’appuient sur les ressources pédagogiques de la Fédération française de double dutch.
En attendant, Marseille Jump Rope continue de promouvoir l’activité avec un enthousiasme intact. Par exemple dans le cadre du dispositif départemental « Sport pour elles » destiné aux femmes éloignées de la pratique physique. Ou comment les faire entrer dans la danse avec une activité qui est d’abord un jeu et qui peut réveiller des souvenirs de cour d’école. Antoine Richet
(1) Baby jumper (4-6 ans), Kids (6-8 ans), Juniors (8-11 ans), adolescents et jeunes adultes.
(2) « Nous avons trois Champions de France 2024, catégorie vitesse – Andrew en U10 garçon, Elyzia en U10 fille et Marouane en U12 garçon – et notre équipe U10 a terminé 3ème en double dutch freestyle : des titres remis en jeu en mai à Paris. En 2022 et 2023, Marouane et Andrew ont également été champions en jump rope freestyle. »
Une corde dans chaque main. Le double dutch1 est la version en équipe d’une discipline qui se pratique à trois ou quatre athlètes, dont deux « tourneurs » maniant dans chaque main deux cordes qui forment des ellipses opposées et alternées où leurs camarades rivalisent d’acrobaties chorégraphiées. La durée des performances est de 30 à 40 secondes, parfois plus selon les formules et le niveau. Il existe aussi des épreuves de vitesse où les concurrents sautent à pieds joints ou d’un pied sur l’autre à une cadence folle, et une version individuelle appelée single rope. A.R.
(1) Ainsi nommé en référence au « charabia » des enfants d’immigrés hollandais qui sautaient à la corde il y a plus de 300 ans dans les rues de New York.