Élue présidente du Comité national olympique et sportif français en juin, quelle impulsion l’ex-ministre des Sports entend-elle lui donner dans un contexte politique et budgétaire difficile ?
Amélie Oudéa-Castera, vous avez été élue en juin présidente du Comité national olympique et sportif français en promettant un CNOSF « fort, utile et moderne ». En quoi le CNOSF a-t-il besoin d’être modernisé ?
Comme toute organisation, le CNOSF a besoin d’être modernisé au quotidien dans ses façons de travailler et de communiquer, afin d’être lui-même un vecteur de modernisation du sport français, notamment en l’aidant dans sa transformation économique et sa transition écologique. Il s’agit aussi de contribuer à faire du sport un vecteur de modernisation sociale et d’inclusion, ainsi qu’à accélérer les transitions digitales en identifiant les outils et bonnes pratiques mis en œuvre dans certaines fédérations, pour mieux les transposer ailleurs. Par exemple en matière de mensualisation du paiement des licences ou de grilles digitales pour la réservation des installations ou la mise en relation avec des partenaires. Enfin, le CNOSF doit renforcer sa capacité de prospective, avec la création d’un conseil confié à un binôme homme-femme d’élus référents en la personne de Frédéric Paquet et de Dominique Carlac’h. L’objectif est d’anticiper l’évolution des pratiques à cinq ou dix ans.
Vous évoquiez aussi l’enjeu de « réussir le passage d’une nation de grands sportifs à une grande nation sportive ». Quelle place accordez-vous aux fédérations multisports comme l’Ufolep, à l’approche loisir, dans cet objectif de développement de la pratique auprès de tous les publics ?
Une place centrale : c’est l’une des raisons pour laquelle j’ai souhaité recréer le « collège des affinitaires », qui s’est réuni pour la première fois le 12 novembre, au siège du CNOSF, sous sa nouvelle appellation de conseil des fédérations affinitaires, multisports, universitaires et scolaires (Famus). « Une grande nation sportive », cela implique en effet de développer la pratique loisir, notamment auprès des jeunes, dans les clubs et en travaillant plus étroitement avec les fédérations scolaires et universitaires. Il s’agit de parler à des couches de la population parfois moins actives, en leur proposant un sport inclusif. J’ai besoin pour cela de l’ADN des fédérations affinitaires et multisports. Celles-ci sont aussi implantées dans le monde de l’entreprise, en particulier la FSGT, la Fédération du sport travailliste et la Fédération du sport d’entreprise. D’autres, à l’instar de l’UCPA, sont tournées vers les sports de nature. L’Ufolep et la Fédération sportive Léo Lagrange sont également très impliquées dans l’éducation populaire, qui est aussi un axe important pour développer le sport dans les territoires.
Le développement des affinitaires et multisports est cependant entravé par la Loi Lamour de 2003, qui permet d’obliger une association à licencier tous ses membres auprès de la fédération délégataire de son activité, même s’ils n’ont qu’une pratique loisir. Quelle est votre position sur ce point ?
Je souhaite que le conseil des affinitaires et multisports permette d’aplanir les choses là où il y a des différends et de dépasser des incompréhensions nées souvent d’un décalage de culture. Je ne vois pas les fédérations membres du CNOSF comme concurrentes entre elles, mais conjointement engagées dans le développement du nombre de pratiquants et de pratiquantes. Sans ignorer les difficultés et les frictions – par exemple en gymnastique –, je suis persuadée que ces différends pourront être résolus par un dialogue ouvert et constructif.
Vous annonciez l’organisation d’une grande consultation de terrain sur « l’avenir du sport et le club de demain ». Qu’en est-il ?
Cette démarche se déroulera en deux temps. Mardi 18 novembre, j'ai tout d’abord présenté au Salon de maires un plaidoyer adressé aux élus locaux et décliné à travers une série de conférences. Ceci pour les convaincre de bâtir avec nous, en dépit des contraintes budgétaires, un nouveau « pacte sportif territorial ». Le deuxième temps prendra place au second semestre 2026, avec la rédaction d’un Livre Blanc en amont de l’élection présidentielle du printemps 2027. À cette occasion, nous auditionnerons les candidats pour partager avec eux leur vision de l’héritage des Jeux de 2024, de ceux de 2030, et la façon dont ils envisagent de construire une « grande nation sportive ».
Vous évoquez l’élection présidentielle, dont il n’est pas certain qu’elle mette fin à l’instabilité politique actuelle. Ce contexte, qui pèse sur la continuité d’action du ministère des Sports, est-il de nature à renforcer le rôle du CNOSF ?
La stabilité du CNOSF est en tout cas un atout pour le sport français, en permettant d’ancrer des réformes et des transformations dans la durée, avec des équipes qui sont un point d’appui pour les fédérations. Et, dans la perspective des Jeux de 2030, le CNOSF apporte à la fois de la continuité et son expérience des grands rendez-vous olympiques.
Les difficultés budgétaires ont eu raison de l’héritage des Jeux et, en juillet, le CNOSF publiait un communiqué titré : « Le sport sacrifié par le gouvernement : un contresens historique ». Ces prises de position, renouvelées mi-octobre à la veille du débat budgétaire à l’Assemblée nationale, ont-elles eu un effet ?
