Né en 1961 en Guadeloupe, Philippe Guillard a été champion de France de rugby avec le Racing en 1990 après une première finale perdue contre Toulon. Co-créateur de la marque Eden Park avec le quintet du « show-biz », scénariste et réalisateur (Le Fils à Jo, 2011, Pour l’honneur, 2023) il est l’auteur de Petits Bruits de couloirs (Prix Sort Scriptum 1999) et de Pourquoi c’est comment l’amour ?, roman inspiré de ses années Racing aujourd’hui réédité (En exergue, 370 p., 15 €).
Je me souviens du bouclier de Brennus remporté face à Agen, parce que cette victoire en finale du championnat de France venait en fin de carrière, que c’était la récompense pour tout un groupe de potes, et parce que je suis allé la chercher avec les tripes. Très sérieusement blessé, gaine du long péronier déchirée, c’est au mental et grâce à mon kiné, dit « La Cruch », que j’ai tenu ma place pendant 80 minutes, plus les prolongations. Deux jours après, j’entrais à la clinique du sport et j’ai été plâtré pendant trois mois. Mais on en parle encore, de cette finale où nous, les trois-quarts, avions joué avec un nœud papillon rose, et bu le champagne à la mi-temps…
Je me souviens des chaussures de foot que nous étions allés acheter à Cayenne, en Guyane, avec mon père, quand j’avais 9 ans. Il était gendarme, et pour jouer avec les autres fils de gendarmes de la caserne il me fallait des crampons. « Maintenant tu as intérêt à être bon », m’avait-il dit.
Je me souviens de ma découverte du rugby à 14 ans en Martinique, où beaucoup de collègues de mon père étaient originaires du Sud-Ouest. Un jour, parce que je courrais vite, l’un d’eux m’a proposé d’essayer le ballon ovale. Moi qui étais un garçon très introverti – honnêtement, j’avais peur de tout – je me suis retrouvé demi de mêlée, à distribuer le jeu et à plaquer de grands moustachus de 30-35 ans. Et d’un seul coup ma vie a changé : j’ai pris confiance, et on ne m’a plus jamais fait ch… dans la cour du collège.
Je me souviens qu’au brevet puis au baccalauréat j’ai eu 20 en athlétisme et en natation. Je jouais aussi dans l’équipe de volley-ball de la gendarmerie de Fort-de-France, et à 17 ans j’ai passé mon brevet de maître-nageur sauveteur.
Je me souviens que, gamin, je voulais toujours être le premier. Les sports collectifs m’ont un peu changé, mais la compétition est restée mon moteur. Même à la pétanque. Sans cela, le sport ne m’intéresse pas.
Je me souviens que les choses sérieuses ont débuté vers 16 ans, quand mon père a été muté à Fontainebleau et que j’ai été sélectionné dans les cadets d’Île-de-France.
Je me souviens avoir commencé l’écriture de Pourquoi c’est comment l’amour ? à 27 ans, après avoir déjà fait pas mal l’idiot avec mes potes du Racing.
Je me souviens qu’aujourd’hui le sport c’est fini : j’ai des infiltrations aux deux genoux, une prothèse de hanche d’un côté, bientôt aussi de l’autre, les disques vertébraux concassés et une épaule qui mériterait aussi un passage au stand. Alors je marche, pour m’entretenir.