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« À Mayotte, le sport s’est arrêté »

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Un mois et demi après le passage du cyclone Chido le comité de Mayotte concentre aujourd’hui son action sur les accueils collectifs de mineurs, explique sa présidente Naoilou Yahaya, très sensible par ailleurs à la solidarité manifestée par le réseau Ufolep.

 

Le 24 janvier, l’Ufolep Mayotte présentait ses vœux en annonçant la reprise de ses activités. Qu’en est-il précisément ?

Nous fonctionnons a minima, avec une équipe réduite à cinq personnes. Autour de la déléguée, notre secrétaire administrative, notre chargé de communication, notre éducateur sportif et notre responsable des affiliations – tous titulaires du Bafa1 – consacrent 50 à 80 % de leur temps à l’animation d’activités dans des accueils de mineurs « hors les murs », parallèlement à la réouverture progressive des écoles depuis le 27 janvier. Voilà comment nous nous projetons jusqu’à juin. Dans notre malheur, j’ai eu la chance de me trouver en métropole au moment du cyclone, samedi 14 décembre. Cela nous a permis de réagir immédiatement avec Arnaud Jean, et de solliciter un soutien auprès des autorités. Techniquement, la plupart de nos conventions étant en cours de signature, nous n’avions plus les moyens de mener à bien nos projets. Or il était indispensable de sauver une partie de nos dix postes pour ne pas devoir ensuite tout reprendre à zéro !

 

Dans quel état sont vos locaux ?

Le toit de notre siège de Dembéni s’est envolé et nous avons perdu quasiment tout le matériel de bureau, sportif, ou utilisé pour la formation aux premiers secours : tout a pris l’eau lors du cyclone puis de la tempête du 11 janvier. Notre déléguée a heureusement pu se rendre sur place à pied trois jours après le cyclone, en enjambant les obstacles. Elle a sauvé la caisse avec l’argent liquide et récupéré trois ordinateurs portables qui ont pu redémarrer. Nos deux maisons sport santé, elles, ont résisté mais ont été réquisitionnées par les mairies de Mamoudzou et Dembéni : l’une pour y rapatrier une partie de ses services, l’autre pour stocker l’aide à distribuer.

 

Les assurances vont-elles jouer ?

C’est la question. Avec notre assureur, nous avons fait un état des lieux en « visio » car il n’avait pas de possibilité de se loger. Mais les destructions sont telles qu’il a expliqué être incapable de prendre une décision à distance. Il va venir, mais quand ? Cela nous oblige à tout laisser en l’état et bloque la demande d’aide adressée à la Fondation de France2, qui souhaite connaître au préalable la prise en charge de l’assurance…

 

Toi-même, tes conditions de vie te permettent-elles d’être pleinement dans l’action en tant que présidente départementale ?

Oui et non. Mon toit a bougé, j’ai perdu beaucoup de choses, et l’expert cherche à minimiser les dégâts… Mais je ne suis pas la plus à plaindre : 80 % de Mayotte est abîmé, non seulement les habitations individuelles mais aussi la préfecture, les bâtiments publics, les nouvelles écoles… Seules les constructions en béton ont tenu. Mon problème, c’est aussi le manque de temps, avec des horaires à rallonge côté professionnel. Technicienne agronome de formation, j’accompagne les agriculteurs pour la mise en parcelle des rejets de bananiers post-Chido. Je les aide aussi à faire leurs déclarations de pertes en ligne et les encourage à planter des productions courtes (maniocs, songes, maïs) pour palier rapidement cette année sans produits issus de notre agriculture.

 

Et les membres de l’équipe ?

Tout le monde a été plus ou moins touché, mais les solidarités familiales jouent à plein : chacun a trouvé où dormir qui chez la maman, qui chez le frère ou la sœur.

 

Le 8 janvier, la Ligue de l’enseignement, l’Ufolep et l’Usep ont signé avec la Direction de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative de Mayotte une convention de financement exceptionnel sur 20253 : 115 000 euros ont ainsi été accordés à l’Ufolep…

La reprise de nos activités entre dans le cadre de cette convention, avec un accueil des enfants parallèlement à leur retour à l’école. Il faut d’ailleurs savoir que les chiffres diffusés concernant la rentrée des classes ne reflètent pas la réalité : à peine un tiers des écoles ont rouvert. Dans ma commune de Chiconi, c’est trois sur dix, avec des rotations d’élèves entre le matin et l’après-midi, trois jours sur cinq, pour 15 heures hebdomadaires. Quand il n’y a pas de coupure d’eau... L’Ufolep, l’Usep et la Ligue de l’enseignement s’occupent des enfants qui ne vont pas en classe.

