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À l’approche de Los Angeles 2028, l’intercrosse revient dans le jeu

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La présence du lacrosse aux Jeux olympiques de Los Angeles relancera-t-elle sa version éducative, mixte et sans contact ? Introduite en France par l’Ufolep à la fin des années 1980, elle est toujours pratiquée dans le Jura.

 

L’aventure de l’intercrosse en France débute à la fin des années 1980 avec la venue d’instituteurs québécois dans le Jura, dans le cadre d’un échange pédagogique. Dans leurs bagages, ils amènent un cousin aérien du hockey, pratiqué avec une crosse munie d’un panier permettant de réceptionner la balle adressée par un coéquipier. Le jeu fait un tabac auprès de leurs collègues français, qui bientôt n’ont plus qu’une idée : l’importer dans leurs associations Usep. L’intercrosse, ou « crosse québécoise », a il est vrai tout pour plaire aux pédagogues avec sa pratique mixte, sans contact, et un temps de possession de balle limité qui renforce son caractère collectif.

Pour répondre à la demande des écoles, le comité Ufolep-Usep du Jura enclenche alors la fabrication de crosses dotées de paniers en plastique : cela tombe bien, la plasturgie est une industrie locale ! « L’Ufolep du Jura conserve cette activité commerciale et est toujours en mesure de répondre aux commandes ! », précise la déléguée départementale, Hélène Grappin.

 

Impulsion nationale

Le comité directeur national va jusqu’à missionner l’un des siens, Max Albinet, pour effectuer un stage au Québec en février 1990. « J’ai vite été plongé dans le bain en intégrant une équipe où j’étais un peu perdu parmi ces pratiquants experts. Maladroitement, j’ai touché un adversaire ou heurté sa crosse avec la mienne, et aussitôt tous les joueurs se sont figés. Instinctivement, je me suis reculé de deux mètres, ce qui était précisément la consigne. Et tout est reparti à une vitesse folle ! » Le rapport de l’élu est enthousiaste et dans la foulée la plupart des comités Usep sont dotés de matériel.

« Dans les années 1990, nous avons tous pratiqué l’intercrosse, qui faisait partie d’un pack "activités innovantes" aux côtés du korfball, de l’ultimate et du tchoukball se souvient Nathalie Barbounis, ex-adjointe à la direction Usep et désormais élue nationale1. L’intercrosse exige toutefois une maîtrise technique qui la rend difficile à pratiquer avant le cours moyen. » « L’intercrosse était une activité support de nos formations et nous l’utilisions pour la certification du Beesapt, ancêtre du BP Jeps, afin de favoriser l’équité entre candidats en proposant un sport collectif qu’aucun d’eux ne connaissait », complète Pierre Chevalier, ex-DTN de l’Ufolep.

La porosité entre les deux fédérations sportives de la Ligue de l’enseignement débouche sur la création de clubs Ufolep, en particulier dans le Jura et la Haute-Savoie voisine. « J’ai découvert l’intercrosse vers 1986 à l’école de Ravilloles, se souvient Alban Bruneau, qui évoluera ensuite au plus haut niveau. Toutes les associations Usep du secteur pratiquaient l’intercrosse et disputaient des rencontres inter-écoles. Après l’entrée au collège, j’ai ensuite harcelé mon père2 pour qu’il crée une section jeune au club de Saint-Lupicin, qui proposait déjà la pratique conjointe du volley-ball et de l’intercrosse pour les adultes. Mon instituteur en était lui-même membre ! D’autres clubs se sont montés, et un championnat a été mis en place. »

 

Lions contre Caribous

Quarante ans après la création de leur club de l’Inter-crosse du Plateau, les « Lions de Saint-Lupicin » composent un groupe de quinze joueurs qui participe à un championnat européen et à divers tournois : à Prague en décembre, à Frangy (Haute-Savoie) en février, en Allemagne en mars… Et si les clubs historiques de Champagnole et Lons-le-Saunier ont disparu, Hélène Grappin en a relancé un à Lons dès son arrivée comme déléguée Ufolep et Usep : les Caribous de crosses, qui ont fêté cette année leurs vingt ans.

