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« Je me souviens du sport » : Franck Seguin

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Né en 1960 à Dunkerque (Nord), Frank Seguin est depuis 2008 rédac-chef photo à L’Équipe (quotidien, hebdo, site, télé, plus France Football et Vélo Magazine), tout en continuant ponctuellement à couvrir les grands évènements ou à s’autoriser des reportages au long cours. Une carrière retracée dans ses Regards de sport parus chez Ramsay.

Je me souviens qu’enfant ma mère m’envoyait dans le froid de l’hiver à la piscine Paul Asseman de Dunkerque parce qu’elle me trouvait trop chétif. Je n’avais pas envie d’y aller, mais une fois dans l’eau je ne voulais plus en sortir. J’ai pratiqué en club, disputé des championnats régionaux, et aussi passé très tôt mes diplômes de plongée. Puis à 17 ans je me suis engagé trois ans dans la Marine, sans y épuiser mon désir d’aventure. C’est alors que j’ai décidé de devenir photographe.

Un jour j’ai répondu à une annonce de « photographe filmeur » à la station des Arcs : il fallait saisir les gens au restaurant et sur les pistes en leur glissant un ticket pour obtenir un tirage. Ça m’a permis de vaincre ma timidité et de découvrir cette montagne qui me faisait tant peur. Moi qui à 23 ans n’avais jamais fait de ski, je me suis lancé dans la pente comme je m’étais lancé dans la photo. J’ai fini par accompagner les monoskieurs et les surfeurs. Pendant trois ans j’ai enchaîné ski l’hiver et à l’intersaison sur le glacier de Tignes puis golf et deltaplane l’été.

Je me souviens du jour où, m’interrogeant sur la voie à choisir pour percer dans le métier – la mode, le reportage de guerre – alors que je dévalais les pistes, le sport m’est apparu comme une évidence. Alors, quand un moniteur de surf m’a proposé de faire les photos d’un beau-livre pour Robert-Laffont, j’ai dit oui. Le directeur de collection les a adorées et m’a promis de me faire travailler si je montais à Paris. Dix jours après j’emménageais dans la capitale et débutais dans la carrière, grâce à cet éditeur devenu le père que je n’ai jamais eu.

Je me souviens du jour où, arrivé depuis peu dans une nouvelle école après un déménagement, le prof d’EPS m’a désigné pour remplacer un coureur de relais manquant lors d’une compétition interclasse : « le nouveau, là, il court vite ». Ça m’a rendu fier, tout comme je l’étais quand j’étais sélectionné pour une compétition de natation.

Je me souviens que les photographes de sport sont habités par la crainte de rater la bonne photo – le geste, l’attitude, le cadre –, crainte à laquelle s’ajoute désormais celle de ne pas l’envoyer à temps. Or la situation manquée ne revient jamais. C’est un crève-cœur d’échouer à capturer un instant de beauté. Puis, sans s’attarder, on passe à la photo suivante. D’ailleurs je ne recherche pas systématiquement la belle image, mais celle qui dit quelque chose ou raconte l’évènement. C’est pourquoi je me rends toujours en reportage ou sur une compétition avec une image en tête, même si sur place les contraintes m’empêcheront peut-être de la réaliser.

Je me souviens qu’aux Jeux olympiques j’avais imaginé une course où Léon Marchand arriverait au coude-à-coude avec le concurrent de la ligne d’eau voisine. Lors de la finale du 200 m papillon, j’ai donc placé mon appareil sous-marin de manière à saisir le touch de l’arrivée. Et ce que j’avais rêvé est arrivé, à l’issue de cette fantastique dernière longueur où Léon Marchand remonte inexorablement son rival hongrois Kristof Milak.


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