 

L’Ufolep intervient principalement dans le sud et le centre de Mayotte et sur l’île de Petite Terre, laissant le soin à l’Usep et à la Ligue de l’enseignement de couvrir le reste du territoire. Comment cela a-t-il été concerté ?

Nous intervenons en priorité là où nous étions déjà présents et où nous pouvons mobiliser associations et bénévoles. Deux de nos quatre véhicules roulent encore, même s’ils ont été cabossés. Nos deux équipes peuvent ainsi se déplacer.

 

Comment fonctionne la synergie Ufolep-Usep-Ligue ?

Nous avions jusqu’à présent peu d’actions communes, si ce n’est avec l’Usep autour du Savoir Rouler à Vélo. Mais la crise a resserré les liens. Quand Mayotte était encore coupée du monde, en tant que membre du conseil d’administration de la Ligue et profitant de ma présence en métropole, je me suis ainsi permis de parler en notre nom commun, avant de nous concerter. Il est clair qu’il faut unir nos forces.

 

Trois jours après Chido, l’Ufolep a lancé une cagnotte en ligne qui, fin janvier, avait recueilli plus de 17 000 euros. Comment utiliserez-vous ces dons ?

D’abord, je remercie infiniment les comités et les personnes qui nous ont apporté leur soutien. Ensuite, c’est trop tôt pour le dire ! Aujourd’hui à Mayotte, le sport on n’en parle pas. Les deux ou trois gymnases encore debout servent à héberger les gens venus nous apporter aide et secours. Notre préoccupation quotidienne demeure : comment avoir un toit, de l’eau, se déplacer ? Et, le week-end, les bénévoles de nos associations se retrouvent pour déblayer les chemins de randonnée ou apporter leur concours aux mairies pour distribuer l’aide.

 

Avez-vous aussi reçu des messages de soutien du réseau ?

Énormément. Je m’excuse d’ailleurs de n’avoir pu répondre à tout le monde. Parfois aussi la connexion saute… Mais ça fait chaud au cœur de ne pas se sentir seul.

 

Pourrez-vous maintenir les manifestations emblématiques que sont les courses de pneus ?

Nous espérons. Les championnats décentralisés restent programmés en mai, et la grande finale le 29 juin. Il y a aussi les Jeux des jeunes de l’Océan Indien, du 26 juillet au 2 août aux Seychelles, pour lesquels l’Ufolep doit accompagner les jeunes mahorais engagés dans la compétition d’eSport. 

 

Et la formation, qui était l’un de vos principaux axes d’action ?

Elle est complètement gelée. Nous n’avons plus de lieux d’accueil et, concernant les premiers secours, tout le matériel, sacs et mannequins, est perdu. Le responsable du centre de formation et des sessions du Certificat de qualification professionnelle, qui était en contrat à durée déterminée, a démissionné et est rentré en métropole avec ses enfants. Il avait tout perdu dans le cyclone. C’est triste, car nous avions amorcé plein de choses. Mais il faut positiver. On n’a pas le choix, si on veut se relever ! Propos recueillis par Philippe Brenot

 

(1) Bafa : brevet d’aptitude à la fonction d’animateur.

(2) Un soutien a également été sollicité auprès de la Fondation du sport.

(3) Précisément pour « l’accompagnement des jeunes mahorais et mahoraises suite au cyclone Chido ». 

 

Associations, centres de loisirs, sport santé

En 2023, l’Ufolep Mayotte fédérait 30 associations et 634 licenciés (187 hommes, 124 femmes, 323 enfants) et 107 jeunes en centre de loisirs. Au-delà, ses actions ont concerné près de 8 000 personnes, dont 6 000 dans le cadre de ses deux Maisons sport santé. Elle a par ailleurs formé 772 personnes aux « gestes qui sauvent » et 272 autres aux premiers secours (PSC1). Cinq des dix postes de l’équipe départementale ont pu être préservés, mais l’incertitude demeure sur la relance de nombre d’associations dans un contexte de crise qui risque de s’éterniser.


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