Oui ! Vous avez vu que la copie budgétaire a été significativement revue. On redoutait une baisse de plus de 18 % des crédits budgétaires, or celle-ci est finalement inférieure à 5 % et s’accompagne d’une stabilisation des taxes affectées au sport français. Les lignes commencent aussi à bouger concernant la suppression du Pass’Sport pour les 6-13 ans. La ministre des Sports a elle-même déclaré que c’était peut-être une erreur et se dit prête à réviser cet arbitrage pour la saison prochaine. J’ai également un point de vigilance concernant les postes de conseillers techniques et sportifs. J’ai demandé qu’on revoie la copie afin que nos fédérations ne soient pas privées de ressources qui leurs sont essentielles, tant pour le haut niveau que la pratique sportive du plus grand nombre. Auditionnée à l’Assemblée nationale et au Sénat, j’ai martelé l’importance de continuer à soutenir le sport français, avec un souci d’efficacité de la dépense publique, sachant qu’un euro dépensé dans le sport, ce sont treize euros d’économisés pour les dépenses publiques, notamment en matière de santé.
Face à des coupes budgétaires qui se répercutent sur les collectivités locales, fédérations et les associations sont invitées à revoir leur modèle économique en diversifiant leurs ressources. Mais cela est difficilement envisageable pour les petites associations à vocation loisir qui composent le tissu d’une fédération comme l’Ufolep : comment le CNOSF peut-il les aider ?
Le plaidoyer auprès des élus locaux les concerne directement : il vise à assurer la continuité de l’appui aux associations et de l’investissement dans les infrastructures qu’elles utilisent au quotidien.
Le CNOSF entend aussi les aider en portant, à son échelle, une ambition et des financements en faveur des bénévoles. Grâce à des partenariats, le CNOSF animera durant l’olympiade un programme en faveur du bénévolat sportif, en rendant plus visible l’offre de formation et en favorisant la reconnaissance des acquis dans l’exercice des responsabilités associatives. Nous continuerons parallèlement l’essaimage de programmes tels que celui des 300 femmes dirigeantes, qui aujourd’hui se déploie dans les territoires pour que nos fédérations puissent être au rendez-vous de la parité dans les régions en 2028.
Au-delà de la parité, quelles actions comptez-vous mener en matière de lutte contre les violence sexistes et sexuelles ?
Nous allons mettre en place une « Fondation pour un sport sans violence » qui financera des actions de sensibilisation et d’éducation. Cette fondation affectera aussi aux fédérations des ressources humaines, via du mécénat ou du mécénat de compétences, leur permettant de gérer plus rapidement les dossiers disciplinaires en cas de violences sexistes ou sexuelles.
Quel bilan tirez-vous de la première Fête du sport du 14 septembre dernier, dont l’écho a pâti de l’incertitude politique liée à la chute du gouvernement Bayrou ?
Un bilan globalement positif, grâce à la mobilisation des athlètes et à un temps de célébration où 50 fédérations ont présenté aux Franciliens leurs activités et proposé des initiations. En revanche, même si plus de 2 000 actions ont été labellisées par nos comités départementaux et régionaux, la Fête du sport a très peu rayonné en région, parce que les collectivités territoriales n’ont pas été suffisamment « embarquées » par le gouvernement. Je souhaite que cela soit corrigé pour 2026 et que dans nos villes et villages la Fête du sport du 14 septembre devienne l’équivalent, pour nos clubs et associations, de la Fête de la musique du 21 juin pour le monde culturel.
Pour revenir aux Jeux d’hiver 2030, en quoi les fédérations multisports et affinitaires, non concernées par le haut niveau et souvent réservées à l’égard de l’évènement et de son impact environnemental, peuvent-elles y avoir leur place ?
Nous avons initié des contacts en ce sens avec le directeur héritage et durabilité des Alpes 2030. Il est déjà entré en contact avec Arnaud Jean (Ufolep) et Cécile Lagier (Léo Lagrange), qui co-président le conseil des affinitaires et multisports, afin de concevoir ensemble des programmes et des actions permettant de faire découvrir et aimer la montagne aux jeunes qui ne la connaissent pas. Propos recueillis par Philippe Brenot
Quel programme pour l’année à venir ?
La présidente du CNOSF dévolie son agenda pour les douze prochains mois.
« Le bénévolat et la lutte contre les violences sexistes et sexuelles seront les deux chantiers de la fin d’année 2025.
» Début 2026, après la séquence des vœux, un colloque réunissant des professeurs de médecine et des universitaires sera consacré au sujet de la transidentité dans le sport. Celle-ci soulève beaucoup de questions, tant dans le haut niveau que dans la pratique pour tous, entre soucis d’équité et d’inclusion.
» Viendront très rapidement, du 6 au 22 février, les Jeux d’hiver de Milan, avec l’ambition que la France soit dans le top 5 olympique avec une délégation d’environ 160 athlètes, la plus nombreuse jamais réunie. Dans la foulée, le retour de la délégation sera l’occasion de fêter à Albertville (Savoie) celui du drapeau olympique en France.
» Je me rendrai ensuite à La Réunion et à Mayotte pour contribuer, à notre niveau, à la reconstruction de ce département si durement touché en décembre dernier par le cyclone Chido.
» Au printemps, la question de la modernisation économique fera l’objet d’un temps fort, parallèlement à une initiative sur l’emploi sportif, avec la forte volonté de développer sa féminisation.
» Enfin, après la Journée olympique du 23 juin et la deuxième édition de la Fête du sport, le temps viendra de défendre les propositions de notre Livre Blanc rédigé en vue de l’élection présidentielle. »