« Monsieur, en équipe de France, les Blacks, ce ne sont pas des Français, ce sont des immigrés. Ils viennent tous d’Afrique. Ce ne sont pas des vrais Français ? » Ce livre est le prolongement de la réponse pédagogique que Claude Boli fit à l’interpellation narquoise de ce gamin à qui il faisait visiter le Musée national du sport, à Nice, dont il est le directeur scientifique. Une interpellation qui faisait écho aux paroles de Jean-Marie Le Pen, Georges Frêche ou Alain Finkielkraut, qui s’interrogeaient en 2005-2006 sur la représentativité d’une équipe de France « black-black-black ». Noir.e.s en Bleu est à la fois un beau-livre par sa riche iconographie et son texte ciselé, et un ouvrage de sociologue et historien. Ce qu’est Claude Boli, 57 ans, accessoirement petit frère de Basile et Roger, ex-joueurs de l’OM et du RC Lens.
Après avoir insisté sur le milieu et la reproduction sociale, puis évoqué la diffusion du football en Afrique Noire et outre-mer, Claude Boli déroule portraits et témoignages, de Raoul Diagne, fils d’un notable sénégalais et administrateur colonial, premier « Noir en bleu » en 1931, à Élodie Thomis, martiniquaise née en 1986 dans les Hauts-de-Seine. Au passage, il déconstruit les stéréotypes qui ont longtemps collé aux crampons des footballeurs de couleur – vifs et puissants mais nonchalants et peu stratèges – et explique que « parler des Noirs (…) c’est faire référence à une catégorie imaginaire, à des personnes dont l’apparence est d’être noires, et non point à des personnes dont l’essence serait d’être noires ».
De Lucien Cossou, originaire de l’actuel Bénin, surnommé le « Ben Marek d’Endoume » pour sa couleur de peau, sa finesse technique et ses racines marseillaises, on retiendra aussi cette prédiction : « En 1970, lors d’un stage d’entraîneurs à la Fédération, Georges Boulogne, sélectionneur national, avait dit une chose qui m’avait marqué. Il avait affirmé qu’après l’ère des joueurs polonais et hongrois la prochaine vague serait celle des joueurs africains. » Ph.B.