Jean-Marc Eyharaberry, natif de Mouguerre, dans les Pyrénées-Atlantiques (64), a dû fermer son entreprise d’arrosage automatique à la suite de l’annonce de son hémiplégie, après un AVC en 2010. Cet ancien militaire (présent dans l’armée à Beyrouth) a décidé de se consacrer au handbike (vélo à bras), sport dans lequel il est devenu champion du monde (2022) et champion de France (2024).
Comment avez-vous découvert Ufolep ?
J’ai découvert Ufolep par l’intermédiaire de l’Association Française de Vélocouché, dont je fais partie. Ufolep est aussi très ancrée en région Nouvelle Aquitaine, donc je pouvais régulièrement faire des sorties de 90 kilomètres avec d’autres cyclistes.
Le handbike est reconnu pour la première fois en Ufolep, qu’en pensez-vous ?
C’est une vraie réussite. Je bataille depuis 2017 afin que le handbike fasse son apparition et soit accepté lors des compétitions Ufolep. Il y a de plus en plus d’adeptes qui pratiquent, ce qui est une très bonne chose.
Que change cette évolution pour vous ?
Le vélo à bras me permet de montrer que nous sommes toutes et tous égaux. Je participe à toutes les compétitions handi-valides pour démontrer avant tout qu’il y a une égalité au-delà du handicap. On roule contre des valides et les règles sont les mêmes pour tout le monde sur la ligne de départ. Cela permet de se challenger et de se lancer des défis.
Faisiez-vous déjà du vélo avant votre AVC ?
Je me suis lancé après. Il fallait bien que je fasse quelque chose parce que du jour au lendemain, on vous annonce à l’hôpital une perte totale et irréversible de vos membres. J’avais donc une interdiction de gérer ma société et de travailler. J’ai donc été dans l’obligation de fermer ma boîte. Le handibike m’a donc permis d’avoir de nouvelles émotions et de me sentir intégré dans une société plus égalitaire : valides comme non-valides, nous sommes toutes et tous sur le même pied d’égalité.
Comment avez-vous trouvé le parcours du championnat de France Ufolep à Saint-Germain Lespinasse (42) ?
Le parcours était costaud. Je l’ai fait avec mon tout nouveau système (un seul plateau, 48 dents et 12 vitesses), mais il y a eu certaines portions avec de très hauts pourcentages que l’on sentait bien. Du fait du dénivelé avec une alternance de bonnes petites bosses et relances, il fallait se donner physiquement tout le long du parcours. C’était un faux-plat constant à 3-4 %. La sécurité était elle aussi au rendez-vous et le public comme les organisateur.rice.s ont été très sympathiques.
Avez-vous remarqué une hausse de la concurrence ? Est-ce que le niveau s’élève ?
Le niveau s’élève constamment parce qu’il y a beaucoup de jeunes qui progressent. Certains arrivent et ont 20 ans de moins que nous. Dans l’Association Française de Vélocouché, il n’y a pas de catégories. Peu importe notre âge ou notre handicap, on est tous logé à la même enseigne, avec toutes et tous les concurrent.e.s sur la même ligne de départ.
Comment se déroulent vos entraînements ? A Quel rythme ?
Je roule quasiment tous les jours pour finalement arriver à 300 kilomètres par semaine. On essaye d’y ajouter du dénivelé en passant par des cols, le tout à une vitesse moyenne de 22,5 km/h. Pour ce qui est de la préparation physique, nous allons une fois par semaine en musculation et à la natation.
Vous êtes aussi devenu entraîneur. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
Cette année, j’ai entraîné deux personnes via l’Ufolep, dont mon dauphin lors du dernier championnat. La bonne nouvelle, c’est que ce chiffre va augmenter pour l’année prochaine puisque l’on sera 10. Nous roulons une à deux fois par semaine ensemble, sur les routes du Pays basque. Cela permet aussi de se transcender afin de montrer que l’on peut y arriver sans penser au handicap. On se tire mutuellement vers le haut et on se lance de nouveaux défis. Avec mon dauphin, nous sommes en train de nous préparer pour les 100 kilomètres et 3 000 mètres de dénivelé de Lourdes-Tourmalet. Lorsque l’on est entraîneur, les émotions sont décuplées. Partager le podium était un moment exceptionnel, symbole d’une victoire collective.
Quel est le coût d’un vélo ? Comment faites-vous pour être financé ?
Pour un bon vélo de course, il faut compter entre 12 000€ et 18 000€. Pour financer, nous devons nous battre pour trouver des sponsors afin de pouvoir continuer les compétitions. Il faut également compter les frais de déplacement et de logement qui tournent environ autour de 1 000€ par compétition. C’est une difficulté supplémentaire puisque c’est moi qui m’occupe de trouver les sponsors.
Comment évaluez-vous la médiatisation du sport para en France ?
Les Français.e.s ont été très fort.e.s, ce qui a permis d’avoir une belle mise en avant. Il y a eu les Jeux olympiques et paralympiques, tout était beau, mais il faut poursuivre sur cette voie-là. On souhaite que cela se développe encore davantage, mais je crains que le soufflé ne retombe pour le handisport. J’ai également peur au niveau du financement au vu de la situation économique du pays. Trouver de nouveaux sponsors devient de plus en plus difficile avec la conjoncture actuelle.