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« Le roman de L’Équipe », 80 ans de passion sportive

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Il y a 80 ans, le 28 février 1946, paraissait le premier numéro de L’Équipe sur les cendres de son ancêtre L’Auto, interdit à la Libération pour cause de collaboration. Vincent Duluc, grande plume du quotidien sportif, raconte aujourd’hui cette histoire faite de victoires et de défaites, d’innovations, de fidélités et de trahisons, et riche de figures fortes et attachantes, à commencer par son fondateur Jacques Goddet. Il le fait avec pour trame les évolutions d’un journal dont l’âme s’étiole irrémédiablement à l’heure du numérique triomphant.

Le roman de l’Équipe est aussi et d’abord l’histoire d’une vocation : celle d’un gosse de Bourg-en-Bresse dont le père ramenait à la maison L’Équipe et l’édition de l’Ain du Progrès, où ce professeur de lettres pigeait aux sports, rubrique basket et boules lyonnaises. Après avoir patienté une dizaine d’années en salle d’attente, son fils deviendra pour sa part le « leader » des pages football du journal de ses rêves.

Vincent Duluc n’aura pas connu, si ce n’est le temps de deux premiers entretiens d’embauche non concluants, le siège historique de la populeuse rue du Faubourg-Montmartre, mais l’immeuble de proche banlieue – côté Parc des Princes et Roland-Garros – investi à l’été 1987. Il n’en rend pas moins aussi vivantes les années qu’on lui a racontées, et sur lesquelles il s’est beaucoup documenté, que celles qu’il a connues, de 1995 à aujourd’hui.

Auteur de récits imprégnés de leur époque – Le Cinquième Beatles sur le footballeur George Best, Un printemps 76 sur l’épopée des Verts de Saint-Étienne, Kornelia sur l’étoile de la natation est-allemande des Jeux olympiques de Montréal –, Vincent Duluc déroule huit décennies dans les coulisses de l’exploit avec empathie, mais sans rien taire non plus des luttes d’influences, des tensions et des crises qui les ont émaillées. Il raconte sans fard les enjeux liés au Tour de France, la prise de pouvoir par la famille Amaury, la mise sous l’éteignoir du talentueux mais éphémère concurrent Le Sport, ou bien encore la cicatrice jamais refermée de « l’affaire Jacquet » au lendemain de la victoire des Bleus en finale de la Coupe du Monde 1998.

Les derniers chapitres sonnent aussi comme un requiem. « Aujourd’hui, on est un journal qui possède une télé, mais un jour, ce sera le contraire », prophétisait François Morinière, directeur de 2008 à 2014. La diffusion papier a également plongé tandis que l’information sportive entrait dans l’ère de l’instantanéité et que les champions devenaient des étoiles trop lointaines pour conserver la complicité qui existait autrefois avec ceux qui tissaient leur légende. Vincent Duluc le constate à regret : « La vie à L’Équipe a changé avec l’époque, les manières héritées du Covid, un autre rapport au travail, la façon qu’ont les reporters, nous, d’écrire autrement et ailleurs mais de le faire rarement au journal. » L’enfant de Bourg-en-Bresse rêverait-il aussi fort aujourd’hui d’intégrer cette rédaction clairsemée ? Il réussit en tout cas à sublimer 80 ans de passion sportive, réveillant au passage le souvenir de signatures prestigieuses, balises nostalgiques pour les vieux lecteurs du quotidien désormais établi à Boulogne-Billancourt, quai du Point-du-Jour. Ph.B


Le roman de L’Équipe, un siècle de journalisme sportif, Vincent Duluc, Stock, 330 pages, 21,50 €.
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