« Venue du handball, je cherchais une pratique moins engagée conservant l’esprit d’équipe et la convivialité d’un collectif : c’était pour moi le sport parfait et j’ai joué jusqu’à 43 ans, explique celle qui fut aussi longtemps présidente du club. Avec un gardien et quatre joueurs de champ, c’est un sport très dynamique, tout en accélérations et changements de direction. On reste peu de temps sur le terrain : une ou deux attaque-défense et tu sors ! » « C’est un sport non posté, complète Alban Bruneau. Chacun attaque et défend, avec trois règles de base : interdiction de toute forme de contact3, de garder la balle plus de 5 secondes et de marcher avec. Quand je fais découvrir l’intercrosse, en guise d’astuce mnémotechnique j’explique que tout joueur ou joueuse s’appelle Marc : Mouvement, autonomie, respect, communication. »

 

Un avenir grâce au « six » ?

Sa carrière d’entraîneur, Alban Bruneau l’a débutée à 15 ans en coachant de plus jeunes, et même des adultes. « Je vivais intercrosse, mangeais, dormais intercrosse, et à 17 ans j’ai effectué un stage international pour valider mes acquis d’entraîneur » se souvient le coach des équipes de France masculine et féminine des Coupes du monde 2013 à Lons-le-Saunier, 2016 à Montréal et 2018 à Prague. Aujourd’hui, il manage l’équipe de lacrosse de Grenoble dans sa déclinaison « six », une variante qu’il présente comme « l’avenir, avec un jeu très spectaculaire, celui que tout joueur rêve de pratiquer ». Créée pour répondre au cahier des charges des Jeux olympiques, c’est aussi la variante la plus proche de l’intercrosse par ses règles, la durée des parties (4x8 min contre 4x12), le nombre réduit de joueurs (6 avec le gardien) et les dimensions du terrain et des buts. « Les contacts sont autorisés mais le jeu va si vite qu’il y en a peu. Et d’ailleurs en championnat d’intercrosse les blocs offensifs et défensifs sont désormais acceptés. »

L’intercrosse devrait profiter de la médiatisation dont, à l’instar du rugby à sept, le « six » va bénéficier à l’occasion de l’inscription du « six lacrosse » au programme olympique. Et si dans de nombreux pays elle est vue avant tout comme une forme d’apprentissage technique pour les plus jeunes, en France elle est considérée comme une discipline à part entière.

L’intercrosse demeurera toutefois un sport à part tant que ses Jeux mondiaux continueront de réunir chaque année ses adeptes. « Pour participer, explique Alban Bruneau, il suffit d’être licencié dans son pays. Cela distingue les Jeux mondiaux de la Coupe du monde qui, elle, réunit tous les deux ans des équipes nationales. Les Jeux mondiaux sont une sorte de grande colonie sans frontières où les équipes sont composées par tirage au sort, le soir de la cérémonie d’ouverture. Des journées de repos permettent aussi de découvrir la ville et le pays d’accueil. Et, curieusement, le niveau de jeu est parfois supérieur à celui de la Coupe du monde, snobée par des nations qui estiment qu’une telle compétition n’est pas dans l’esprit de l’intercrosse. »

Alors, pourquoi ne pas profiter de la médiatisation du lacrosse pour relancer à l’Ufolep cette variante dont deux associations jurassiennes ont su entretenir la flamme ? Philippe Brenot

 

(1) Nathalie Barbounis est l’une des représentantes Usep auprès du comité directeur Ufolep.

(2) Raymond Bruneau, président de l’Ufolep du Jura jusqu’à cette année.

(3) Les contacts entre joueurs, crosse contre crosse ou joueur-crosse sont interdits. Par ailleurs, côté matériel, le manche de la crosse mesure entre 60 et 75 cm et le panier de 26 à 27 cm. La balle de 8 cm de diamètre en caoutchouc mou peut être remplacée par une balle de tennis usée. Les « cages » de 1,2 m par 1,2 m de côté peuvent aussi être adaptées. Le terrain, lui, mesure 40 x 20 m.


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